La brigade Doens à Spicheren

6/8/1870



Carte tirée de l'ouvrage "Spicheren 1870" du Lieutenant colonel Maistre
Berger-Levrault - 1908


 

A l'aile droite française, la 3e division du général de Laveaucoupet est en charge de la défense des solides positions du Rother-Berg et du Gifert Wald. Après avoir resisté héroïquement dans la matinée, le 10e bataillon de chasseurs qui en avait la charge doit évacuer la position sous la pression des masses prussiennes. Laveaucoupet engage alors ses régiments d'infanterie pour reprendre la position.
Restée en réserve derrière la brigade Micheler, la brigage du général Doens (2e et 63e régiments d'infanterie) est bientôt appelée en soutien par le général de Laveaucoupet. Le 63e régiment est destiné à appuyer la gauche de la position dans le Gifertwald et le Rotherberg ; Le 2e de ligne reçoit mission de défendre à droite, la clairière située près de Pfaffenwald.
L'effectif français sur les hauteurs est alors de 8.000 hommes. Les Prussiens vont les attaquer avec des forces ecrasantes ; ils ont en outre pour eux l'immense avantage d'une artillerie supérieure. Les batteries françaises retirées en arrière des crêtes, près de Spickeren, ne peuvent agir efficacement que dans le cas où les Prussiens déboucheraient du Rotherberg et du Gifertwald.

Sylvain François Jules de Laveaucoupet,

Né le 28/4/1806 à StSulpices (Creuse).

Cet officier issu du corps de l'état major a servi en Algérie sous la monarchie de Juillet et s'y est distingué en emportant du champ de bataille le général Trezel, dont il était l'aide de camp, alors qu'il était grièvement blessé .
Durant la campagne d'Italie alors qu'il etait Général de Brigade il a été blessé à Turbigo, à Magenta et a eu deux chevaux tués sous lui à Solférino.

Promu Général de Division en 1868, il commande la 3e division du corps d'armée du général Frossard en 1870.

      


Historique du 2e régiment d'infanterie

Le 6 août, à neuf heures du matin, on entend le canon dans la direction de Sarrebruck. Vers onze heures, la fusillade se fait entendre dans la direction de l'Eperon de Spicheren ; c'est la 2e brigade qui entre en lutte avec les Prussiens qui paraissent pousser une forte reconnaissance vers cette direction et le bois situé en avant du village.
A midi, le régiment reçoit l'ordre de marcher à l'ennemi. Le 1er bataillon (commandant Scholer) conserve la garde des hauteurs boisées en arrière de Spicheren et doit observer le vallon en avant de Grosbliederstroff, par où l'on craint un mouvement tournant. Les 5e et 6e compagnies (capitaines Létang et Malet) sont envoyées dans le vallon même ; mais, après avoir constaté l'inutilité de leur présence à cet endroit déjà occupé par d'autres troupes, elles marchent au feu dans la direction de l'éperon de Spicheren, se joignent au 3e bataillon et prennent part à ses opérations.
Le 2e bataillon (commandant Gayraud) se porte droit sur le bois situé en avant de Spicheren, en laissant le village à gauche ; le général Doens, le colonel De Saint Hilliers, le lieutenant-colonel De Boucheman marchent avec ce bataillon.

      

Amédée Henri Charles de Saint-Hillier

Né le 17/9/1816, c'est un Saint Cyrien de la promotion de 1835. De Saint-Hillier a servi en Algérie entre 1854 et 1859 comme officier supérieur du 2e régiment de Zouaves. Lors de la bataille de Magenta en Italie, il a été gravement blessé "d'un coup de feu au bras gauche, d'un autre à l'avant bras droit (la balle ayant pénétré au dessus de l'origine du coude et étant sortie par l'avant bras), et d'une contusion avec plaie à la poitrine".

Promu Lieutenant Colonel en octobre 1859, il a servi au 2e régiment des voltigeurs de la Garde (ici photographié).

La guerre de 1870 le trouve Colonel du 2e régiment d'infanterie (depuis le 13/8/1863).

