Les grenadiers de la Garde à la prise de Malakof (8/9/1855).

Extrait de l'ouvrage "La Garde" (Commandant Richard)

Sous l'effort d'un nouveau retour offensif de l'ennemi, un mouvement retrograde s'était produit sur la droite de la courtine, la brigade des grenadiers de la garde (1er régiment, colonel Blanchard, 2e régiment, colonel d'Alton), reçoit l'ordre de se porter en avant.

Les généraux Mellinet et de Ponteves conduisent eux même cette admirable brigade qui s'avance résolument dans le plus grand ordre, en colonnes par sections, à travers les 5e et 6e parallèles, sans être ébranlées par un feu très vif de mitraille et de mousquéterie. Deux bataillons du 1er régiment, sous les ordres du Lieetenant Colonel Gugnet sont placées en réserve dans la 6e parrallèle, avec injonction d'attendre des ordres impératifs du général Bosquet pour continuer leur marche en avant.
L'autre bataillon, conduit par le colonel Blanchard et le deuxième régiment, colonel d'Alton en tête, se déploient avec le plus grand calme pour se porter sur la courtine.
La compagnie du capitaine Normand forme la tête de la colonne d'attaque de ce régiment, elle sera durement éprouvée durant l'assaut.

Pendant le déploiement de la brigade, le général de Ponteves, atteint d'un éclat d'obus à la tête et d'une balle qui lui brise la colonne vertebrale, tombe sans connaissance.

Les grenadiers réoccupent une partie de la courtine abandonnée et se maintiennent couchés par terre sous le feu très vif de l'ennemi. Leurs pertes deviennent bientôt très sensibles : Le colonel Blanchard tombe grièvement blessé, le sergent Andréani se précipite à son secours et l'emporte dans la tranchée poursuivi par le feu de l'ennemi.

 

Georges Blanchard

Colonel du 1er régiment de Grenadiers, blessé au dessous du téton gauche par une balle qui lui traverse le bras et la poitrine.

Promu Général après la bataille

 

Le lieutenant Margaine du 1er régiment, atteint de deux contusions graves, et le sergent Noel du même régiment, blessé deux fois, refusent de quitter leurs postes de combat. Aux grenadiers, de nombreux officiers sont atteints.

Cependant, la partie de la courtine qui s'appuie à Malakof, protegées qu'elle est contre les retrours offensifs de l'ennemi, reste définitivement en notre pouvoir.

Le 2e régiment des grenadiers reçoit ensuite l'ordre de se porter vers la droite du petit redan où s'organise une nouvelle attaque contre l'ouvrage, sous la conduite du général Mellinet. Mais celui-ci est bientôt grièvement blessé lui même, un eclat d'obus lui fracasse la machoire.

"Sébastopol, le 15/9/1855.

Monsieur le maréchal,

Connaissant tout le bienveillant intérêt que vous avez constamment témoigné au général Mellinet, j'ai pensé que vous seriez heureux d'apprendre que la blessure qu'il a reçue à l'assaut de Malakof, à la tête de sa division, quoique très grave, n'est point mortelle, et que nous le considérons aujourd'hui comme hors de danger.Il a été frappé à la figure par un eclat d'obus qui lui en a fracassé toute une partie, mais n'a pas atteint l'oeil, très heureusement, de sorte que lorsqu'il sera guéri, il ne lui restera sur la joue qu'une belle cicatrice.

Entouré des soins et de l'affection de tous ses amis, le général va de mieux en mieux, mais il est encore bien faible.toutefois j'espère que d'icic quelques jours, il pourra lui même donner de ses nouvelles, ce qu'il aurait été bien heureux de faire aujourd'hui.

Lettre du capitaine Kieffer, aide de camp du général "Mellinet, au Maréchal de Castelanne.

Le général Mellinet
Photo Crémière (Paris)

 

Le 2e grenadier est exposé au feu de la place et des vaisseaux embossés dans la rade. Il éprouve des pertes sensibles. De ce côté il n'y a plus rien à tenter.

Les pertes de la brigade sont sensibles :

Au 1er Grenadiers : Les sous lieutenants Andin et Bellanger sont tués. Blessés, le colonel Blanchard, les capitaines Bazailles, Bocher, Campenon, Desmerliers, Douay, Henrion-Berthier, Pieraggi et Sisco. Les lieutenants Bertrand, de Bainville, Faveris, de Gastand, Lombard, Margaine, Pé de Arros, Piquet, Patissier, Reynal. Les sous lieutenants Delclos, Dulout, Jamotel, Ygrec et Rossignon.

Capitaine Campenon
Blessé d'une contusion au bras gauche par un eclat de bombe

Lieutenant Dulout
Contusion à la tête et plaie contuse à la jambe gauche par l'explosion d'une poudrière

 

Au 2e Grenadiers étaient blessés les commandant Ponsard et de Montfort, les capitaines Brunet, de Channoir, Bléton, Emmanueli, Groslambert, Moreau, Phalempin, Pendefer, Guimet, Roux, Tonne ; Les lieutenants Carthaud, Groslambert, Lemaitre, Pernot, Rousset, Vincent ; les sous lieutenants Ardouin, Bousquier, Cholleton, Chancenotte, Legros, O'Poise, Pélmoni, Simon, Vincent, Castaing et Binas de Bombarrat. le régiment comptait en outre 63 sous officiers et soldats tués, 15 disparus et 390 blessés.

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