Henri Alexandre CLERC, Né le 6/8/1867 à Mutzig.

Photo Caboud (Annecy)

 

Fils d'un officier supérieur d'artillerie, après l'annexion de l'est de la France à l'Allemagne en 1871, il opte pour la nationalité française.
Son père obtient pour lui (et son frère), une bourse pour financer ses études au Prytanée militaire. Il manque d'en être renvoyé en 1885, pour avoir parlé de manière menaçante et insultante à un adjudant, mais il obtient la clémence de la direction de l'école, car il est alors en plein concours pour Saint Cyr.
Il est reçu à l'école de Saint Cyr, en 1886 et à sa sortie (classé 147e sur 406), il est nommé Sous-Lieutenant le 1/10/1888 au 52e RI. Ses premières années de garnison sont difficile et ses premières notes mentionnent " qu'il a mal résisté aux écueils d'une grande ville et y a contracté des dettes ". Afin de limiter les tentations, il passe alors 4e régiment de tirailleurs algériens le 24/3/1890 et rejoint la Tunisie en 1890, mais il y contracte de nouveau des dettes qui nécessitent des retenues sur ses appointements.

Il passe néanmoins Lieutenant le 15/9/1891. Il est alors détaché au service géographique de l'armée pour faire la levée de la carte de la Tunisie. Il retourne en métropole en septembre 1896, au 140e régiment, décoré du Nicham Iftikar.

Clerc est promu Capitaine le 12/7/1900 au 159e régiment. Il semble s'habituer à tous les environnements et passe des sables de la Tunisie aux neiges des Alpes. Ainsi, il reçoit en juin 1902 une lettre de félicitations du ministre de la Guerre pour " le zèle et l'habileté avec lesquels il a dirigé pendant les hivers 1901-1902 et 1902-1903 l'instruction des skieurs de son régiment à Briançon. " Il est nommé chevalier de l'ordre norvégien de Saint Olaf le 4/9/1903. Durant son expérience dans les Alpes, entre 1900 et 1903, il se signale aussi par la levée des plan du massif de la Charteurse et de la Belladone, ainsi que de la cartographie des voies de communications avec la frontière italienne. Il se signale aussi pour la conduite d'une marche d'hiver avec une partie de sa compagnie, effectuée par une température de -33° .
Clerc retourne en Algérie en 1903 à l'occasion de son transfert au 2e régiment étranger d'infanterie (le 1/10/1903). Il sert dans les régions sahariennes entre octobre 1904 et octobre 1905. Il est alors promu chevalier de la Légion d'Honneur le 12/7/1904, décoration qui lui est remise à Colomb Bechar. Ses notes s'améliorent alors " bon officier, vigoureux sous une apparence frêle ", même si le général Lyautey, commandant du secteur relève encore en 1905 : " Je lui reproche son défaut d'entrain apparent et son peu de moelleux dans les relations, ce qui est un défaut dans la vie de poste et de campagne ".
En mars 1906, changement de garnison pour notre officier qui passe au 3e bataillon du 2e REI au Tonkin. Il y exerce jusqu'en février 1910. Ses notes changent alors de manière radicale : " Bon cavalier, vigoureux, intelligent et instruit, d'une éducation parfaite, animé d'un profond sentiment du devoir et d'une excellent esprit ". Il est notamment chargé avec sa compagnie de la police des frontières de la région Dong Dang.

Nommé capitaine adjudant major en mars 1910, il revient en Algérie après un congé de convalescence. En octobre 1910, il prend part aux opérations militaires dans la région sud des confins algéro-marocains. Mais atteint de sciatique, il est de nouveau en congé de convalescence un semestre. Revenu en activité, il retourne en Afrique du Nord entre mai 1912 et mai 1913 au sein de plusieurs colonnes de " pacification " au Maroc occidental et à la frontière Algero-Marocaine. Il participe aux affaires de la casbah de Sidi es Salem (19/6/1912), à celle d'Ifran (21/6/1912) au combat de Djebel Outiki (23/6/1912), où adjoint à son chef de bataillon, " il est allé plusieurs fois au feu transmettre les ordres de son général ". " Pendant ces colonnes, durant 82 jours, il a montré une grande résistance. Possédant de solides qualités militaires, il mérite d'être proposé comme chef de bataillon. Officier d'attaque, au Tonkin, dans les Alpes, au Maroc, en paix comme en guerre, s'est fait partout apprécier "

