Le Marquis de Galliffet, blessé au Mexique, remet les drapeaux conquis à Puebla à l'Empereur

Photo Coutem (Vichy)

M. de Galliffet avait fait la campagne du Mexique en 1863 comme officier d'ordonnance de l'Empereur. A la bataille de Puebla, un éclat d'obus lui ouvrit le ventre et lui emporta un morceau de la hanche. Rappatrié en France à l'été 1863, il reçut la mission de rapporter au souverain les trophés capturés à Puebla, ainsi que les clés de la ville de Mexico.

"A quelque temps de là, eut lieu la remise à l'Empereur des drapeaux mexicains par le marquis de Galliffet, grièvement blessé à l'assaut de Puebla. M. de Galliffet était revenu à la vie, mais il était loin d'avoir recouvré la santé, et quand il arriva à Vichy, où résidait momentanément l'Empereur, il fallut le descendre de son wagon et le porter dans la voiture qui l'attendait à la gare.
Ce fut le dimanche 19 juillet 1863 que le jeune officier d'ordonnance présenta au souverain les trophées conquis sur l'ennemi. Ils furent aussitôt livrés aux grenadiers de la garde, qui les promenèrent triomphalement à travers le parc et dans tout Vichy, au bruit des fanfares militaires. Tous les drapeaux étaient en soie, avec hampe dorée, et fort beaux; plusieurs avaient un grand aigle brodé au milieu. L'un d'eux était aussi déchiré par les balles et la mitraille que nos étendards les plus troués de Magenta et de Solferino. Les fanions avaient des broderies noires.
Pendant que les grenadiers faisaient leur promenade autour de la ville, M. de Galliffet alla s'asseoir sous les ombrages du parc, en marchant péniblement à l'aide de béquilles. Il portait l'uniforme de capitaine de cavalerie. On l'avait à peine installé sur des chaises qui soutenaient ses jambes blessées, que M. Vassart, aide-de-camp, fendant la foule des baigneurs, lui apporta, par l'ordre de l'empereur, une boîte en maroquin vert contenant des épaulettes de chef d'escadron, et, séance tenante, les amis du nouveau commandant le décorèrent des insignes de son grade, aux applaudissements de l'assistance."
(Guerre du Mexique - L. le Saint - 1867)

Officier sensible à sa propre publicité, il alla dès les jours suivant se faire photographier au studio de Paul Coutem, avec ses nouvelles épaulettes d'officier supérieur et bien sûr ses béquilles.

Cette blessure ne fut pas pour rien dans la popularité de cet officier qui avait de plus l'habitude d'enjoliver les circonstances de cette affaire :
"M. de Galliffet s'asseyait souvent à l'ombre d'un des grands arbres du parc de Vichy où il était bientôt rejoint par des officiers en traitement; un groupe ne tardait pas à se former et le futur général était amené à raconter son aventure. Je le vois encore, maigré et sec, le teint bronzé; de sa voix brève et saccadée, il disait : « Peuh! la belle affaire!... Nous étions bien lancés. Un obus éclate, je suis renversé. On ne s'arrête pas pour si peu; les camarades continuent à charger. Quand je revins à moi, mes boyaux sortaient. Et puis après ?! A la chasse, quand un chien est éventré par un sanglier, nous ne l'abandonnons pas, nous lui remettons les boyaux en place, nous rapprochons les chairs, nous recousons; et vogue la galère!
J'essayai d'abord si je pouvais me relever. Oui. Quand je fus à genoux, je mis mes tripes dans mon képi. Encore un effort, j'étais debout; j'allai cahin-caha jusqu'à l'ambulance et me voilà ! » Ce récit était fait avec une crânerie agrémentée de bonne humeur."
(H. Escoffier).

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