La bataille de Reischoffen


La charge - P Perboyre - RMN

1/ Historique du 4em cuirassiers. Paris 1897

Le régiment était attaché à la deuxième division de cavalerie, composées des brigades Girard (1 et 4em cuirassiers) et de Brauer (2em et 3em cuirassiers).

Le samedi 6 aout, le temps resta couvert, quoique beau, il se maintint de la sorte durant toute la bataille ; c’était un jour propice pour une action de guerre, car la vue pouvait s’étendre au loin, on y voyait très clair. Vers six heures du soir une fine pluie tomba.
Vers sept heures et demi, le prince Achille Murat, de l’état major du Maréchal de Mac Mahon vint porter « l’ordre de monter immédiatement à chavel et de venir promptement à Froeschwiller. » Le général de division Bonnemains, un peu surpris du nouvel ordre qu’il recevait, depecha auprès du Maréchal le lieutenant d’état major Lachouque qui revint rapidement ; Le Maréchal voulait sur le champ « les escadrons et les batteries de combat seuls. »


Le général de Bonnemains


Pendant ce temps la division avait levé le bivouac. Le régiment laisse au camp les bagages, les hommes à pied, les chevaux de mains, les forges et les cantinières sous le commandement du sous lieutenant Martin, et la colonne, allégée de son train régimentaire, se dirige vers Froeschwiller, distant de trois kilomètres et demi environ.
Le Maréchal avait choisi pour ligne de défense les hauteurs formées par un contrefort des Vosges qui borde la Saüer, affluent du Rhin. La gauche de la position s’appuyait au village de Neehwiller ; le centre était à Froeschwiller ; la droite dépassait et laissait à gauche le bois de Nieder Wald. La position était belle, l’attaque se faisait d’en bas, mais les colline de la rive gauche de la Saüer commandaient notre ligne de défense. Le front présentait une étendue d’environ 7 kilomètres, le Maréchal disposait de cinq divisions d’infanterie et de deux divisions de cavalerie.
Après avoir parcouru quatre kilomètres environ, à travers des taillis épais et en gravissant une pente fort raide, la division arrive sur le plateau et débouche sur le champ de bataille dans une sorte de cirque entouré en arrière, à droite et à gauche par des bois. Vers l’ennemi, la vue est masquée au premier plan par un petit mouvement de terrain, mais on peut apercevoir à 4 kilomètres au delà, les collines de la rive gauche de la Saüer et les nombreuses colonnes prussiennes qui en descendent.
La division Bonnemains, en débouchant sur le plateau, tourne à droite, et s’établit aussitôt en colonne serrée à 500 mètres environ au sud du chemin de Reichshoffen à Froeschwiller, sur quatre lignes formées en bataille : le 1er cuirassier en avant, le 4em ensuite à 100 mètres en arrière et enfin, les 3e et 2e cuirassiers. Elle était placée un peu à gauche de la réserve du corps d’armée, composée de zouaves, de tirailleurs et d’artillerie. Le Maréchal avait lui-même indiqué cet emplacement. L’artillerie de la division était en avant de sa droite et un peu sur la hauteur.

