Marie Félicien René Martien BERNARDY de SIGOYER né le 29/8/1824 à Valence

Photo Roth (Thionville)


" Bernardy de Sigoyer était un admirable type de soldat : sa forte tête, ses cheveux ras, son ferme regard, ses maxillaires inférieurs légèrement saillants comme ceux de tous les hommes d'énergie, ses larges épaules, sa taille moyenne, mais solide, rappelaient un peu la figure du maréchal Ney. Il devait avoir la décision prompte et l'action redoutable; très bon en outre et très paternel pour ses soldats, il leur donnait toujours l'exemple et leur rappelait souvent que, lui aussi, il avait porté le sac au temps de sa jeunesse. " (Les convulsions de Paris - épisodes de la Commune - Maxime du Camp)

 

 

Fils d'une famille de militaire, il s'engagé à 20 ans dans les zouaves. Il obtient le 18/8/1851 l'épaulette de Sous Lieutenant à la suite de l'expédition des Babors où il est blessé.

Passé au 8e bataillon de chasseurs, il est fait Lieutenant le 23/12/1854, puis sert au 14e bataillon de Chasseurs en Crimée où il reçoit la croix de la Légion d'Honneur.

Il est nommé Capitaine en mai 1859 au peu avant d'être blessé lors de la bataille de Solférino le 24/6/1859.

Au déclanchement de la guerre de 1870, il est capitaine instructeur de tir au 10e bataillon de Chasseurs. Il est promu Chef de bataillon le 15/7/1870 et prend son poste au 44e régiment d'infanterie. Il participe alors au siège de Thionville, comme commandant en second : " Il y fut admirable d’intrépidité ; ses sorties sont restées légendaires. Un coup de feu reçu le 27 septembre dans la hanche droite ne l'arrêta guère, et il continuait à harceler l'ennemi lorsque, le 22 novembre, un éclat d'obus lui brisa le péroné de la jambe droite.
Thionville, malgré sa vaillance, n'était point en état de résister aux forces qui l'accablaient, elle capitula. Le commandant de Sigoyer, blessé, la jambe entourée d'un appareil, fut laissé à l'ambulance installée dans un ancien pensionnat dont le mur de clôture plongeait dans la Moselle. M. de Sigoyer avait près de lui un soldat légèrement blessé qui lui servait d'ordonnance. Celui-ci, d'après les ordres de son commandant, vérifia le mur de clôture et y découvrit une brèche assez large pour donner passage à un homme.
On se procura des cordes, et, profitant d'une nuit sombre, on se laissa glisser jusqu'aux bords de la rivière; on découvrit une barque prussienne, on y monta, on coupa les amarres, et, par un froid glacial, on s'en alla au fil de l'eau.
M. de Sigoyer souffrait considérablement, car il n'est pas facile de traîner une jambe brisée à travers de pareilles expéditions. Les fugitifs se laissèrent dériver sur la Moselle pendant 8 kilomètres, et eurent la chance vraiment providentielle d'être recueillis par un ancien officier français qui les soigna et leur facilita les moyens de gagner le Luxembourg. Sigoyer traversa rapidement la Belgique et vint se mettre à la disposition de la délégation de Tours, qui l'envoya former à Saint-Omer un nouveau bataillon de chasseurs à pied, le 26e bataillon
." (Les convulsions de Paris - épisodes de la Commune - Maxime du Camp).

