Le 12e Régiment de Chasseurs à cheval

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Historique sous le IInd Empire et le début de la 3e république

 

Le 12e chasseurs a été créé en 1788. Durant la révolution il a combattu à Valmy, Jemmapes et Fleurus, puis sous l'Empire, il a été engagé dans toutes les grandes batailles (Austerlitz, Wagram, la Moskova, Leipzig et Waterloo). Réorganisé sous la Restauration, il a participé à la campagne d'Espagne en 1823, puis en 1830 à l'expédition d'Alger.

Il reçoit son nouvel étendard le 10/5/1852. Ne faisant pas partie des troupes envoyées en Crimée, il rejoint la garnison de Paris en 1855 et le 23 mai de cette année, il est passé en revue par l'Empereur.

Le 15/4/1859, le régiment est désigné pour aller en Algérie. Il prend garnison à Blidah où il est remonté de chevaux arabes, avec des escadrons à Milianah et Orléansville. En septembre 1859, le 12e Chasseurs forme quatre escadrons de guerre pour aller réprimer les tribus insoumises sur les frontières du Maroc. Durant la campagne, le régiment est fortement touché par le choléra et perd 114 hommes morts de maladie, il n'est en revanche que peu engagé contre l'ennemi, ayant une escarmouche avec les arabes le 27 septembre au col de Tegma. Après deux ans passés en Algérie, le régiment revient en France en septembre 1861.

Le 2/7/1862, le corps des officiers apprend avec joie que deux de ses escadrons (les 5e et 6e) sont désignés pour faire partie du corps expéditionnaire du Mexique et former un régiment de marche avec deux escadrons des Chasseurs d'Afrique. Les troupes embarquent le 23 aout à Toulon et arrivent au Mexique le 15 octobre. Alors que le corps expéditionnaire avance sur Jalapa, les premiers engagements ont lieu les 3 et 18 novembre, ils mettent en lumière la supériorité de la cavalerie française. Lors du siège de Puébla (mars 1863), les chasseurs sont employés à bloquer la ville et la couper des renforts mexicains. le 22 mars, le régiment de marche a une nouvelle fois l'occasion de se distinguer à Cholula, où 400 cavaliers repoussent 2000 cavaliers ennemis, puis à San Lorenzo, le 8 mai, où les derniers espoirs mexicains de relever Puebla sont anihilés. Après la prise de la ville, puis de Mexico, le régiment est engagé en reconnaissance et escorte de convois et se distingue à Zamora le 22/12/1863. En mars 1864, deux autres escadrons du régiment (1e et 2e) ainsi que l'état major du régiment rejoignent les Mexique, le régiment y est alors reconstitué et se distingue dans les opérations de la campagne de l'intérieur. Le régiment quitte le Mexique en fevrier 1867 et rejoint les escadrons restés en France à Castres.

En 1870, le régiment est affecté à l'armée du Rhin, à la division de cavalerie du 5e Corps d'armée. Il n'est pas engagé lors de la campagne d'Alsace, et se regroupe au camp de Chalons après la retraite. Lors de la campagne qui mène à Sedan, il est engagé à Buzancy contre le 3e régiment de dragons saxon. Une partie du régiment échappe à la capitulation de Sedan et va se reformer à Clermont Ferrand. Après la réorganisation, le régiment est envoyé le 22/9/1870 à l'armée de Normandie et se regroupe à Rouen. Il est engagé dans une escarmouche le 29/11/1870 à Etrepagny, en sabrant une petite troupe ennemie prise par surprise.

La guerre terminée, le régiment est embrigadé à l'armée de Versailles et effectue des reconnaissances, ainsi que des escortes de prisonniers, durant l'insurrection de la Commune.

Durant la république, il est caserné à Rouen.


Louis Adrien de Tucé

Né le 8/5/1817 à Montoire, c'est le fils d'un Garde du corps du Roi. Il a fait Saint Cyr en 1837 et a servi au 7e Lanciers et au 3e régiment des Chasseurs d'Afrique.

Il est nommé au 12e régiment de Chasseurs comme Lieutenant Colonel (il est titulaire de ce grade depuis le 2/7/1863), régiment qu'il connait bien puisque comme chef d'escadrons, il a commandé le 2e régiment de cavalerie de marche au Mexique. Le 20/12/64, il se distingue pendant l'expédition conduite dans le sud du Mexique (nov 63 -fevr 64), puis de nouveau lors du combat de Cuitzillo (21/3/64) ou il seconde le colonel Margueritte commandant la colonne.

