La prise de Bomarsund (Aout 1854)

Reconstitution de la citadele de Bomarsund
Source internet

Les troupes débarquées pour la prise de la forteresse de Bomarsund vont effectuer des opérations de siège qui, bien que préfigurant les futures opérations devant Sébastopol, restent relativement peu couteuses en hommes, les troupes Russes démoralisées décidant de se rendre dès les premières brêches réalisées.
La campagne laissera des traces dans les historiques régimentaires et par l'instauration de la médaille de la Baltique, décoration britannique largement distribuées aux troupes françaises.


Extrait de l'historique du 12e bataillon de chasseurs à pied.

A la fin de juin 1854, moins d'un an après sa création, le 12e bataillon était appelé à participer à sa première expédition. Il allait bientôt montrer de quoi il était capable.
L'expédition de la Baltique est organisée; les troupes sont placées sous les ordres du général de division Baraguey d'Hilliers; elles viennent se concentrer au camp de Boulogne. , Le 12 juillet, l'empereur Napoléon III passe en revue le corps expéditionnaire et, à cette occasion, remet la croix de chevalier de la Légion d'honneur au capitaine Zentz d'Alnois et la médaille militaire au sergent Paoletti.
Du 15 au 18 juillet 1854, le 12e bataillon s'embarque à Boulogne à bord des vaisseaux anglais Royal-William, Clipton, Termagan, à l'effectif de 24 officiers et 940 chasseurs, puis il fait route pour les mers du Nord. Après une heureuse traversée de trois semaines, le débarquement a lieu le 7 août, dans l'île d'Aland. Immédiatement, le bataillon est appelé à participer à l'investissement de la place forte de Bomarsund.
Peu à peu, les travaux d'approche, commencés à la distance de 2.000 mètres, vers la tour du Sud, objectif du bataillon, s'avancent vers ce redan. Le 9 août, le général Niel, désirant opérer lui-même une reconnaissance d'artillerie, se confie à la compagnie Nattiez du 12e bataillon et, avec elle, s'approche jusqu'à 150 mètres de l'ouvrage. A cette occasion, le futur maréchal adressa ses vifs compliments à cette compagnie pour l'intelligence qu'elle avait montrée dans cette opération hardie.
Le 10 août, quatre des compagnies du bataillon sont alertées, les 11e 2e, 3e et 7e, et partent avec le commandant pour s'installer à 100 mètres de la tour et couvrir l'ouverture d'une des dernières parallèles. A minuit, comme les chasseurs arrivent en position, ils sont accueillis par une fusillade des plus vives. Tout d'abord émus, les chasseurs reprennent vite leur sang-froid à l'appel de leurs chefs et se replient sur une Position voisine, défilée au feu de la place. Le sous-lieutenant Gigot, placé avec ses hommes à moins de 60 mètres des fossés, restait en position malgré ce feu. Dans cette affaire, le chasseur Bruneteau, de la 2e était tué ; le lieutenant Nolfe, de la 7e, blessé mortellement, expirait trois jours après ; le capitaine Ceccaldi et douze chasseurs étaient blessés. Le 12, le bataillon avait encore quatre blessés.
Le 13, ce sont les 4e, 5e, 6e et 8e qui sont de service à la tranchée et, par leur tir habile sur les embrasures, couvrent avec efficacité nos artilleurs et nos sapeurs qui poussent en avant leurs travaux. A 2 heures de l'après-midi, la place arborait le pavillon parlementaire et envoyait un officier. Mais l'affaire n'ayant pas eu de suites, le feu reprenait. Ce soir-là le 12e eut encore trois blessés.
Le 14 août, comme la 1ere compagnie était seule de garde à la tranchée, vers 4 heures du matin, le capitaine Ceccaldi, commandant cette unité, remarque que la tour du Sud ne répond plus à notre feu et veut alors s'assurer qu'elle n'est plus occupée. Le sous-lieutenant Gigot s'élance en avant, suivi d'une dizaine de chasseurs, pénètre résolument dans l'ouvrage par une embrasure de canon et se trouve face au gouverneur de la place qui court sur lui l'épée à la main. Une lutte s'engage entre eux et, deux autres officiers russes étant accourus au secours de leur commandant, notre sous-lieutenant allait succomber, lorsque ses chasseurs, arrivant à leur tour, le dégagent en mettant ses adversaires hors de combat. Quelques instants après, toute la compagnie entrait dans le bastion par la même voie et s'en rendait entièrement maîtresse, Capturant une trentaine de prisonniers.