Dans "Français et Allemands" Dick de Lonlay décrit le colonel en ces termes : "Le 2e régiment d'infanterie est commandé par l'un des plus braves colonels de l'armée : M de Saint-Hillier. C'est un officier savant, instruit, d'une modestie remarquable, d'un sang froid intrépide... Ce vaillant homme de guerre, auquel des études profondes ne permettent pas de conserver d'illusions sur l'issue de la guerre, a tristement prédit l'avenir des desastres qui nous attend. Il est résolu à faire l'impossible pour conjurer le péril, mais il semble qu'il a le pressentiment de sa mort. Il a fait de son régiment un corps d'élite animé du plus pur patriotisme ; son corps d'officiers a le sentiment du devoir et de l'honneur ; la discipline du 2e de ligne, obtenue sans rigeurs par l'application intelligente des règles et par l'exemple est l'objet de l'admiration de l'armée."

Photo Dagron (Paris)

Après avoir traversé tout le vallon de Spicheren, ou pour mieux dire parcouru un espace de 1,500 mètres dans un terrain très inégal, le 2e bataillon s'arrête sur la crête opposée; devant lui se trouve un petit ravin de 800 mètres de largeur environ, qui le sépare du bois sur lequel il a reçu l'ordre de marcher. Après quelques instants de repos, pendant lesquels il a fait déposer les sacs, le commandant Gayraud lance son bataillon à l'attaque du bois qu'occupent les Prussiens. Dès qu'ils se montre, une terrible décharge de l'ennemi, bien posté derrière les arbres, couche par terre bon nombre d'hommes ; le bataillon enlevé par ses chefs n'en continue pas moins sa marche en avant : Il pénètre dans le bois , en chasse l'ennemi et arrive au revers opposé de la hauteur.

"Bientôt cependant les forces, contre lesquelles ce bataillon est le seul à lutter, augmentant à vue d'oeil, il est obligé de battre en retraite et se replie par un très beau mouvement sous bois, habilement conduit. Les lourds fantassins teutons débouchent dans la clairière et sont écrasés par un feu roulant ; ils plient et reculent. Mais à ce moment, de nouveaux bataillons ennemis, gardés en réserve, sont lancés sur notre droite ; ils ont opéré un grand mouvement sous bois ; malheureusement, la petite troupe française n'a pas permis de surveiller cette manoeuvre.
Le général Doëns et le colonel de Saint-Hillier massent rapidement plusieurs compagnies ; l'heure du dévouement a sonné ; il faut culbuter ces troupes à la baïonnette. Les clairons sonnent, les tambours battent, et nos fantassins suivent leurs chefs qui les guident. Le sabre à la main. M. de Saint-Hillier, grave et froid, marche en tête avec son général ; le lieutenant-colonel de Boucheman est à son poste de combat. L'ennemi, qui use si habilement des feux de salve, tire sur ces officiers qu'il distingue ; un millier de balles s'abattent autour d'eux et tous trois roulent à terre. Seul, le lieutenant-colonel de Boucheman se relève pour retomber encore, en criant : « Vive la France ! En avant ! » Il est grièvement blessé. Le colonel de Saint-Hillier a été tué raide par une balle, qui lui a brisé la tempe gauche. Le général Doëns est mortellement atteint. Son officier d'ordonnance, le lieutenant Abria du 2e de ligne, a été également renversé par cette terrible décharge. Les soldats consternés entourent leurs officiers morts ou mourants." (D de Lonlay - Français et Allemands)

Lieutenant Colonel de Boucheman
2e régiment d'infanterie
Blessé et capturé par les Prussiens

Lieutenant Abria
2e régiment
Officier d'ordonnace du général Doens
Blessé et capturé
Ici général sous la République


Le bataillon évacue enfin le bois et opère sa retraite de l'autre côté du ravin, dans la direction où il a déposé ses sacs. Dans cette retraite, le général Doens est mortellement frappé d'une balle qui lui fracasse l'épaule.
Le commandant Gayraud fait coucher son bataillon en arrière des sacs et donne l'ordre de ne tirer que lorsque l'ennemi, sortant du bois cherchera à traverser le ravin. Il maintient ainsi les Prussiens de 4h30 à 9h du soir.