Promu Colonel du régiment le 14/8/1866. Il revient du Mexique en avril 1867 (comme officier de l'ordre de Notre Dame de la Guadalupe), avec des appréciations brillantes "excellent officier supérieur, a prouvé pendant cette campagne toute sa valeur comme officier de cavalerie, tant par son energie, sa bravoure et son calme que dans la manière dont il a su diriger les troupes sous ses ordres. A une très grande influence personnelle due à la bravoure qu'il montre vis à vis de l'ennemi. Enveloppe froide et impénetrable, agit plus qu'il ne parle."
En 1870, il commande le 12e chasseurs qui est engagé à Buzancy au 5e corps d'armée. A Sedan, de Tucé echappe à la capitulation en conduisant une portion du régiment à travers les lignes ennemies et sauve 250 cavaliers permettant de reformer le régiment qui va alors être engagé dans les armées de la République, en Normandie.

Promu Général de brigade le 29/10/1870, il quitte le régiment à cette date.

Sa carrière détaillée est décrite sur une page spéciale

Photo Marq (Castres)

  


  

Alexis Théodore Vata

Né le 17/3/1826 à Thiers. Saint Cyrien de la promotion de la Djemmah (1844-1846), il est nommé officier au 12e régiment de chasseurs à cheval.

Capitaine le 1/10/1853, il fait campagne en Algérie, et reçoit la croix de la Légion d'Honneur en janvier 1862, peu de temps après sont retour d'Algérie.
Il commande le 6e escadron, l'un des deux envoyé au Mexique en 1862. Vata se distingue à plusieurs reprises lors de la campagne de Jalapa. Une première fois le 3/11/1863 à Plan del Rio, où son escadron met en déroute 200 lanciers rouges mexicains, puis le 18 novembre au Rio Frio et enfin le 22/3/1863 à Cholula, devant Puebla assiégée.

Promu Chef d'escadrons le 4/9/1863, il passe au 3e chasseurs d'Afrique, puis revient au 12e chasseurs en novembre 1864. C'est dans ce grade qu'il est photographié à Toulouse, après son retour du Mexique avec le dolman de petite tenue de cavalerie.

Durant la guerre de 70, il commande un escadron lors des opérations de l'Armée du Rhin, devenue armée de Chalons après la retraite d'Alsace. Il participe au combat de Buzancy contre le 3e dragons saxon. Echappant à la défaite de Sedan, il poursuit la lutte en Normandie.

Nommé Lieutenant colonel le 23/10/1870, il commande le 5e régiment de cavalerie mixte pour la fin de la guerre. Il reçoit la croix d'officier de la Légion d'Honneur.
Après la guerre, il est muté au 1er régiment de hussards et va faire campagne en Algérie. Il commande notamment une colonne qui réprime un insurection en Kabylie orientale et dégage la ville de Miliah.

Promu Colonel le 31/12/1874, il prend le commandement du 18e régiment de dragons. En 1883, il devient commandeur de la Légion d'Honneur, puis, en 1883, il passe au corps de contrôle de l'administration de l'armée. Il est mort en 1895.

Photo Provost (Toulouse)


Joseph Adolphe Leveque

Né le 7/03/1836 à Carcassonne, Joseph Adolphe Leveque est un officier sorti du rang.

Engagé au 12e régiment de chasseurs à cheval, il part avec deux escadrons de son régiment au Mexique en aout 1862 et va y rester 4 ans. Son régiment est engagé dans les opérations de couverture du siège de Puebla, puis va sillonner tout le Mexique dans d'interminables opérations contre la guerilla.

Durant cette campagne, il est nommé Sous lieutenant (13/05/1865), grade qu'il occupe à son retour en France. Il en revient aussi décoré de la médaille du Mexique et de l'ordre de Notre Dame de la Guadalupe. Revenu en France en garnison à Castres, Lévêque est nommé chevalier de la Légion d'Honneur le 10/8/1868.