Jusqu’alors, l’action se passait entièrement entre l’artillerie et l’infanterie des deux armées ; les ordres du Prince Royal étant de ne pas accepter le combat, le feu avait été interrompu à huit heures et demie, pour reprendre à neuf heures. Néanmoins à neuf heures et demie, la division n’ayant pas encore de mission à remplir, met pied à terre et reste bride à la main pendant deux heures environ. Les chevaux mangeaient des carottes, il y en avait de nombreux champs des deux côtés de la route.
A onze heures, le feu cesse de nouveau, pour recommencer à onze heures et demie avec un redoublement de violence ; le prince Royal, en effet, se sentant appuyé par des forces nombreuses qui marchaient au canon, s’était décidé à soutenir le Ve corps et à faire donner toutes ses troupes.
Vers midi, des obus viennent tomber dans les rangs des 1e et 2e cuirassiers et y tuent des hommes et des chevaux ; ces projectiles venaient de trente pièces d’artillerie qui tiraient d’écharpe sur les réserves et sur nous, à moins de 2 kilomètres de distance, et leur position vers Gunstett indiquait le commencement d’un mouvement tournant la droite de l’armée ; la division était très exposée.
[…]
Le XI corps enleva peu après le Nieder Wald. Il cherchait ensuite à donner la main au Vem dans Elsasshausen en flammes, ayant pour objectif Froeschwiller, qui seul résistait encore. C’est alors que la brigade Maire, fortement engagée jusqu ‘aux premières maisons de Woerth, se sentant tournée par sa droite, battit en retraite. Autant pour arrêter les fuyards, que pour se défiler du feu de la mousqueterie meurtrière qui venait du Nieder wald, la division Bonnemains monte à) cheval et exécute le mouvement de pelotons à droite, mais les hommes débandés des régiments d’infanterie traversent quand même les pelotons et gagnent le bois de Groisser-Wald ; les balles pleuvent sur le 4em Cuirassiers. Pendant ce temps, le Maréchal se tenait à une vingtaine de mètres à l’ouest de la dernière maison d’Elsassauhsen, au dessus du chemin creux allant à Woerth, surveillant la retraite et donnait avec calme ses ordres pour reformer de nouvelles lignes. Il était superbe, impassible au milieu des nappes de balles qui, partant de la lisière du Nieder_Wald, rasaient le chemin creux d’Elsassauhsen, alors encombré par l’infanterie en retraite. Tout autour de lui les projectiles brisaient les branches, effeuillaient les pommiers, décimaient son état major ; mais lui, d’après le mot d’un témoin oculaire, « il s’y baignait dedans ».
La division, après son mouvement de pelotons à droite, était descendue un peu vers le sud en laissant les bois à sa droite, puis avait fait encore quelques autres mouvements nécessités par le tir de l’artillerie ennemie et s’était enfin reformée en colonne serrée par demi régiment, le flanc droit au bois, face à l’est. Il pouvait être midi et demie.

Le Maréchal fit alors demander une des brigades de la division pour l’avoir plus près de lui à sa disposition. La 1ere (Girard) fut désignée et vint aussitôt s’établir près des sources de l’Eberbach, faisant face à l’est dans la direction d’Elsassauhsen, à quelques centaines de mètres en arrière du Maréchal. Les deux régiments sont formés en colonne serrée, le 1er cuirassiers devant le 4eme. Une éminence, couronnée par des tirailleurs algériens, leur masque la vue du champ de bataille et les abrite des projectiles. Le terrain où était disposé la brigade était assez marécageux.
Notre batterie de 4, conduite par le général Forgeot , commandant l’artillerie du 1er corps, gagne un peu la hauteur et ouvrit bientôt son feu à environ huit cent mètres sur les tirailleurs ennemis. La brigade resta peu de temps dans ce thalweg ; après avoir fait quelques mouvements, le général Girard se rapproche encore du maréchal ; il rompt sa brigade en colonne de pelotons, la conduit à travers un terrain labouré par les obus, tout contre la plateau qui lui a été indiqué à l’ouest d’Elsassauhsen et la reforme en colonne serrée. Elle resta là assez longtemps.