Le 3e bataillon (commandant Pettelot) est dirigé d'abord vers la droite, mais il est bientôt rappelé par le général de Laveaucoupet pour concourir à la défense de l'Eperon contre lequel l'ennemi dirige de nouvelles forces. Après avoir reçu les ordres du général de division lui-même, le bataillon dépose les sacs, travers le chemin encaissé de Spicheren à Sarrebruck et gravit en colonne un mamelon sur lequel est établie une batterie de mitrailleuses. Arrivé sur le haut du mamelon, le bataillon se déploie et commence immédiatement le feu contre les Prussiens.
Il occupait cette position depuis près d'une heure, lorsque le général de Laveaucoupet lui donne l'ordre de se porter plus en avant et vers la gauche pour empêcher l'ennemi de nous déborder de ce côté. Enlevé avec beaucoup d'entrain par ses officiers, le 3e bataillon se porte avec ordre dans la nouvelle direction et s'arrête sur le bord d'un ravin que l'artillerie ennemie couvre de projectiles. Pendant deux heures, il se maintient dans cette position difficile et empêche par sa contenance énergique l'infanterie prussienne de franchir ce ravin. ; mais les forces de l'ennemi augmentant toujours, le bataillon après avoir éprouvé des pertes sérieuses, est obligé de se retirer et de venir reprendre la position première devenue beaucoup plus dangereuse qu'au début de l'action. L'ennemi a réussi en effet à établir de l'autre côté du ravin une batterie qui couvre le plateau de projectiles. Malgré cela le 3e bataillon garde cette position jusqu'à la nuit, perdant beaucoup de monde, mais ne reculant pas d'un pouce, se cramponnant à la position suivant l'expression même du général de Laveaucoupet, et contribuant certainement pour une large part à empêcher l'ennemi de déboucher sur le plateau.
Dans cette circonstance, le capitaine Perrot, de la 4e compagnie, fait preuve d'un grand calme et d'un grand courage. Il prend avec lui une trentaine de bons tireurs, les place sur la droite du bataillon et inflige des pertes sérieuses à l'ennemi en dirigeant avec intelligence le feu de ces quelques hommes. Le capitaine Perrot ne se retire qu'après avoir été blessé à la hanche.

A 9 heures du soir, le régiment, commandé par le commandant Scholer, se rallie, sous la protection de l'artillerie, en arrière de Spicheren sur les hauteurs où il était campé le matin.
La retraite commence vers dix heures du soir; le 2e de ligne, escortant l'artillerie, se dirige sur Behren.
Arrivé en cet endroit, on fait l'appel et l'on constate que la journée du 6 août a coûté au régiment :
Cinq officiers tués : M. De Saint-Hillier, colonel, Préla, lieutenant, Richard d'Abnour, Duchesne, Horion, sous-lieutenants;
Dix-neuf officiers blessés : Martenot, capitaine adjudant-major, Gorincourt, Perrot, capitaines; Perotte-Deslandes, Pellefigue, lieutenants; Vessière, Gary, Roche, sous-lieutenants;

Lieutenant Vessière
2e régiment d'infanterie
Blessé, il a l'énergie de rejoindre son régiment

Officiers blessés tombés au pouvoir de l'ennemi: MM. De Boucheman, lieutenant-colonel ; Bonnarel, capitaine adjudant-major; Malet, Lavigne, Bounihol, capitaines ; Fourcade (mort à Sarrébruck, le 25 août, des suites de sa blessure), Abria (officier d'ordonnance du général Doens), Douce, lieutenants ; Fécheroulle, Gréville, Pierson, sous-lieutenants.
Trois cent cinquante-sept sous-officiers, caporaux et soldats sont mis hors de combat, sur un effectif d'environ 1,700 hommes, et les quatre premières compagnies du 1er bataillon n'ont pas été engagées ! Sur ce nombre 109 sont morts sur le champ de bataille ou des suites de leurs blessures. Que dire en présence de pareilles pertes ? Là comme partout, le brave 2e de ligne avait vigoureusement combattu, sa valeur était restée digne de ses devanciers ; mais il avait été vaincu par le nombre.