Durant la guerre de 1870, Leveque est Lieutenant. Le 12e régiment de chasseurs est engagé au sein du 5e corps d'armée lors des batailles de Buzancy et de Sedan. Une partie des hommes, dont il fait partie, parvient à échapper à la capitulation de Sedan et rejoint l'armée du Nord pour les opérations en Normandie. Il est ici photographié à la fin de la campagne de France, dans se tenue de campagne, dolman ouvert et cravate adoptée sûrement durant la campagne du Mexique.

Après la guerre de 70, il est nommé Capitaine le 26/07/1871. Il exerce les fonctions de capitaine d'habillement, puis de capitaine commandant un escadron, toujours au 12e chasseurs, régiment dans lequel il aura fait toute sa carrière..

Il ne figure plus dans l'annuaire de 1885. Il est mort en avril 1899.

Photo Perrin (St Lo)

   


   

Louis Colné

Né le 7/9/1823 à Paris, Louis Colné est un officier sorti du rang et a servi comme sous officier au 2e régiment de Lanciers.

Il est promu Sous Lieutenant le 13/2/1850 et passe au 12e régiment de chasseurs.

Lieutenant le 1/5/1854, il est détaché à Saumur comme officier d'instruction.

Capitaine le 14/3/1859. Il commande le 5e escadron, l'un des deux envoyé au Mexique en 1862 pour former le 2e régiment de marche.
Le 22/12/1863, la cavalerie arrive devant la ville de Zamora où campent 300 cavaliers et 150 fantassins mexicains. "Immédiatement, les barricades sont enlevées et la capitaine Colné, à la tête de son 5e escadron, se précipite comme un ouragan sur l'infanterie qui en un instant a 50 hommes tués ou blessés. En pénétrant au centre de la ville, un poste de vingt cavaliers mexicains est enlevé par l'escadron avec un élan digne des plus grands éloges. A ce moment l'ennemi surpris par cette brusque attaque se disperse dans toutes les directions ; les escadrons se lancent à leur poursuite et lui font eprouver des pertes sensibles" (historique du 12e chasseurs).
Colné se distingue à nouveau le 21/5/1864 au combat de Conception, où son escadron charge la bande de Miguel Waldes, la disperse et lui tue 40 hommes.
En novembre 1865, alors que son escadron est stationné à Monterey avec la légion étrangère, il est engagé à Los Lermas. La position sur la rive droite du rio n'est accessible que par un chemin creux et étroit dont les bords à pic, élevés d'environ 3 metres et couronnés par l'infanterie ennemie, rendent le passage impossible à la cavalerie. Après avoir essuyé une vive décharge, Colné fait executer une fausse retraite à l'escadron, se retire en tiraillant, et par ce moyen, attire l'ennemi cinq fois supérieur en nombre. L'ennemi arrivé à 200 metres de l'escadron, il fait alors executer un demi tour et sonner la charge. Après un quart d'heure d'un combat acharné, les mexicains sont mis en déroute et s'enfuient dans toutes les directions. Colné est cité à l'ordre du corps expéditionnaire.

Promu Chef d'escadrons le 27/2/1869, il passe au 2e régiment de lanciers. il est blessé au visage le 6/8/1870 à la bataille de Froechwiller d'un eclat d'obus et a un cheval tué sous lui.

Passé au 10e régiment de Hussards après la guerre et quitte le service actif en 1874, officier de la Légion d'Honneur depuis mars 1872.

Il est mort le 20/2/1888.

Photo Pierson (Paris)


François Aimé Bedier

 

Né le 24/3/1828 à Paris, Bédier est promu Sous lieutenant le 14/3/1859, comme porte étendard du régiment.

Lieutenant le 12/8/1861, il fait partie du second contingent du régiment, qui rejoint les 5e et 6e escadrons au Mexique en mars 1864. Son escadron est stationné dans la province de Guadalajara, puis en juillet à San Luis Potosi, où il effectue des reconnaissances, escorte des convois et lutte contre la guerilla mexicaine.

En aout son escadron part avec des troupes du 3e régiment de zouaves dans les terres chaudes de Tancasnequi pour aller secourir le bataillon d'Afrique décimé par les fièvres. le 26, la colonne arrive à Al Noptel et apprend que 200 cavaliers du bandit Ansencio Gomez sont à une lieue de distance. Bedier prend le commandement de 34 chasseurs et, accompagné de 6 escouades de zouaves, va chercher l'adversaire. Dans l'engagement, les mexicains perdent 20 hommes. Pour ce combat, Bédier est promu Capitaine (le 14/10/1865). Il reçoit la Légion d'Honneur le 1/2/1867, au moment de l'embarquement du régiment pour la France.
En 1870, Bédier est capitaine d'habillement et reste au dépôt du régiment.