   

Lieutenant Auguste Gigot, 12 bataillon de chasseurs

Après avoir servi comme chasseur au 5e bataillon en Afrique, Auguste Gigot a été nommé Sous Lieutenant en 1852 et a rejoint le 12e bataillon de chasseurs en janvier 1854.

Durant le siège de Bormarsund, il est décoré de la légion d'honneur avec une belle citation : "a pénétré le premier dans la tour à Bomarsund le 14/8/1854 et suivi de quelques hommes determinés s'est rendu maître de la position en faisant prisonnier le commandant du poste russe et 32 hommes qui n'avaient pu s'echapper"
Il poursuit sa carrière dans la Garde, au bataillon de chasseurs en Crimée, puis au 3e régiment des voltigeurs en Italie. Promu Capîtaine en juillet 1862 au 72e régiment d'infanterie, il est une nouvelle fois blessé lors de la bataille de Wissembourg en aout 1870.

Deux jours après, la place, serrée de très près, se rendait à discrétion. Le 22, un détachement comprenant quatre compagnies fit une expédition dans l'intérieur de l'île pour forcer les habitants à vendre les bestiaux nécessaires à l'armée. Le résultait fut tel que les vivres en viande fraîche ne manquèrent pas pour la traversée du retour.
Le 3 septembre, le 12e bataillon s'embarquait à bord du transport anglais l'Herefordshire, dernier de tous les corps de l'armée de la Baltique. Le 23 septembre 1854, après une traversée pénible et dangereuse, le bataillon arrivait en rade de Cherbourg.

Le commandant de Bretteville trouvait en arrivant sa nomination de lieutenant-colonel. Il était remplacé, à la tête du 12e bataillon, par M. Zentz, capitaine au corps, qui devint par la suite général de division. A titre de faits de guerre, le bataillon recevait cinq croix de la Légion d'honneur, dont une pour le sous-lieutenant Gigot et le sapeur Maire, et seize médailles militaires.

Commandant Lenormand de Bretteville
12e bataillon
Futut général de division

Capitaine Zents d'Allnois
12e bataillon
prend le commandement du bataillon après la campagne

Capitaine Mathieu
12e bataillon


Extrait de l'historique du 3e régiment d'infanterie.

Le 3e régiment embarque sur trois navires anglais entre le 15 et le 20 juillet. La traversée est excellente et le 2 aout les navires entrent dans les eaux russes. Le 8 aout commencent les opérations de débarquement dans la baie de Tranvick, le régiment devant ensuite remonter vers ce village puis débarrasser la route de Finby des abatis construits par les Russes. La tour qui regarde Finby tire de temps en temps quelques coups de canons sur nos troupes, mais sans faire de dégâts.
Pendant la nuit, le général Niel pousse une reconnaissance jusqu'à 140 mètres de la place ; l'emplacement des batteries est arrêté et le colonel Ducrot reçoit ordre d'ouvrir les travaux de siège contre la tour du sud. Le 3e RI a l'honneur d'être le premier de garde à la tranchée.

En deux nuits (12 et 13 aout) deux batteries sont terminées. Le matin dimanche 13/8 les batteries ouvrent le feu. L'ennemi a d'abord riposté très vigoureusement, puis son feu s'est peu à peu ralenti. De gros morceaux de blocs de granit commencent à se détacher des murailles et plusieurs bombes sont tombées sur la tour.
Ce même jour vers 4h1/2 de l'après midi, le drapeau blanc est hissé au sommet de la tour sud ; le feu cesse immédiatement de part et d'autre. Plusieurs russes sortent pour parlementer, mais le général en chef leur fait connaître qu'il n'y a pas à parlementer. Vers 5h1/2 le feu reprend, mais de plus en plus faible du côté des Russes. On sentait que les défenseurs de la tour étaient complètement démoralisés. Vers 9h le feu cesse complètement, la majeure partie des défenseurs quittent la tour pendant la nuit et se réfugient dans Bomarsund après avoir encloué les canons. Le lendemain quelques hommes de nos avants postes du 12e bataillon de chasseurs s'avancent résolument et prennent possession de la tour.

Le 15 au point du jour, une nouvelle batterie ouvre son feu contre la place qui répond vigoureusement. Le 3e de ligne de garde à la tranchée assiste à ce grandiose spectacle. Vers midi, la tour sud prise la veille et incendiée par une bombe tirée du corps de place saute avec fracas épouvantable lançant au loin des débris de toutes sortes, sans faire de victimes. Le feu continue jusque vers 5h du soir, plusieurs hommes de l'artillerie et du 3e de ligne sont blessés par la mitraille. Dans la nuit du 15 au 16, on commence à établir la batterie de brèche, à 500m de la place. Dans la matinée du 16 plusieurs hommes du 3e de ligne sont blessés par la mitraille, en concourant à la construction de cette batterie.