Historique du 63e régiment d'infanterie

Le 6, à Spickeren, rien ne faisait présager une action prochaine ; au régiment on avait même envoyé le matin une corvée à Forbach pour y acheter des vivres d'ordinaire. Cependant, on était inquiet ; la soupe est mangée de très bonne heure sans qu'il y ait d'ordres donnés à ce sujet. Instinctivement, chacun plie bagage et se tient prêt à marcher. Vers 9h un combat d'artillerie s'engage et bientôt après, , l'infanterie prussienne, débouchant par la route de Sarrebruck, entamait l'attaque par une marche directe sur notre front. De proche en proche, la lutte s'étendait sur toute la ligne, mais les flancs n'étaient pas menacés. Le régiment placé en arrière, n'avait pas encore à intervenir dans l'action. Cette tranquilité ne devait pas durer longtemps. Bientôt en effet, l'ennemi comprenant que les hauteurs de Spickeren sont la clef de la position, dirige de nouvelles forces sur la droite du 2e corps.
Jusqu'à ce moment, le général de Laveaucoupet avait pu tenir tête à l'attaque avec la seule brigade Micheler ; mais cette dernière commençait à s'affaiblir, les munitions diminuaient ; il devenait donc urgent de porter la 2e ligne à l'appui de la première. Le brigade Doens reçoit alors l'ordre d'avancer. Le 2e de ligne, poussant droit devant lui, entre dans le bois du Rotherberg pour soutenir le 10e bataillon de chasseurs ; les 1e et 2e bataillons du 63e sont portés un peu en avant de Spickeren ; notre 3e bataillon est envoyé avec la batterie de mitrailleuses dont il forme le soutien, à la droite, presque en avant d'Alsting.

Le feu est devenu très violent. Vers 1h, le 2e de ligne est rejeté hors du bois et descend jusqu'au fond du ravin dans lequel coule la source nord du Sourbach. Les Prussiens s'arrètent sur la lisière du bois, d'où ils tirent sur ce régiment. Cependant ce dernier, malgré le feu violent qu'il essuie, se reforme ; nos 1er et 2e bataillons reçoivent alors l'ordre de venir l'appuyer à gauche. Ils se forment pour cette attaque ; le 1er bataillon à gauche, en colonne double, le 2e en ligne déployée, entrent ainsi dans le bois au pas de charge, sans tirer un coup de fusil et refoulent devant eux les prussiens. Ce fut un beau moment.

Mais bientôt les Prussiens profitant de ce que le bois est très fourré font tête ; un combat acharné s'engage, on se fusille à bout portant ; là tombent le lieutenant de Beaurepaire, le capitaine Demonchy ; mais rien ne peut arrêter notre élan ; ceux qui tombent n'inspirent à ceux qui sont épargnés que le sentiment de la vengeance et les Prussiens sont enfin chassés de leurs positions. Le combat est ainsi reporté sur toute notre ligne à l'extrémité septentrionale de l'éperon et à la lisière nord du bois de Rotherberg que nos deux bataillons garnissent. Le terrain en avait la forme de gradins successifs qui facilitaient la marche des Prussiens.
Voyant cette situation, et croyant qu'un seul de ces gradins masquait la vue vers la plaine, nos hommes poussent vers l'avant et délogent l'ennemi du premier de ces gradins ; mais 50 metres plus loin, on les trouve en force derrière un second. Alors, ne pouvant plus accentuer le mouvement offensif, et la situation sur ce point n'étant plus tenable, les 1er et 2e bataillons revinrent occuper la lisière du bois. Le combat se maintint ainsi pendant près de 2 heures ; on était à moins de 100 metres à peine les uns des autres ; toutes les fois que les Prussiens essayaient de franchir le premier gradin, ils étaient vivement repoussés ; mais de notre côté, nous ne pouvions pas davantage parvenir à les rejeter dans la plaine.