Chef d'escadron le 7/1/1871, il se fait photographier durant la guerre de 1870, dans une tenue fortement inspirée de son expérience mexicaine.

 Après la guerre, il est nommé au 15e régiment de chasseurs, où il exerce les fonctions de major. Il ne figure plus dans l'annuaire militaire en 1879. Il est mort en octobre 1877.

  


   

Frédéric Charles Rouget

 

Né le 6/10/1833 à Mougon (Deux Sevres), il fait la première partie de sa carrière au 6e ou 7e régiment de dragons avec lequel il fait la campagne de Crimée. Il y est blessé et reçoit la médaille militaire le 31/12/1856, après son passage au régiment des Dragons de la Garde comme maréchal des logis. Il participe ensuite à la campagne d'Italie et y reçoit la médaille comémorative.

Il est promu Sous lieutenant le 14/3/1864 au 12e régiment de chasseurs.

Chevalier de la Légion d'honneur le 2/6/1870, peu avant la guerre, il est blessé d'un coup de sabre à la tête lors de la bataille de Buzancy.

Lors de la réorganisation du régiment à Clermont Ferrand, Rouget, qui a été promu Lieutenant, est nommé au 3e escadron. C'est à cette date qu'il se fait photographier dans cette magnifique tenue de campagne.

Il est promu Capitaine le 16/7/1871 et commande un escadron du régiment en 1876. En 1877, il passe au 9e régiment de cuirassiers, puis au 3e régiment de Spahis.

Il est mort à Bône le 17/8/1882.

Photo Renaud (Clermont Ferrand)

 


Philippe Louis Eugène Ferdinand Robert d'Orléans, duc de Chartres

 

Né le 9/11/1840 à Paris, c'est le petit fils du Roi Louis Philippe. Exilé en Italie après la révolution de 1848, il a d'abord servi dans l'armée sarde comme lieutenant et a combattu avec la français durant la guerre d'Italie en 1860, puis durant un an à l'état major du général McClellan durant la guerre de secession.

En 1870, il offre ses services à la France sous un nom d'emprunt (Robert le Fort) et sert à l'armée de la Loire. A la fin de la guerre, il est nommé chevalier de la Légion d'Honneur (5/5/1871) et réintégré dans l'armée française comme Chef d'escadron, au 3e régiment de chasseurs d'Afrique. Promu Lieutenant colonel au 8e régiment de dragons, il est nommé Colonel le 18 juillet 1878, et mis à la tête du 12e régiment de chasseurs., dont il porte ici la tenue, le schako orné de l'aigrette blanche, distinction des chefs de corps.

Le 14 juillet 1880, il se rend à Paris avec une députation de son régiment pour recevoir du gouvernement et du Président de la République le nouvel étendard du régiment qui est remis à Longchamps.

Après la consolidation au pouvoir des Républicains, l'assemblée nationale vote une loi exilant les membres des anciennes familles régnantes de France. Le 23/2/1883, Robert d'Orléans est mis en non activité par retrait d'emploi. Il quitte son régiment en laissant un bel ordre du jour : "Pendant près de cinq ans, nous avons travaillé ensemble ; nous n'avions que deux buts : préparer à la France des soldats dévoués et instruits, et maintenir le 12e régiment de chasseurs à la hauteur de la vieille réputation conquise sur maints champs de bataille. Je n'ai pas eu le bonheur de vous mener au feu, ce sera le regret de toute ma vie. J'étais à côté de vous à Solférino et à l'armée de la Loire; j'y serai encore la prochaine fois. En attendant, secondez mon successeur, prouvez par votre zèle, votre dévouement, votre discipline, votre obéïssance absolue aux lois du pays et aux règlement militaires, que les leçons que je vous ai données n'ont jamais été inspirées que par l'honneur et l'amour de la Patrie."

Il meurt en 1910.

Photo Ken (Paris) 

  


    

Jules Henri de Braux d'Anglure

Né le 5/3/1830 à Paris, il commence un carrière de sous officier et est nommé Maréchal de Logis au 8e chasseurs. Il est médaillé militaire le 28/12/1859.

