Le 63e régiment d'infanterie à Spicheren

6/8/1870

 

Historique du régiment

Le 6, à Spickeren, rien ne faisait présager une action prochaine ; au régiment on avait même envoyé le matin une corvée à Forbach pour y acheter des vivres d'ordinaire. cependant, on était inquiet ; la soupe est mangée de très bonne heure sans qu'il y ait d'ordres donnés à ce sujet. Instinctivement, chacun plie bagae et se tient prêt à marcher. Vers 9h un combat d'artillerie s'engage et bientôt après, , l'infanterie prssienne, débouchant par la route de sarrebruck, entamait l'attaque par une marche directe sur notre front. deproche en proche, la lutte s'étendait sur toute la ligne, mais les flancs n'étaient pas menacés. Le régiment placé en arrière , n'avait pas encore à intervenir dans l'action. cette tranquilité ne devait pas durer longtemps. Bientôt en effet, l'ennemi comprenant que les hauteurs de Spickeren sont la clef de la position, dirige de nouvelles forces sur la droite du 2e corps.
Jusqu'à ce moment, le général de Laveaucoupet avait pu tenir tête à l'attaque avec le seule brigade Micheler ; mais cette dernière commençait à s'affaiblir, les munitions diminuaient ; il devenait donc urgent de porter la 2e ligne à l'appui de la première. Le brigade Doens reçoit alors l'ordre d'avancer. Le 2e de ligne, poussant droit devant lui, entre dans le bois du Rotherberg pour soutenir le 10e bataillon de chasseurs ; les 1e et 2e bataillons du 63e sont portés un peu en avant de Spickeren ; notre 3e bataillon est envoyé avec la batterie de mitrailleuses dont il forme le soutien, à la droite, presque en avant d'Alsting.

Le feu est devenu très violent. vers 1h, le 2e de ligne est rejeté hors du bois et descend jusqu'au fond du ravin dans lequel coule la source nors du Sourbach. Les Prussiens s'arrètent sur la lisière du bois, d'où ils tirent sur ce régiment. cependant ce dernier, malgré le feu violent qu'il essuie, se reforme ; nos 1er et 2e bataillons reçoivent alors l'ordre de venir l'appuyer à gauche. Ils se forment pour cette attaque ; le 1er bataillon à gauche, en colonne double, le 2e en ligne déployée, entrent ainsi dans le bois au pas de charge, sans tirer un coup de fusil et refoulent devant eux les prussiens. ce fut un beau moment.

Mais bientôt les Prussiens profitant de ce que le bois est très fourré font tête ; un combat acharné s'engage, on se fusille à bout portant ; là tombent le lieutenant de Beaurepaire, le capitaine Demonchy ; mais rien ne peut arreter notre élan ; ceux qui tombent n'inspirent à ceux qui sont épargnés que le sentiment de la vengeance et les Prussiens sont enfin chassés de leurs positions. Le combat est ainsi reporté sur toute notre ligne à l'extrémité septentrionale de l'éperon et à la lisière nord du bois de Rotherberg que nos deux bataillons garnissent. Le terrain en avait la forme de gradins successifs qui facailitaient la marche des Prussiens.
Voyant cette situation, et croyant qu'un seul de ces gradins masquait la vue vers la plaine, nos hommes poussent vers l'avant et délogent l'ennemi du premier de ces gradins ; mais 50 metres plus loin, on les trouve en force derrière un second. Alors, ne pouvant plus accentuer le mouvement offensif, et la situation sur ce point n'étant plus tenable, les 1er et 2e bataillons revinrent occuper la lisière du bois. le combat se maintint ainsi pendant près de 2 heures ; on étain à moins de 100 metres à peine les uns des autres ; toutes les fois que les Prussiens essayaient de franchir le premier gradin, ils étaient vivement repoussés ; mais de notre côté, nous ne pouvions pas davantage parvenir à les rejeter dans la plaine.