Depuis une heure, 70.000 Allemands convergeaient vers Froeschwiller. La fusillade se rapprochait. Sur tout le front de l’armée Allemande, on entendait un roulement continu de coups de canons, l’attaque s’efforçant de déborder notre droite. Autour d’Elsassauhsen, ses têtes de colonnes commençaient à se montrer ; le Maréchal jugea le moment venu de donner de l’air aux troupes d’infanterie engagée, et il vint donner lui même au général Girard l’ordre de charger l’ennemi qui débouchait autour du hameau : » Vous allez faire charger votre premier régiment, lui dit-il, escadron par escadron, pour faire un mouvement offensif qui donnera de la confiance à ces troupes écrasées qui se replient déjà un  peu. »
Le général Girard ayant prié le Maréchal de préciser l’objectif de la charge, car on ne voyait encore que les tirailleurs, la Maréchal lui répondit : « Ce que je vous demande c’est d’exécuter des simulacres de charges en avant, mais au simple galop, sans les pousser à fond ; je veux seulement gagner du temps. » Le terrain sur lequel allaient charge les deux régiments de la brigade était loin d’être favorable à l’action de la cavalerie. Des sources de l’Eberbach, non loin desquelles nous nous trouvions, partent trois petites vallées : deux se dirigent vers l’est entourent Elsassauhsen au nord et au sud et vont aboutir à Worth ; la troisième est formée par l’Eberbach qui descend vers le sud. Partout le terrain est planté de vignes, de pommiers, de houblonnières et d’arbres taillés à hauteur d’homme. Il est coupé de fossés et de pierrades, sortes de petites carrières qui peuvent se deviner de loin. Dans le fond es vallées, des haies épaisses, haies, infranchissables, clôtures de vergers, de jardins et des bouquets d’arbres servent d’abri aux fantassins allemands.
Dès qu’il reçut l’ordre de donner, le général Girard lança le 1er cuirassiers dans la vallée au nord d’Elsassauhsen. Le colonel de ce régiment avait entendu les paroles du Maréchal ; le général lui dit simplement : "Allons Vandeuvre ! » Et ils partirent. Le général était accompagne de son officier d’ordonnance, le lieutenant Canuet, du 5e chasseurs, et du lieutenant Marmet, du 1er cuirassiers. Le 1er cuirassiers chargea deux fois par escadron, mais, arrêté par les arbres et les fossés, les escadron,s brisés ne purent aborder l’ennemi et firent successivement demi tour sous son feu, en laissant une soixantaine d’hommes sur le terrain ; ils vinrent se reformer auprès du ‘e cuirassiers.

Pendant ce temps, le régiment étant de pied ferme, le sous lieutenant Billet est grièvement blessé à la mâchoire par une balle qui rebondit sur sa cuirasse, et, malgré ses insistances pour rester à son poste, il est conduit à l’ambulance sur l’ordre du colonel Billet, son père.


Le colonel Billet

Vers deux heurs et quart, aussitôt le 1er cuirassier rallié, le général Girard donne au 4em cuirassiers l’ordre de charger à son tour par escadron.
Le régiment se met en mouvement par colonne serrée, marchant de façon à passer au sud d’Elsassauhsen. Le premier escadron est conduit par le colonel, il prend le galop et gagne la hauteur qui se trouve devant lui. Le terrain oblige bientôt la colonne à rompre par pelotons ; elle traverse un petit chemin empierré et encaissé, le chemin « des crêtes » garni de tirailleurs de toutes armes ; ces éléments de choix, bien déterminés à la lutte, étaient composés de tirailleurs, de zouaves, de chasseurs, de fantassins des 21e et 47e de ligne, venant de tous les points du champ de bataille ; on y comptait aussi au moins une vingtaine de cuirassiers démontés venant de Morsbronn ; ils avaient ceint la giberne d’infanterie par dessus leurs cuirasses, sans quitter leurs grands sabres, et faisaient feu avec rage.
A cent mettre à l’est du chemin des crêtes, le régiment en colonne de pelotons s’arrête un instant pour permettre aux escadrons de têts de se former en bataille ; pendant ce temps, la fusillade du Nieder Wald redoublait d’intensité et le crépitement des balles sur les cuirasses s’entendait comme le choc de la grêle sur les vitres.
Le 1er escadron, aussitôt forme, part à la charge : il est commandé par le capitaine Billot ; le colonel le dirige à six cent mètres environ en avant vers une houblonnière, occupée par des troupes allemands qui font un feu nourri ; l’escadron laisse Elsassauhsen en flammes à 250 mètres sur sa gauche, descend la pente assez raide, semée d’obstacles, et vient se heurter à des haies et à la houblonnière, dont les perches sont, selon l’usage, reliées par des fils de fer ; l’escadron est arrêté court, il ne peut franchir l’obstacle et sous un feu violent qui fait de nombreuses victimes, il se voit forcé de faire demi tour.
Le 2nd escadron, commandé par le capitaine Millas, suit le 1er à peu de distance ; il est également accompagné par le colonel, qui, tout à fait en avant, se dirige cette fois un peu plus au nord ; mais le terrain n’est pas plus favorable ; engagé dans des vignes et des pierrades, le 2nd escadron ne peut pas davantage aborder l’ennemi qui le fusille de près.
Le commandant Broutta a l’avant bras droit enlevé par un obus, comme il passait le chemin qui se dirige au sud d’Elsassauhsen ; un cuirassiers démonté Michel vient à son secours et l’emporte pour le mettre à l’abri ; le lieutenant Prévost a le bras gauche cassé au coude par une balle ; un grand nombre de cuirassiers et de chevaux sont atteints.
L’escadron fait demi tour et vient, en longeant à sa droite les granges en feu d’Elsassauhsen, se rallier avec le 1er escadron derrière le reste du régiment. Tandis que les deux premiers escadrons se ralliaient, le Maréchal de Mac Mahon arriva vivement près du régiment. N’ayant pu se rendre compte des obstacles qui avaient arrêtes l’élan des deux premiers escadrons, il ne s’expliquait pas leur retraite et dit : » Colonel, ce n’est pas charger à fond ! – Nous allons mieux faire », répond le colonel Billet. Il se place alors devant le 4em escadron ; il a avec lui le commandant de Négroni, le lieutenant d’état major Mayniel qui ne l’a pas quitté et le sous lieutenant porte étendard Ginter. Il part au grand galop, en disant « suivez-moi ». Afin d’éviter les obstacles qui ont arrêté les deux premières charges, le colonel remonte, en le longeant, le chemin creux d’Elsassauhsen , cherchant un point pour le franchir et passer au nord ; les berges étaient hautes et raides ; le peloton de tête, impatient, tenta sans succès le passage ; il y eut des culbutes et un froissement retentissant de cuirasses ; le 2e peloton alla passer quelques pas plus loin vers l’ouest, à environ 150 mètres à l’est de la croisée du chemin de Woerth et fut suivi par le reste de la colonne.