En 1860, il est envoyé en Chine à l'état major du corps expéditionnaire. Il est promu Sous Lieutenant au 12e chasseurs. En décembre, il embarque sur le Suez avec le colonel Campenon et le capitaine Bourcat, pour offrir à l'empereur et l'impératrice les présents envoyés par l'armée de Chine. Cette distinction lui vaut d'être promu chevalier de la Légion d'Honneur le 19/2/1861. Il est ici photographié quelques jours après avoir reçu sa médaille.

Lieutenant le 29/5/1867.

Durant la guerre de 1870, il sert au 4e escadron et s'illustre notamment le 27/8/1870 à Buzancy contre le 3e régiment de cavalerie saxonne. Ce jour là, le régiment qui sert d'eclaireurs au 5e corps d'armée engage d'abord le 3e et 4e escadrons et Braux d'Anglure se distingue une première fois en chargeant au premier rang de son escadron. Néanmoins, les chasseurs français sont accablés par le nombre et doivent se replier dans les rues du village. S'engage alors une lutte désordonnée durant laquelle Braux d'Anglure s'illustre une nouvelle fois "se débattant au milieu d'un cercle d'ennemis". Renforcés par le 5e escadron, les chasseurs français prennent finalement le dessus et repoussent les Saxons, puis réoccupent le village. La journée coûte au régiment 62 blessés (dont cinq officiers) et deux morts.

Braux d'Anglure est nommé
Capitaine
le 19/9/1870 durant la guerre.

Il est mort le 15/4/1897.


Joseph François Sophie Gabriel Compagny de Courvières


Photo Trottier (Clermont Ferrand)

Né le 6/11/1833 à Baumes le dames, c'est le fils d'un officier supérieur du corps d'état major, qui s'est notamment illustré pour action d'éclat durant la bataille de la Moskova durant la campagne de Russie. Bon sang ne saurait mentir, comme va le démontrer sa carrière...

Saint Cyrien, il est nommé Sous Lieutenant le 1/10/1855 au 3e régiment de Chasseurs d'Afrique. En 1859, il fait la campagne d'Italie comme Sous Lieutenant au 2e escadron. A Solférino, son escadron laissé en arrière garde des bagages rencontre un escadron hongrois. "Bien que l'ordre vînt de lui être donné de rallier de suite la division, le capitaine Poissonnier enleva son escadron à la charge, culbuta l'ennemi et se mit à sa poursuite. Voyant un autre escadron qui s'avançait au secours du premier, il se jeta sur lui, l'obligea à lâcher pied et ne quitta le terrain dont il venait de se rendre maître qu'en apprenant l'arrivée de deux nouveaux escadrons, mais non sans avoir dans un dernier mouvement offensif fait enlever à l'ennemi 3 chevaux". Plus tard dans la bataille, le régiment charge de nouveau vers Rebecco et la Casa Nuova : "La cavalerie s'avança en échelon. La première ligne ne parvin pas à entamer les Autrichiens. Le régiment se déploya à son tour contre des carrés retranchés dans un bois et encore intact. La première charge n'ayant pas réussi, nos escadrons se rallièrent rapidement et s'élançèrent de nouveau avec une telle ardeur que l'ennemi lâcha pied, abandonnant trois pièces de canon."

Compagny est ensuite envoyé en Syrie avec le 23e escadron du régiment. Embarqué le 15 septembre 1860, les 180 hommes débarquent à Beyrouth le 26 et rejoignent la plaine de la Bekaa o'u ils passent l'hiver. Durant l'expédition, les hommes n'ont pas l'occasion de metre le sabre à la main et il revient en Algérie en juin 1861.