Affecté ensuite aux colonnes de Laborderie, puis du Colonel Henrys au Maroc avec le régiment de marche de la Légion, il participe aux affaires d'Aïn Marouf (24/1/1913), d'Aïn Laoula (17/2/1913). Promu Commandant le 1/3/1913, il reçoit une citation à l'ordre du corps de débarquement de Casablanca : " Le 17/3/1913, a fait preuve de décision et d'énergie en conduisant une charge à la baïonnette pour repousser une attaque de nuit du camp de El Hadjeb. Il enlève à l'ennemi cinq cadavres et des fusils. " Il est de nouveau engagé lors des combats de Tizera (24/3/1913) et Tigrigra (2/4/1913), mais atteint d'une entérite aigue au mois de mai, il doit prendre un congé de 4 mois en mai 1913.
A sa guérison, il passe au 6e régiment de tirailleurs en septembre 1913.

Peu avant son embarquement pour l'Afrique, il se fait photographier dans la grande tenue de chef de bataillon de tirailleurs, avec une belle brochette de décorations : Légion d'Honneur, médaille coloniale, médaille du Maroc, Ordre d'Olaf et Nicham Iftikar. Il porte aussi au cou l'Ordre chinois du Double Dragon, qui n'est curieusement pas mentionné dans son dossier militaire.

Début 1914, il est mis à la tête d'un bataillon envoyé au Maroc, mais à peine arrivé, son bataillon est désigné comme faisant partie des 13 bataillons mobilisés dans la division marocaine envoyée sur le front de France dès l'été 14. Cette division, composée de bataillons de marche de zouaves et de tirailleurs algériens en campagne au Maroc est commandée par le général Humbert, dont la brigade du colonel Cros est composée :

Le 18 aout, la division débarque dans la région de Tournes (Ardennes). L'entrée en campagne est violente, comme le décrit l'historique de la division marocaine : " Le baptême du feu a lieu le 28 aout à la Fosse à l'Eau : l'ennemi débouchait de la foret de Signy l'Abbaye, ordre fut donné à la division d'arrêter s marche. Alors Zouaves et tirailleurs - en larges culottes blanches, ceinture bleue ou rouge, chechia écarlate - chargèrent l'ennemi, comme ils avaient l'habitude de la faire au Maroc, loyalement, à découvert, les officiers en tête. Et si impérieux fut leur élan, si héroïque leur charge que l'ennemi plia et que la première rencontre fut une première victoire. Lorsque dans la nuit, sur ordre, la division quitta la Fosse à l'Eau, l'ennemi n'osa pas la poursuivre et ce n'est que le lendemain, tard dans la matinée, que les Allemands lancèrent leurs colonnes d'assaut sur les ruines du village de Launoy. Le choc avait été rude. Sabre à la main, chargeant héroïquement à la tête de leurs bataillons, les commandants Clerc, Britsch, Mignerot et Sauvageot étaient tombés."
Tué à l'ennemi, le commandant Clerc reçoit de manière posthume la citation suivante à l'ordre de l'armée : " Le 27 et 28 aout, a fait preuve de la plus grande bravoure et d'un mépris complet du danger. A été tué au moment où, précédant son bataillon, il l'entrainait à la charge contre une batterie de mitrailleuses ennemies, brusquement démasquée à faible distance ".

A l'évidence, les conditions d'engagement contre l'armée allemande ne peuvent pas être les mêmes que celles contre les insurgés marocains. Entrainée par ses officiers de manière peut être héroïque, mais certainement inconsidérée, la division subit des pertes considérables en quelques semaines qui obligent à sa complète réorganisation en octobre. Mais le commandant Clerc n'est plus vivant pour le voir. Il reçoit la croix de guerre à titre posthume en avril 1915.
Enterré au cimetière de Thin le Moutier (Ardennes), sa sépulture est transférée à Sedan, au cimetière national de Torcy en 1923.

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