Bernardy de Sigoyer est nommé le 26/12/1870 à la tête du 26e bataillon de chasseurs, composé alors de 800 hommes de troupe provenant des dépôts des 1e et 20e bataillons, ainsi que de nombreux évadés rentrés par la Belgique. En mars 1871, il est envoyé à Roubaix, mettre fin à une grève générale des ouvriers, puis le 31 mars rejoint Versaille pour participer au second siège de Paris contre la Commune.
Le 21 mai, le bataillon pénêtre dans Paris par la porte de Saint Cloud et sécurise 5 bastions de l'enceinte. Le lendemain, il progresse le long de la Seine et s'empare du palais de l'Industrie. Le 24 mai, le bataillon est placé devant le jardin des Tuileries. "On était immobilisé en présence des incendies dont on était enveloppé de toutes part. Le capitaine Lacombe en profite pour faire seul une reconaissance sur les quais, où il constate que le feu des Tuileries s'étend de proche en proche, que le musée du Louvre est menacé et qui si on veut le sauver, il faut agir résolument sans perdre une minute. Le commandant de Sigoyer n'hésite pas, il se décide à n'obeïr qu'à son initiative et prend immédiatemen ses dispositions pour s'emparer du Louvre. [...] La 4e compagnie reçoit l'ordre de déblayer le terrain, part au pas de course, débusque l'ennemi et le refoule jusqu'au Pont Neuf. Une section de la compagnie profite du mouvement offensif pour s'emparer du Louvre. Elle se porte aux fenêtres qui font face aux quais et dans cette position, tient l'ennemi en respect. En même temps, le surplus du bataillon s'empresse, homme par homme et au pas de course, de se glisser le long des murailles pour arriver jusqu'à la porte vitrée qui donne accès dans la galerie des antiques. Le commandant est des premiers, il fait enfoncer la porte à coups de crosses. Il ne s'agissait plus maintenant de combattre des révoltés, il fallait combattre l'incendie sans armes appropriées et le vaincre ; ce n'était point tâche facile. On fouille les caves, les chantiers où les ouvriers avaient abandonné leurs outils ; tout ce qui peut servir, hâches, pioches, marteaux, fut saisi avec empressement ; la dernière compagnie s'élance dans les escaliers, grimpe jusque sur les toits et, entre la salle des Etats et le pavillon de la Tremouille, essaie de pratiquer une coupure. Le coeur ne manquait à personne, mais l'endroit n'était pas tenable, l'intensité de la chaleur, sinon les flammes, repoussait les travailleurs. [...] Les quatre autres compagnies, gardées par leurs sentinelles, avaient déposé leurs fusils et, sous la direction des officiers, faisaient la chaîne depuis les prises d'eau jusque sur les toits, à l'aide de tous les récipients que l'on avait pu découvrir. Trente hommes furent envoyés au pavillon Richelieu, où la bibliotheque embrasée était, de ce côté là aussi, une menace pour le Louvre. Sur ces entrefaits arrivèrent un détachement du 91e et un détachement de sapeurs pompiers de Paris. Grâce à ce renfort, l'incendie fut maîtrisé et la bataillon put rejoindre la division. Le Musée du Louvre était sauvé ! " (Historique du 26e bataillon de chasseurs).
Le bataillon poursuit alors les combats dans Paris où Bernardy de Sigoyer va être tué de façon mystérieuse : "Le 26 mai, vers deux heures du matin le général Daguerre, commandant la brigade, fit appeler le commandant de Sigoyer, que l'on chercha vainement et que l'on ne put découvrir. On s'inquiéta, on fouilla les maisons voisines, on interrogea les soldats et les sentinelles. A minuit on avait vu le commandant se diriger seul vers la Bastille ; depuis lors il n'avait point reparu. A 9 heures, le corps du commandant de Sigoyer fut retrouvé près d'une maison incendiée entre le boulevard Beaumarchais et la rue Jean Beausire. Ce fut un cri de douleur parmi les hommes du bataillon qui adoraient leur commandant. Le commandant a dû être assassiné d'un coup de crosse de fusil, son cadavre est resté là même où il a été frappé ; les débris enflammés d'une maison l'ont couvert, lui ont carbonisé une partie du corps et l'ont mutilé de telle sorte que l'on a pu, jusqu'à un certain point, croire qu'un supplice atroce lui avait été infligé. Après avoir été tué, il fut dévalisé" (historique du 26e bataillon de chasseurs).

En raison des services rendus par le commandant dont l'énérgie et l'initiative ont sauvé les tresors accumulés dans les salles du Louvre, l'Assemblées nationale  octroira à sa veuve et à ses quatre enfants une pension viagère et ses enfants reçevront le droit d'être élevés gratuitement dans les écoles de l'Etat.

 

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