Il est ensuite désigné pour le Mexique et effectue une traversée mouvementée de l'Atlantique où une tempête coûte la vie au tiers des 300 chevaux embarqués. Arrivé en novembre 1862 à Vera Cruz, l'escadron est immédiatement employé comme escorte et eclaireur des colonnes. Compagny a l'occasion de s'illustrer une première fois le 1er décembre au pied du massif des Cumbres lorsque son peloton en avant garde est attaqué par la guerilla et doit charger pour se dégager, puis une nouvelle fois le 4 décembre sur la route de Puebla.
Le 22 mars à Cholula, le général de Mirandol emmene les escadrons du 3e chasseurs d’Afrique et un de ceux du 12e chasseurs en reconnaissance dans la plaine pour rassurer la population des villages. "Nous passâmes à San Bernardino et à Ixtingo-Tchicana, où les indiens nous firent bon accueil. Puis nous gagnâmes Cholula, ancienne ville saint des Aztèques, où s’était réfugiée une parte de la population de Puebla. L’animation était grande en raison du marché. Le général nous forma en bataille sur la place et autorisa quelques hommes à mettre pied à terre pour acheter des provisions. Soudain des coups de feu partent d’une petite éminence qui domine la ville. Nous sautons à cheval et nous partons au galop sur ce mamelon où nous ne trouvons personne. Le colonel envoya en tirailleurs les pelotons de MM Compagny et Plessis et nous entendîmes presque aussitôt le bruit des coups de feu qu’ils échangeaient avec l’ennemi. Le général s’engagea et nous ordonna de le suivre dans un chemin creux qui nous dissimulait, mais dont les berges élevées nous empêchaient de voir. A peine y étions-nous, que nos deux pelotons revenaient au galop, poursuivis par le régiment des lanciers de Durango. Instinctivement, chacun faisant faire un à droite à son cheval et l’enlevant d’un bon au sommet du talus, nous nous trouvâmes en face de l’ennemi, qui s’avançait sur trois lignes et s’arrêta surpris par notre apparition soudaine. Malgré le désordre où nous avait mis le mouvement, nous chargeâmes aussitôt à fond la première ligne, qui fit demi tour, jeta le désordre dans la seconde qu’elle entraina, et dans la poursuite, nous pûmes même atteindre des cavaliers de la troisième ligne, bien qu’elle se fut repliée sans nous attendre. Lorsque nous nous ralliâmes, après avoir chassé devant nous les Mexicains pendant six kilomètres, nous pûmes nous rendre compte de l’importance du succès. La cavalerie ennemie qui appartenait au corps de Comonfort, se composait de trois régiments ; en première ligne, les lanciers de Durango, en deuxième et en troisième, un régiment de carabiniers. Le sol était jonché de cadavres et de blessés, parmi lesquels se trouvait le colonel des lanciers rouges. Nous avions fait de nombreux prisonniers, et nous ramenions un grand nombre de chevaux harnachés avec des armes de toutes espèces. Nos pertes ont été de 3 tués et de 19 blessés. (historique du régiment)" A la suite de cette affaire, Compagny est nommé chevalier de la Légion d'Honneur (le 26/3/1863) avec une citation éloquente : "A executé à la tête de son peloton une charge des plus audacieuses et a tué plusieurs Mexicains au combat de Cholula".

Promu Lieutenant le 18/6/1863, il rejoint le 12e régiment de chasseurs. Compagny reçoit une médaille d'or pour s'être distingué le 1/2/1867 pour son dévouement lors d'un incendie.

