Ete 1887 : des prisonniers touaregs à Alger
Après le désastre de la colonne Flatters, massacrée par les Touaregs en février 1881 en tentant de tracer une route transsaharienne, la pénétration française dans le sud algérien se trouve arrêtée sur une frontière séparant les tribus arabes du sud soumises à la France (comme les Chaamba) et les zones désertiques du grand sud algérien, occupées par les tribus Touaregs restées farouchement indépendantes.
Ainsi, au début 1887, le poste français le plus méridional se situe à El Golea, poste rattaché au cercle de Ghardaïa. Un événement non prévu va néanmoins relancer l'intérêt des Français pour une pénétration plus poussée vers le sud.
Le rezzou et le combat d'Hassi Inifel
En juillet 1887, un rezzou (raid) Touaregs des tribus Taytoq et Kel-Ahnet est organisé pour s'emparer des chameaux des Chaamba en pâture aux environs de Ouargla. L'audacieux raid, composé d'une quarantaine de méhara (cavaliers montés sur chameaux) s'empare de 130 bêtes, mais est intercepté à son retour vers le sud au point d'eau d'Hassi Inifel par un fort groupe de Chaamba le 8 aout 1887, qui lui inflige de lourdes pertes. A cette occasion, sept Touaregs sont capturés et ramenés vers le nord.
Voulant faire endosser cette action par les autorités française, et notamment le fait qu'une partie des prisonniers Touaregs avaient été sommairement exécutés, les Chaamba livrent les prisonniers aux française.
Les sept captifs sont alors convoyés vers Alger afin d'être interrogés par les officiers des affaires arabes en vue de recueillir auprès d'eux des informations utiles sur les Touaregs, alors encore peu connus des autorités françaises.
Arrivé à Alger le 10 aout 1887, les prisonniers sont interrogés par le capitaine Bissuel des affaires arabes, ce qui nous vaut cette impressionnant photo
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Les sept Touaregs prisonniers sont :
Durant le printemps 1888, Bissuel a plusieurs entretiens avec les Touaregs au fort de bab Azoun à Alger. Il en rédige un important rapport qui est publié en juin. Cet ouvrage qui sera longtemps le livre de chevet des militaires français du sud algérien, comprend notamment un relevé d'itinéraires à travers les désert du sud, ainsi qu'une carte, copiée sur un tracé réalisé en relief par les prisonnier sur le sol.
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Né en 1837 à Bruxelles, Henri Bissuel s'est engagé dans l'armée française en 1860 et a fait toute sa carrière en Algérie. Il entre dans le service des affaires arabes en 1870 et devient chef de plusieurs cercles sur le territoire.
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Les entretiens se déroulent dans d'excellentes conditions. Les prisonniers sont bien traités et une relation de confiance s'établit. En gage de bonne volonté et pour ouvrir des discussions avec les chefs touaregs, deux des prisonniers (Tachcha et Agour) sont libérés en novembre 1888. En juin 1889, Kenan et Chikkadh font même un court voyage à Paris où ils visitent l'exposition universelle et plusieurs monuments parisiens.
Néanmoins les ouvertures des autorités françaises pour organiser une rencontre avec les chefs touaregs tournent court. Le contact physique ne sera finalement pas établi. Mais cet épisode relance l'intérêt des autorités française pour le territoire du sud.
Que sont-ils devenus ?
Avec l'échec des négociations, le sort des prisonniers devient plus difficiles. Ils sont alors séparés : en février 1890 Amoumen, Mastan et Kenan sont envoyés en semi-liberté auprès de chefs indigènes de confiance dans des communes mixtes à travers le pays. Ils finiront par rejoindre leur pays vers 1892. On perd alors leurs traces, sauf celle de Kenan qui sera tué lors d'un combat entre Touaregs en 1898
Abd es Sellam, Chaamba considéré comme traitre, est envoyé au pénitencier dans la région d'Oran d'où il s'échappera en 1890.
Chikkadh a quant à lui un destin plus étonnant. L'explorateur Paul Crampel préparant une mission visant à relier le Congo français à l'Algérie souhaite s'adjoindre un des prisonniers pour lui servir de guide et d'intermédiaire. Chikkadh qui est volontaire est choisi. En janvier 1890 il rejoint la métropole pour préparer l'expédition qui embarque en mars pour le Congo. Son destin sera tragique puisque la mission est massacrée en avril alors qu'elle approche du Lac Tchad.