Au moment où les 1er et 2e bataillons enlevaient le bois du Rotherberg, la batterie de mitrailleuses reçoit l'ordre de venir en occuper l'extrémité sud ouest. Elle s'y transporte au grand trot en passant par Spickeren, notre 3e bataillon, marchant par le flanc, la suit aussi vite que possible. Il est près de 2 heures, Spickeren rempli de blessés, est vivement cannoné par l'artillerie prussienne. Malgré ces obus, le bataillon continue sa marche sans s'arrêter et arrive à l'extrémité sud ouest du bois, à la place qui lui avait été assignée. Mais à peine y est-il, que sans lui laisser le temps de reprendre haleine, le chef d'état major de la division le lance en avant avec ordre d'appuyer les troupes déjà engagées dans le bois. Pour se dérober à la vue des batteries prussiennes, qui cannonaient violemment le Rotherberg, le bataillon entre sous bois et descend vers le nord en longeant la lisière ouest. Au débouché de ce couvert, outre les obus qui lui venaient de la gauche, il est assailli du même côté par une violente fusillade qui met hors de combat la capitaine de Beurmann, le lieutenant Vachette et bon nombre d'hommes.

      

Charles Auguste de Beurmann

Né le 23/1/1829 à Wissembourg, Charles de Beumann est promu Capitaine du 63e régiment d'infanterie le 24/5/1859.

En 1870, il en commande la 3e compagnie du 3e bataillon.

Le 6/8/1870 à Spickeren, le bataillon est en soutien d'une batterie de mitrailleuse déployée au sud ouest du bois de Rotherberg lorsqu'il est ordonné d'appuyer les troupes engagées dans le bois. Il est blessé dans l'action.

Son corps n'est pas retrouvé et il est promu chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume le 19/10/1870.

Photo Darnay (Poitier)

L'ennemi, en effet, voyant tous ses efforts repoussés de front, dirigeait sur nos flancs les troupes fraîches qui ne cessaient de lui arriver. Le commandant Lacer ordonne alors à sa 1er compagnie (capitaine Gerboin) de faire face à gauche pour repousser toute attaque venant de ce côté, puis, il établit ses autres compagnies à la lisière du bois et à la crête de l'éperon, d'où elles ouvrent le feu.

Dans cette position, nos 3 bataillons réunis luttent avec succès sans que les Prussiens puissent parvenir à les entamer. Sur notre gauche, la compagnie Gerboin repousse à 4 reprises différentes les attaques de flanc que l'ennemi cherchait à prononcer.

 

Joseph Emile Jules Gerboin

Né le 22/3/1840 à Phalsbourg, Gerboin est sorti de l'école de Saint Cyr en octobre 1859, comme Sous Lieutenant au 63e régiment d'infanterie. Il a servi en Algérie avec son régiment avant la guerre.

La guerre de 1870 le trouve Capitaine (en date du 15/11/1869), commandant la 1ere compagnie du 3e bataillon.

A Spicheren, il est blessé par un eclat d'obus à la partie inférieure droite de la poitrine, blessure produisant une forte contusion avec ecchymose très étendue. Après la bataille, il est fait chevalier de la légion d'Honneur.

Après la guerre, il va servir à plusieurs reprises en Algérie et en Tunisie, où il y commande le 29e bataillon de chasseurs à pied. Il finit sa carrière comme général de brigade.


      

Mais vers 4 heures, les obus et les balles avaient largement creusé leurs sillons sanglants dans nos rangs ; de plus, les Prussiens ont engagé à cette heure de nombreuses troupes fraîches contre les défenseurs de la lisière nord du bois ; et ceux ci, décimés, épuisés par la lutte, commençant à manquer de munitions et ne se sentant plus soutenus par la moindre réserve, vont être bientôt obligés de reculer. Le général de Laveaucoupet prescrit alors au colonel Zentz, qui avait pris le commandement de la brigade lorsque le général Doens avait été mortellement blessé, de se reporter en arrière les défenseurs du bois. Le colonel Zentz, prenant quelques compagnies du régiment leur fait jalonner avec les sacs, que l'on avait posés pour marcher à l'assaut des bois, une nouvelle ligne de défense sur le sommet des pentes de la rive droite de la source nord du Sourbach ; puis, ne pouvant faire entendre aucun signal à cause du canon et de la fusillade, il envoya les sous-officiers et soldats qu'il avait sous la main pour rappeler les troupes engagées en avant. Il y eut là de la part de tous ces hommes qui se rejetèrent dans la mélée de beaux actes de dévouement.