Promu Capitaine le 3/3/1869, il commande le 5e escadron du 12e régiment de Chasseurs en 1870. Le 27/8/1870 il est engagé à Buzancy, lorsque l'armée de Chalons remonte vers Sedan. "Des éclaireurs du 12e chasseurs sont envoyés à la découverte. A peine ont ils traversé le bourg et gravi la moitié de la colline qu'ils se trouvent tout à coup face à face avec des eclaireurs allemands. Les coups de feu s'échangent et le Colonel de Tucé qui observait à l'horizon du haut du plateau de Bar se hâte de détacher sous la conduite de son Lieutenant Colonel les 3e et 4e escadrons commandés par les capitaines d'Ollone et Bournazel. Malgré le désavantage du terrain, ils chargent avec la plus grande vigueur l'ennemi qui descend des bois en grandes forces et qui l'abord même au galop de charge. le choc est rude et l'engagement acharné. Mais le nombre sans cesse grandissant des renforts l'emporte aussitôt et les deux escadrons du 12e chasseurs sont ramenés pas à pas jusqu'à l'entrée du village. Le 5e escadron est appelé. Immédiatement formé en colonne par quatre, il est enlevé enquelques secondes par son capitaine Compagny de Courvières et s'élance accompagné du colonel lui même sur la rapide descente qui conduit au village, puis le sabre à la main, il s'engouffre comme un ouragan entre les deux rangées de maisons dont les murs tremblent et dont les habitants ont disparu. mais bientôt foce est de modérer l'élan, sous peine de tomber sur des frères et non sur l'ennemi. Les rue est obstruée sur toute sa largeur par les premiers combattants qui disputent pied à pied le sol aux Saxons. Heureusement une issue s'offre à sa gauche, et le capitaine y dirige son escadron et, sans faire remettre au fourreau le sabre qui reste suspendu à la dragonne, il commande " Haut le fusil". Après une décharge à volonté, les chasseurs quittent le fusil pour le sabre et franchissent haies, jardins et clôtures et font irruption sur les derrières de l'ennemi. La mélée devient furieuse, les Saxons surpris par cette attaque imprévue se retrournent pour envelopper cette téméraire poignée d'hommes qui osent essayer de leur arracher la victoire dont ils se croyaient maître. Hommes et chevaux se heurtent, se renvèrsent, se piétinent, se tuent. Ce n'est pas seulement un combat qui se livre, ce sont dix, vingt engagements partiels qui ajoutent leurs scènes dramatiques aux sanglantes péripéties de l'action principale. Ici c'est le Comte de Courvières qui, à la tête d'une parte de son escadron, court dégager ses deux collegues blessés, cernés et à demi prisonniers, le capitaine de Bournazel avec le crâne fendu et le capitaine d'Ollone, avec la figure coupée en deux. ... Au bout d'une 1/2 heure de cette lutte, Buzancy reste au pouvoir des chasseurs. Ce qui reste des trois escadrons recharge bravement en fourrageurs poursuivant les Dragons et les Uhlans saxons qui remont de toute la vitesse de leurs chevaux les pentes du mont Civry. Mais au sommet un obstacle inattendu arrête les vainqueurs. Les Saxons se divisant tout à coup par un brusque coude à droite et à gauche, mettent à découvert l'artillerie qui venait de prendre position dans les bois. Force est de se replier devant les boulets qui commencent à déblayer la descente, pendant qu'un second régiment de dragons saxons attendant immobile à droite des batteries, s'ébranle avec un formidable hourra et descend en ordre imposant la seule route qu'épargne le canon. De nouvelles scènes signalent ce dernier instant. Les groupes pressés et lancés à toute vitesse sont criblés par les projectiles qui atteignent surtout les jambes des chevaux. A chaque pas un homme tombe en entrainant avec lui trois ou quatre des siens dans sa chute. Un homme tombé est presque toujours un homme perdu à moins que son cheval et lui soient assez peu blessés, assez vigoureux, assez lestes pour se relever et reprendre leur course. Quelque soit le danger et les pertes d'une si subite retraite devant un tel feu, le capitaine Compagny de Courvières lui aussi s'arrête à l'entrée de Buzancy et quelques uns de ses hommes pour chercher le Lieutenant Colonel de la Porte qui grièvement blessé était tombé et avait disparu de la mélée. Après quelques minutes de recherches intiles, il fallut bien se résigner à abandonner aux Saxons le village et tout ce qu'il refermait, trop heureux d'avoir pu sauver tous les autres officiers blessés.... Le 12e chasseur pouvait être fier de la journée. trois de ses escadrons avaient lutté seuls contre des forces quatre fois supérieures et n'avaient cédé du terrain qu'à la dernière minute, y perdant 80 hommes, mais en ayant fait perdre autant à l'ennemi." (Un engagement de cavalerie le combat de Buzancy - Vicomte de Civry).
Après Sedan, auquel Compagny échappe, il est nommé capitaine adjudant major lors de la reconstitution du régiment à Clermont Ferrand, date de la photographie ci joint. Il participe alors à la campagne de Normandie.

Il démissionne le 20/4/1875. Même après la fin de sa carrière militaire, Compagny de Couvrières n'abandonne pas ses vieux réflexes violents, puisqu'en mai 1878, il est condamné à 6 jours de prison pour blessure volontaire. Il est mort le 12/3/1920.

 

 

Ils ont servi au 12e Chasseurs : Commandant Cornat, Capitaine Crotel, LtColonel de Geffrier, Colonel Jeantet, Capitaine Raimond

Les colonels du 12e chasseur à cheval

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