Au moment où les 1ers et 2e bataillons enlevaient le bois du Rotherberg, la batterie de mitrailleuses reçoit l'ordre de venir en occuper l'extrémité sud ouest. elle s'y transporte au grand trot en passant par Spickeren, notre 3e bataillon, marchant par le flanc, la suit aussi vite que possible. il est près de 2 heures, Spickeren rempli de blessés, est vivement cannoné par l'artillerie prussienne. malgré ces obus, le bataillon continue sa marche sans s'arrêter et arrive à l'extrémité sud ouest du bois, à la place qui lui avait été assignée. Mais à 0peine y est il, que sans lui laisser le temps de reprendre haleine, le chef d'état major de la division le lance en avant avec ordre d'appuyer les troupes déjà engagées dans le bois. Pour se dérober à la vue des batteries prussiennes, qui cannonaient violemment le Rotherberg, le bataillon entre sous bois et descend vers le nord en longeant la lisière ouest. Au débouché de ce couvert, outre les obus qui lui venaient de la gauche, il est assailli du même côté par une violente fusillade qui met hors de combat la capitaine de Beurmann, le lieutenant Vachette et bon nombre d'hommes.

      

Charles Auguste de Beurmann

Né le 23/1/1829 à Wissembourg, Charles de Beumann est promu Capitaine du 63e régiment d'infanterie le 24/5/1859.

En 1870, il en commande la 3e compagnie du 3e bataillon.

Le 6/8/1870 à Spickeren, le bataillon est en soutien d'une batterie de mitrailleuse déployée au sud ouest du bois de Rotherberg lorsqu'il est ordonné d'appuyer les troupes engagées dans le bois. Il est blessé dans l'action.

Son corps n'est pas retrouvé et il est promu chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume le 19/10/1870.

Photo Darnay (Poitier)

L'ennemi, en effet, voyant tous ses efforts repoussés de front, dirigeait sur nos flancs les troupes fraîches qui ne cessaient de lui arriver. Le commandant Lacer ordonne alors à sa 1er compagnie (capitaine Gerboin) de faire face à gauche pour repousser toute attaque venant de ce côté, puis, il établit ses autres compagnies à la lisière du bois et à la crête de l'éperon, d'où elles ouvrent le feu.

Dans cette position, nos 3 bataillons réuinis luttent avec succès sans que les Prussiens puissent parvenir à les entamer. Sur notre gauche, la compagnie Gerboin repousse à 4 reprises différentes attaques de flanc que l'ennemi cherchait à prononcer.

 

Joseph Emile Jules Gerboin

Né le 22/3/1840 à Phalsbourg, Gerboin est sorti de l'école de Saint Cyr en octobre 1859, comme Sous Lieutenant au 63e régiment d'infanterie. Il a servi en Algérie avec son régiment avant la guerre.

La guerre de 1870 le trouve Capitaine (en date du 15/11/1869), commandant la 1ere compagnie du 3e bataillon.

A Spicheren, il est blessé par un eclat d'obus à la partie inférieure droite de la poitrine, blessure produisant une forte contusion avec ecchymose très étendue. Après la bataille, il est fait chevalier de la légion d'Honneur.

Après la guerre, il va servir à plusieurs reprises en Algérie et en Tunisie, où il y commande le 29e bataillon de chasseurs à pied. Il finit sa carrière comme général de brigade.


      

Mais vers 4 heures, les obus et les balles avaient largement creusé leurs sillons sanglants dans nos rangs ; de plus, les Prussiens ont engagé à cette heure de nombreuses troupes fraîches contre les défenseurs de la lisière nord du bois ; et ceux ci, décimés, épuisés par la lutte, commençant à manquer de munitions et ne se sentant plus soutenus par la moindre réserve, vont être bientôt obligés de reculer. le général de laveaucoupet prescrit alors au colonel Zentz, qui avait pris le commandement de la brigade lorsque le général Doens avait été mortellement blessé, de se reporter en arrière les défenseurs du bois. le colonel zentz, prenant quelques compagnies du régiment leur fait jalonner avec les sacs, que l'on avait posés pour marcher à l'assaut des bois, une nouvelle ligne de défense sur le sommet des pentes de la rive droite de la source nord du Sourbach ; puis, ne pouvant faire entendre aucun signal à cause du canon et de la fusillade, il envoya les sous officiers et soldats qu'il avait sous la main pour rappeler les troupes engagées en avant. Il y eut là de la part de tous ces hommes qui se rejetèrent dans la mélée de beaux actes de dévouement.