Peu à peu, nos 1er et 2e bataillons viennent se grouper en ordre autour du colonel ; ce fut à eux que vinrent ensuite se rallier ceux des 24e et 40e. Le colonel put alors, avec les débris des trois régiments, former deux lignes épaisses de tirailleurs dont la seconde pouvait (grace à la déclivité très prononcée du terrain) tirer par dessus la première sans aucun danger de l'atteindre ; puis, faisant rappeler l'artillerie qui s'était placée en arrière de Spickeren, il la fait mettre en batterie à droite et à gauche du village et lui donne l'ordre formel de cannoner le bois par dessus notre infanterie. Les Prussiens qui avaient suivi nos troupes en retraite furent arrétés net à la lisière devant ce dispositif.

Ces deux lignes de tirailleurs, une fois installées et l'artillerie en position, notre 3e bataillon qui s'était jusqu'alors cramponné à l'angle sud ouest du bois d'où les Prussiens, malgré tous leurs efforts, n'avaient pu le déloger, reçut l'ordre de se replier à son tour. Il le fit lentement en formant deux petits échelons et vint se placer à la gauche de la première des deux lignes de tirailleurs en avant du calvaire de Spickeren. Il était en effet 7h du soir. La lutte continua acharnée de part et d'autre. En vain, à plusieurs reprises, les Prussiens entrainés par leurs officiers essaient de sortir du bois et de marcher à l'assaut de nos lignes. Notre feu et celui de notre artillerie les en empêchent d'une façon absolue et chaque fois ils sont obligés de regagner précipitamment leur couvert, laissant bon nombre des leurs sur le terrain. Pendant ce temps, le colonel Zentz, seul debout se promenait derrière la première ligne, surveillant attentivement les mouvements de l'ennemi. Tout à coup on le voit chanceller puis tomber brusquement à terre de toute sa hauteur. Le régiment pousse un cri :"le colonel est tué !" Mais lui, se relevant froidement : "Ca n'est rien" dit il en ramassant son képi; et il reprend sa promenade. Il avait été atteint en pleine poitrine par une balle morte heureusement, dont le choc l'avait jeté par terre sans lui faire aucune blessure. 

      

Louis Adolphe Zentz d'Allnois,

né le 16/7/1820 à Cons la Grandville (Moselle).

Colonel du 63e RI depuis 1861, Zentz le conduite durant la guerre de 1870.
 
Dans son ouvrage sur les opérations du 2e corps de l’armée du Rhin, le général Frossard le cite avec éloge pour sa conduite à Spickeren-Forbach. Il y gagna ses deux étoiles et reçut le commandement de la 1re brigade de la 2e division.
Le rapport de son divisionnaire, M. de Laveaucoupet, est ainsi conçu : « M. le général Zentz a assisté en qualité de colonel du 63e de ligne au combat de Sarrebrück le 2 août, à la bataille de Spickeren le 6 août, à la bataille de Borny sous Metz le 14 août. Il s’est particulièrement distingué à la bataille de Spickeren, lorsque le général Doens, blessé, a dû laisser le commandement de la brigade. C’est à lui que je dois d’avoir pu rallier en arrière de la crête boisée en avant de Spickeren, les bataillons du 40e de ligne et du 24e qui, pendant toute la journée, avaient défendu le bois. C’est là que, debout, à quelques pas en arrière de ses hommes placés sur deux lignes et qui étaient couchés pour donner moins de prise au feu de l’ennemi, il a tenu de 5h ½ à 8h ½ et résisté à toutes les attaques. Le colonel Zentz est un des quelques officiers qui m’ont permis de tenir la position. Il a été magnifique de sang-froid et de bravoure, et cela pendant de longues heures. Il a été sur ma proposition nommé général de brigade ; il mérite d’être cité à l’ordre de l’armée et mentionné dans le bulletin des opérations. ».
 