Bomarsund se rend le 16 aout à 11h. La garnison forte d'environ 2400 hommes était faite prisonnière de guerre. Le 2e léger et le 3e de ligne occupèrent immédiatement le fort.
Cependant la campagne n'était pas finie pour le 3e de ligne ; il fallait lutter contre un ennemi bien plus redoutable : le choléra qui commença son ravage dans le corps expéditionnaire.
Le 28 aout le rembarquement commence, cette nouvelle est accueillie avec joie et produit un effet salutaire sur la santé des hommes. La forteresse est détruite par le génie.

Colonel Auguste Ducrot, 3e régiment d'infanterie

Nommé colonel du régiment en décembre 1853, Ducrot a déjà une belle carrière africaine derrière lui.

Durant la campagne, il ecrit plusieurs lettres à sa femme et il decrit la forteresse : "La citadelle est reellement un beau monument d'architecture militaire ; les murailles en briques et en granit ont en moyenne trois metres d'épaisseur ; il y a du logement pour 3.000 hommes au moins, 150 pièces de canon, des obusiers, des mortiers, des approvisionnements énormes de toute espèces." (lettre du 17/8/1854)

"Nous avons assisté hier à l'un des plus beaux et en même temps l'un des plus horribles spectacles qu'il soit possible de voir. A 7h du soir, au moment du coucher du soleil, la grande citadelle de Bomarsund s'abimait tout à coup au milieu d'un nuage épais de poussière et de débris de toute espèce ; quoique placés à près de 2.000 metres, nous avons été enveloppés pendant plus d'une heure d'une telle fumée que l'on ne voyait pas d'un bout du navire à l'autre ; puis l'aspect a changé et, au milieu d'une mer de feu, nous avons vu reparaître les debris de cette superbe forteresse. Ainsi, il a suffi d'une seconde pour réduire à néant ce que des milliers d'hommes ont mis des années à construire. J'ai passé une partie de la nuit sur le pont à contempler ce spectacle ; à la lueur de l'incendie, on distinguait les forts avancés ; à chaque instant les détonations des bombes, des obus, lancaient vers le ciel de nouvelles gerbes de feu et ravivaient l'incendie ; aujourd'hui tout cela brûle encore et brûlera peut-etre pendant 15 jours, car il est impossible d'imaginer la quantité d'huile, de farine, de vêtements, de matériels accumulée dans cet immense bâtiment." (lettre du 2 septembre).

   

Parti à l'effectif de 58 officiers et 2326 hommes de troupe, le régiment rentrait avec 56 officiers et 2153 hommes. 2 officiers et 173 hommes étaient morts du choléra. Le colonel Ducrot, le chef de bataillon Eudes de Boistertre étaient nommé officiers de la Légion d'Honneur ; les capitaines Roux, Bêche, Jeanson, le soldat gaillard (amputé) étaient faits chevaliers. Les grenadiers Gilbert, Wolff, le sapeur Ghys, le voltigeur Guillot et le fusilier Damon, qui s'étaient particulièrement distingués étaient décores de la médaille militaire. Par décision de l'Empereur, le nom de Bomarsund fut inscrit sur le drapeau du régiment.

Commandant Eudes de Boistertre
3e RI

Sous Lieutenant Maillard
3e Régiment d'infanterie
Il sera tué en 1870, capitaine au même régiment

Adjudant Boudot
Promu officier en décembre
Passe dans la Garde en 1858
tué en 1870 à Wissembourg


D'autres participants à la campagne.

48e régiment d'infanterie.

Capitaine Granderye
Fait chevalier de la Légion d'Honneur
Passe dans la Garde (ici sur la photo)

Capitaine Billard
Connu plus tard sous le nom Carrey de Bellemare

Commandant Metman
S'illustrera à Magenta en 1859, devient général.

2e régiment d'infanterie légère.

Lieutenant Colonel Plombin

Colonel Suau
Promu officier de la Légion d'Honneur
Puis général en 1859

Autres protagonistes.

Lieutenant Colonel Grimaudet de la Rochebouet
Commandant l'artillerie
Finit sa carrière comme général et Président du Conseil
"le coeur le plus généreux et le meilleur des chefs" (Gl du Barail)

Capitaine Basso
51e régiment

Capitaine Karth
Officier du génie

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