La campagne de Chine (1860)

 

Le 1er aout 1860 le corps expéditionnaire débarque sans resistance sur la côte chinoise en amont des forts de Ta Kou. L'armée se présente le 14 aout au revers des premières positions (camp retranché de Tang Hoo) bloquant le fleuve.

Carte des opérations - forts du Pei Ho
Tirée de l'ouvrage des mémoires du général Montauban

Prise du camp retranché de Tang Hoo (14/8/1860).

L'assaut du camp retranché est commandé. la colonne française est menée par 200 marins, des sapeurs et deux compagnies (infanterie de marine et 2e bataillon de chasseurs) :
"Le fort est entouré de deux fossés parallèles remplis d'eau et séparés par une forte palissade où aucune brêche n'a été pratiquée. Le colonel Schmitz, chef d'état major, malgré une fièvre ardente qui le dévore est chargé de former la colonne d'assaut avec le 2e bataillon de chasseurs. Sans hésiter il se jette à l'eau, le froid le saisit, il disparaît ; Le sergent Laîné et le sergent major Gée du 2e bataillon qui l'ont suivi, le retirent de l'eau ; à leur suite deux compagnies s'élancent, les chasseurs se font la courte echelle, abattent la palissade, disparaissent dans le second fossé grimpent sur le talus d'escarpe et s'engouffrent dans les embrasures, pendant que les sapeurs du génie enfoncent les portes à coup de hache. A ce moment, le drapeau tricolore flotte au csommet du fort, le Colonel Schmitz vient de l'y planter à la vue des deux armées qui battent des mains (Historique du 2e bataillon de chasseurs)"

Colonel Schmitz héros de l'assaut
Il est promu Colonel
Ici général de division

Capitaine de Paillot
Commande la compagnie du 2e bataillon de
chasseurs qui pénêtre la première dans le fort
Ici chef de bataillon

Sergent Gée (ici sous Lieutenant)
sauveur du colonel Schmitz

Capitaine Chanoine
Officier attaché à l'état major
Cité pour son courage lors
de la prise du fort
Ici général de division

Chef de bataillon d'infanterie
non identifié

Capitaine Garnier des Garet

Sous Lieutenant au 2e bataillon de chasseurs (ici capitaine quelques semaines avant la guerre de 1870).

Il est cité à l'ordre du corps exéditionnaire comme s'étant particulièrement distingué pendant les opérations de la journée du 14/8/1860 et la prise des forts de Tang Ko.
Il a decrit son rôle ce jour dans ses lettres de Chine :
"Nous approchons toujours et nous voilà à 500m et nous plaçant alors dans l'intervalle des pièces, nous commençons notre feu sur les créneaux et les pièces. Quatre immenses drapeaux, deux blanc, deux rouges, flottent sur la porte d'entrée. Il en tombe trois. Le plus grand reste seul. En ce moment j'aperçois les Anglais qui se mettent en mouvement vers la droite. J'en préviens le commandant de l'artillerie qui se trouvait à côté de moi. "Eh bien Mr des Garets, me dit-il, allez voir avec vos chasseurs ce que nous avons fait".
J'attrape la balle au bond, je préviens mon capitaine et, sans autre ordre, nous marchons en avant. Nous prenons le pas de course pour ne pas rester trop longtemps exposés aux projectiles sur ce terrain dénudé et nous nous précipitons sur la porte. Mais le pont est coupé. Le fossé a 4m de largeur et une profondeur inconnue. Je commet l'affreuse bêtise de ne pas m'y jeter en premier, croyant que le génie qui nous suivait allait rétablir le passage avec des échelles. Un sergent de ma compagnie n'hésite pas. Il se précipite dans l'eau, mon sergent major de le suivre et moi d'en faire autant. Je nage pour ne pas embourber. J'ai mon revolver entre les dents, mon sac et ma couverture en bandoullière. je sens mes bottes se remplir d'eau par en haut. J'en ai jusqu'aux épaules. Je lutte comme un malheureux pour grimper à ces fascines toutes glûantes d'une boue grasse. Elles me viennent dans les mains. En vain je m'accroche aux abbatis d'arbres, ils me crêvent les yeux. Je suis sur le point de retomber au fond du fossé quand un sergent qui a trouvé un chemin me tend la main et j'arrive enfin le premier des officiers de chasseurs.
Je me précipite sur le grand drapeau blanc resté debout, mais le Colonel Schmitz, de quelques pas plus avancés, le saisit le premier"
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La rive nord (gauche) du Pei Ho étant atteinte, une reconnaissance sur la rive droite est décidée pour le 18 aout. Elle est de nouveau confiée au 2e bataillon, dont deux compagies accompagnent le colonel du génie Livet dans sa reconnaissance. Elle rencontre des forces considérables qu'elle met en fuite.