Il figure sur cette photo en Lieutenant Colonel des Voltigeurs de la Garde, peu après la campagne d'Italie.

Ce ne fut qu'à la nuit noire que le combat cessa des deux côtés ; nous restions absolument maîtres de la deuxième partie de la position, dont malgré leur nombre et leurs efforts, les Prussiens n'avaient pas pu s'emparer. Nos hommes avaient donné là tout ce qu'ils pouvaient d'energique résistance ; ils étaient à bout de force. vers 9h du soir, le général de Laveaucouper replia la 3e division sur la crête du sud du village de Spickeren, occupant toujours ce village par ses avants postes ; on ne tirait plus, les troupes de l'ennemi harassées autant que les nôtres, n'étaient en état ni de continuer le combat, ni d'avancer.

Les pertes du régiment dans la journée furent très grandes, ainsi qu'on put le constater le soir lorsqu'on fit l'appel près de Spickeren. Nous avions : Tués, 4 officiers (capitaine Demonchy; lieutenants de Beaurepaire et Vachette, sous lieutenant North), 5 sous officiers, 4 caporaux, 17 soldats. Blessés 11 officiers (commandant Lespieau, capitaines Paissot, Ruillier, Gerboin, le Joindre, de Beurmann - mort plus tard des suites de ses blessures - lieutenant Moinot, Vendelobe, Braun, Lacombe, sous lieutenant Gille), 17 sous officiers, 29 caporaux, 133 soldats. Disparus, 11 sous officiers, 11 caporaux, 121 soldats. Soit au total : 15 officiers, 33 sous officiers, 44 caporaux, 271 soldats hors de combat. Ces chiffres disent assez avec quelle energie le régiment avait combattu.

Charles Eugène Le Joindre,

Né le 30/12/1840 à Wissembourg, fils d'un président du tribunal et ancien député, le Joindre est ancien élève de l'école de Saint Cyr (1858-1860). Il est nommé Sous Lieutenant le 1/10/1860 au 63e RI et suit son régiment en Algérie entre 1862 et 1865.

Lieutenant le 24/6/1865, puis Capitaine le 24/6/1870. Il sert à la 4e compagnie du 2e bataillon du régiment.

Il est blessé lors de la batille de Spicheren d'un coup de feu à la région lombaire gauche (l'entrée de la balle ayant lieu au dessus de la crête de l'os illiaque et la sortie près de l'épine dorsale). Cité à l'ordre de l'armée, il est fait prisonnier après la bataille. Echangé devant Metz le 10/9/1870, il est nommé chevalier de la Légion d'Honneur le 19/10/1870.

Il est de nouveau fait prisonnier à la capitulation de la ville le 28/10/1870. Après la guerre il revient au 63e RI est est nommé adjudant major en 1873.

Une page spéciale lui est consacrée.

Photo Malardot (Metz)

      

      

Jean Henry Marie Moinot Werly

Né le 30/10/1839 à Bar le Duc. Elève de Saint Cyr, il est promu Sous Lieutenant le 1/10/1861 au 63e régiment d'infanterie. Il a servi avec le régiment en Kabylie où il s'est distingué le 1er mai 1865 au poste de Takitount.

En 1870 il sert comme  Lieutenant à la 5e compagnie du 2e bataillon.

A la bataille de Spicheren, il est blessé d'un coup de feu à la cuisse. Il est promu Capitaine le 9/8/1870 en remplacement du capitaine Demonchy, tué.

Fait prisonnier à Metz, il revient en France pour participer aux opération contre la Commune et il y reçoit le croix de la Légion d'Honneur.

Il poursuit une belle carrière, devenant chef du 10e bataillon de chasseurs (photo ci contre vers 1886)  et prend se retraite comme Général de brigade, Commandeur de la Légion d'Honneur.

Il est mort en 1905.

Photo Greiner (Nancy)

 

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