L’escadron de tête, le 4em, se trouva ainsi à la naissance d’une petite vallée gazonnée, celle qui passe au nord d’Elsassauhsen, allant sur Woerth. Le 1er cuirassiers avait chargé par là. Le 4e escadron se forma rapidement et partit au galop. « Trompette, sonnez la charge ! » ordonne la colonel. L’escadron galopait furieusement depuis près de mille mètres sans rien voir, ayant dépassé à sa droite une longue houblonnière de peu d’épaisseur, à sa gauche, des vergers, des haies, des clôtures naturelles, lorsque le sous lieutenant Ginter s’écrie : »Les voilà ! » et il montre au colonel un groupe de tirailleurs prussiens qui se trouvait à une cinquantaine de pas sur la droite, dans un verger planté de pommiers. Ce verger était presque entouré de buissons et protégé du côté de la charge par une petite tranchée.
Le colonel Billet, ayant à sa droite le capitaine commandant d’Eggs, à sa gauche le lieutenant Mayniel, tous trois presque botte à botte, fond sur l’ennemi ; il tenait un Allemand au bout de son sabre, et venait de sauter le fossé, quand il est croisé, bousculé, désarçonné, par des cavaliers qui font demi tour à gauche. Il tombe et reste sans connaissance sur le terrain. En même temps, le capitaine d’Eggs, qui arrivait brillamment le premier de son escadron sur les tirailleurs ennemis, tombe frappé à mort au front par une balle ; le coup de feu ayant été tiré à 4 mètres de distance sur le groupe de tête ; le lieutenant Motte est tué. Le sous lieutenant Faure, entouré et blessé d’un coup de crosse sur le bras, se dégage à coups de sabre. Le lieutenant Pelletier avait été désarçonné ; sur les six officiers qui appartenaient au 4e escadron, quatre étaient tués ou blessés ; Le commandant de Négroni avait eu la bombe de son casque traversée par un gros éclat d’obus. Le lieutenant Mayniel, qui charge pour la troisième fois, frappe de son sabre un fantassin allemand ; le brigadier Jousseaulme et le trompette Delcloux en tuent deux autres de coups de pointe. Mais, sauf quelques corps à corps isolés, l’escadron ne réussit pas à aborder le gros de l’ennemi.