Peu à peu, nos 1er et 2e bataillons viennent se grouper en ordre autour du colonel ; ce fut à eux que vinrent ensuite se rallier ceux des 24e et 40e. Le colonel put alors, avec les débris des trois régiments, former deux lignes épaisses de tirailleurs dont la seconde pouvait (grace à la déclivité très prononcée du terrain) tirer par dessus la première sans aucun danger de l'atteindre ; puis, faisant rappeler l'artillerie qui s'était placée en arrière de Spickeren, il la fait mettre en batterie à droite et à gauche du village et lui donne l'ordre formel de cannoner le bois par dessus notre infanterie. Les Prussiens qui avaient suivi nos troupes en retraite furent arrétés net à la lisière devant ce dispositif.

Ces deux lignes de tirailleurs, une fois installées et l'artillerie en position, notre 3e bataillon qui s'était jusqu'alors cramponné à l'angle sud ouest du bois d'où les Prussiens, malgré tous leurs efforts, n'avaient pu le deloger, reçut l'ordre de se replier à son tour. Il le fit lentement en formant deux petits échelons et vint se placer à la gauche de la première des deux lignes de tirailleurs en avant du calvaire de Spickeren. Il était en effet 7h du soir. La lutte continua acharnée de part et d'autre. En vain, à plusieurs reprises, les Prussiens entrainés par leurs officiers essaient de sortir du bois et de marcher à l'assaut de nos lignes. Notre feu et celui de notre artillerie les en empêchent d'une façon absolue et chaque fois ils sont obligés de regagner précipitamment leur couvert, laissant bon nombre des leurs sur le terrain. ^Pendnat ce temps, le colonel Zentz, seul debout se promenait derrière la première ligne, surveillant attentivement les mouvements de l'ennemi. Tout à coup on le voit chanceller puis tomber brusquement à terre de toute sa hauteur. Le régiment pousse un cri :"le colonel est tué !" Mais lui, se relevant froidement : "Ca n'est rien" dit il en ramassant son képi; et il reprend sa promenade. Il avait été atteint en pleine poitrine par une balle morte heureusement, dont le choc l'avait jeté par terre sans lui faire aucune blessure. 

      

Louis Adolphe Zentz d'Allnois,

né le 16/7/1820 à Cons la Grandville (Moselle).

Colonel du 63e RI depuis 1861, Zentz le conduite durant la guerre de 1870.
 
Dans son ouvrage sur les opérations du 2e corps de l’armée du Rhin, le général FROSSARD le cite avec éloge pour sa conduite à Spickeren-Forbach. Il y gagna ses deux étoiles et reçut le commandement de la 1re brigade de la 2e division.
Le rapport de son divisionnaire, M. de LAVEAUCOUPET, est ainsi conçu : « M. le général ZENTZ a assisté en qualité de colonel du 63e de ligne au combat de Sarrebrück le 2 août, à la bataille de Spickeren le 6 août, à la bataille de Borny sous Metz le 14 août. Il s’est particulièrement distingué à la bataille de Spickeren, lorsque le général DOENS, blessé, a dû laisser le commandement de la brigade. C’est à lui que je dois d’avoir pu rallier en arrière de la crête boisée en avant de Spickeren, les bataillons du 40e de ligne et du 24e qui, pendant toute la journée, avaient défendu le bois. C’est là que, debout, à quelques pas en arrière de ses hommes placés sur deux lignes et qui étaient couchés pour donner moins de prise au feu de l’ennemi, il a tenu de 5h ½ à 8h ½ et résisté à toutes les attaques. Le colonel ZENTZ est un des quelques officiers qui m’ont permis de tenir la position. Il a été magnifique de sang-froid et de bravoure, et cela pendant de longues heures. Il a été sur ma proposition nommé général de brigade ; il mérite d’être cité à l’ordre de l’armée et mentionné dans le bulletin des opérations. ».
 