Le chef d'escadron de Négroni (à gauche)

Rompu par les arbres et par les haies, fusillé de toutes parts sans y voir grand chose, n’apercevant aucun groupe compact qui offre un but à son attaque, il tourbillonne un instant sous les obus et les balles, puis bat en retraite en se ralliant sur la hauteur...
Le 5e escadron, qui avait appuyé le mouvement du 4e, joignit à peine l’ennemi. Le lieutenant Schiffmacher, au moment du départ, tomba mortellement frappé d’une balle au ventre ; il mourut dans la nuit même à l’ambulance de Reischoffen. Le sous lieutenant Gauthier, désarçonné, fut fait prisonnier, et l’escadron fut entraîné dans la retraite du ‘e. Cinq officiers restaient sur le terrain jalonnaient le chemin parcouru par la dernière charge.
Sur le point d’arriver au ralliement, le maréchal des logis David s’aperçoit que le commandant de Négroni était obligé d’abandonner son cheval, mortellement atteint au flanc pendant la charge, vint à lui proposer le sien. Le commandant refusa cette offre généreuse ; le trompette Delcloux venait de lui amener un cheval d’artillerie tout sellé, qui errait sans cavalier, à quelques pas de là. Le brigadier Fitterer prit ensuite ce cheval, trop lger pour le commandant, et lui donna le sien ; Pendant ce temps, Delclous, sous un feu violent s ‘en allait desseller tout près de l’ennemi le cheval tué ; il rallia le régiment le lendemain, rapportant la selle, avec les papiers et l’argent qu’elle contenait.
Les quatre escadrons, bien réduits, vinrent se reformer derrière la crête d’où ils étaient partis, et les turcos disaient « Bravo cuirassiers ! ». Le lieutenant colonel Lacour, qui avait bien payé de sa personne, prît le commandement du régiment, puis la brigade Girard vint reprendre sa place en première ligne, devant la brigade de Brauer.
Quelques instants après, les Allemands gagnaient beaucoup de terrain , il était trois heures environ : le Maréchal vint dire au général Bonnemains : »Vos cuirassiers peuvent-ils encore charger ? – Certainement oui ! répondait le général – C’est un nouveau sacrifice que je vais leur demander ! »
L’ordre fur alors donné de charger en colonne par demi régiment, c’était à la brigade de Brauer de donner. Le général de division, commanda un passage de ligne en avant et , toujours sous un feu violent, la 2e brigade exécute avec autant de calme qu’à la manœuvre et avec une précision remarquable son mouvement, qui la place en avant des 1er et 4em cuirassiers, sur la crête même, puis elle se ploie en colonne par demi régiment. A son tour le 2e cuirassiers, vers trois heures et quart, part à la charge, par demi régiment, dans la direction d’Elsassauhsen et revient cruellement éprouvé sans avoir pu joindre l’ennemi. Puis ce fut au 3em cuirassier. Son colonel, M. de Lafutsun de Lacarre, eut la tête emportée par un obus au moment du départ de son premier échelon ; on vit un instant le corps sans tête rester en selle. Le sacrifice était assez grand, le reste du régiment ne fut pas engagé.

Ces charges répétées avaient arrêté pendant plus d’une demie heure le mouvement offensif des Allemands sur Froeschwiller, et permis à l’armée vaincue d’évacuer le terrain.
[…]
On fait l’appel et il manque au 4e régiment, 170 hommes tués, blessés ou disparus, près du tiers de l’effectif. On ne comptait guère plus de 150 hommes dans le rang pour tout le régiment.
[…]
Le colonel, remis de son évanouissement causé par sa chute, avait été relevé et fait prisonnier par des fantassins du 58e régiment prussien. Ils accompagnèrent le colonel à l’ambulance et le remirent ensuite aux mains d’un officier d’état major qui lui fit donner un cheval et le conduisit sur les arrières. Vers cinq heures, près de Woerth, le Prince Royal de Prusse, apercevant ce colonel de cuirassiers au milieu d’un groupe de prisonniers, s’avança vers lui et lui dit : « J’ai remarqué vos charges, colonel. Dans un combat entre Français et Prussiens, il n’y a pas de honte à être battu. Du reste, je ne suis pas orateur, mais je dois vous dire simplement : Votre honneur est sauf, et comme preuve, donnez-moi la main. »

 

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