Il figure sur cette photo en Lieutenant Colonel des Voltigeurs de la Garde, peu après la campagne d'Italie.

Ce ne fut qu'à la nuit noire que le combat cessa des deux côtés ; nous restions absolument maîtres de la deuxième partie de la pposition, dont malgré leur nombre et leurs efforts, les Prussiens n'avaient pas pu s'emparer. Nos hommes avaient donné là tout ce qu'ils pouvaient d'energique résistance ; ils étaient à bout de force. vers 9h du soir, le général de laveaucouper replia la 3e division sur la crête du sud du village de Spickeren, occupant toujours ce village par ses avants postes ; on ne tirait plus, les troupes de l'ennemi harassées autant que les nôtres, n'étaient en état ni de continuer le combat, ni d'avancer.

Les pertes du régiment dans la journée furent très grandes, ainsi qu'on put le constater le soir lorsqu'on fit l'appel près de Spickeren. Nous avions : Tués, 4 officiers (capitaine Demonchy; lieutenants de Beaurepaire et Vachette, sous lieutenant North), 5 sous officiers, 4 caporaux, 17 soldats. Blessés 11 officiers (commandant Lespieau, capitaines Paissot, Ruillier, Gerboin, le Joindre, de Beurmann - mort plus tard des suites de ses blessures - lieutenant Moinot, Vendelobe, Braun, Lacombe, sous lieutenant Gille), 17 sous officiers, 29 caporaux, 133 soldats. Disparus, 11 sous officiers, 11 caporaux, 121 soldats. Soit au total : 15 officiers, 33 sous officiers, 44 caporaux, 271 soldats hors de combat. Ces chiffres disent assez avec quelle energie le régiment avait combattu.

Charles Eugène Le Joindre,

Né le 30/12/1840 à Wissembourg, fils d'un président du tribunal et ancien député, le Joindre est ancien élève de l'école de Saint Cyr (1858-1860). Il est nommé Sous Lieutenant le 1/10/1860 au 63e RI et suit son régiment en Algérie entre 1862 et 1865.

Lieutenant le 24/6/1865, puis Capitaine le 24/6/1870. Il sert à la 4e compagnie du 2e bataillon du régiment.

Il est blessé lors de la batille de Spicheren d'un coup de feu à la région lombaire gauche (l'entrée de la balle ayant lieu au dessus de la crête de l'os illiaque et la sortie près de l'épine dorsale). Cité à l'ordre de l'armée, il est fait prisonnier après la bataille. Echangé devant Metz le 10/9/1870, il est nommé chevalier de la Légion d'Honneur le 19/10/1870.

Il est de nouveau fait prisonnier à la capitulation de la ville le 28/10/1870. Après la guerre il revient au 63e RI est est nommé adjudant major en 1873.

Une page spéciale lui est consacrée.

Photo Malardot (Metz)

      

Jean Henry Marie Moinot Werly

Né le 30/10/1839 à Bar le Duc. Elève de Saint Cyr, il est promu Sous Lieutenant le 1/10/1861 au 63e régiment d'infanterie. Il a servi avec le régiment en Kabylie où il s'est distingué le 1er mai 1865 au poste de Takitount.

En 1870 il sert comme  Lieutenant à la 5e compagnie du 2e bataillon.

A la bataille de Spicheren, il est blessé d'un coup de feu à la cuisse. Il est promu Capitaine le 9/8/1870 en remplacement du capitaine Demonchy, tué.

Fait prisonnier à Metz, il revient en France pour participer aux opération contre la Commune et il y reçoit le croix de la Légion d'Honneur.

Il poursuit une belle carrière, devenant chef du 10e bataillon de chasseurs (photo ci contre vers 1886)  et prend se retraite comme Général de brigade, Commandeur de la Légion d'Honneur.

Il est mort en 1905.

Photo Greiner (Nancy)

 

Retour