   

Gustave de Boissieu

Sous Lieutenant au bataillon, il est cité à l'ordre du corps exéditionnaire pour la journée du 18 aout .
Lui aussi a décrit cette journée dans ses lettres à sa famille :
"Nous étions en tout peut être 120 hommes et nous avions certainement affaire à 3 ou 4000 cavaliers soutenus par une quinzaine de pièces de canon qui tiraient sur nous sans relâche.
Heureusement ces cavaliers étaient des Tartares... Nous sommes restés ainsi plus d'une heure, déployés en tirailleurs, abrités autant que possible par des tumuli et maintenant par notre tir à six et huit cent metres ces bandes de cavaliers qui supportaient notre feu avec un aplomb imperturbable, mais sans avancer. Les balles pleuvaient comme grêle tout autour de nous. Nous étions à près d'un kilometre des vergers, notre seule resource en cas de charge de la part des tartares qui n'auraient pas pu nous y suivre... Et le reste du bataillon n'apparaissait pas.
Nos hommes, tout en faisant bien leurs devoirs, etaient inquièts et se retournaient sans cesse vers le côté d'où le secours devait nous venir.
Je vous assure que moi aussi je n'etais pas sans une certaine anxiété, et les balles, que tout à l'heure je saluais au passage, sifflaient maintenant à mes oreilles, inaperçues et sans le moindre hommeur de ma part. Je me rassurais en rassurant mes hommes et en m'occupant à diriger leurs coups, la lorgnette à la main, je rectifiais leur hausse et leur désignais les points à viser.
Enfin, après plus d'une longue heure, deux compagnies du bataillon débouchent dans la plaine. A ce moment l'élan de nos soldats devient magnifique. On crie "en avant !" et tout le monde s'élance au pas de course sur les Tartares, qui tournent bride, et sur les canons que les artilleurs abandonnent."
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Adjudant major Comte du 2e bcp
Cité pour son action
Ici chef de bataillon

Lieutenant Fauquignion
cité pour la journée du 18/08

Sous lieutenant Bizouard de Montille
Cité le 18/08

Assuré sur ses deux ailes, le corps expéditionnaire prépare l'assaut des forts de Ta Kou, qui vérrouillent le fleuve. A l'embouchure du fleuve, sur l'une et l'autre rive, s'élève deux forts dont l'artillerie bat la mer. En amont de chacun de ces deux ouvrages se dressent deux autres forts couvrant des feux les premiers et enfilant la rivière. Enfin le système se complète d'un vaste camp retranché qui s'étend jusqu'à la jonction des marais et le la terre ferme. C'est le 102e régiment d'infanterie qui se charge de l'attaque du côté français. .

Prise des forts de Ta Kou (21/8/1860).

L'assaut du camp retranché est commandé :
"Le général Collineau prit les dispositions suivantes : deux pièces, joignant leur feu à celui des pièces de siège anglaises, furent dirigées contre le fort attaqué ; les quatre autres pièces, placées sur la rive même du fleuve, commencèrent à contre -battre les batteries de rive droite dont les feux nous prenaient d'écharpe.
Le 1er bataillon du 102e (colonel O'Malley), le 1er bataillon d'infanterie de marine (colonel de Vassoigne), étaient déployés en arrière et abrités par un pli de terrain. Le 2e bataillon d'infanterie de marine (commandant Domenech-Diégo) était resté en réserve à Tang-kou.
Vers sept heures, une explosion formidable se produisit dans le fort que nous attaquions ; le général Collineau fit avancer immédiatement trois compagnies du 102e, qui prirent position derrière un petit épaulement à environ trois cents mètres de la contrescarpe. Le feu de notre artillerie redoubla de force. Vers sept heures et demie, une explosion plus terrible que la première bouleversa le deuxième fort de la rive gauche. Cependant le feu des forts de droite nous gênait beaucoup ; deux pièces de douze et deux obusiers anglais furent amenées sur l'alignement des troupes les plus avancées et dirigés contre eux.
Le moment décisif approchait. Le capitaine Lesergent d'Hendecourt, aide de camp du général Collineau, fut envoyé par lui pour reconnaître les obstacles : ils consistaient en trois fossés pleins d'eau traversant un terrain fangeux, et abordables par deux chaussées glissantes ayant à peine, deux mètres de largeur. L'intervalle entre les deux derniers fossés et le pied des remparts où le feu de notre artillerie n'avait pu parvenir à faire brèche, était couvert de défenses accessoires de toute nature.
D'un commun accord, les généraux Collineau et Napier lancèrent leurs colonnes d'assaut.
La compagnie de voltigeurs du 102e fut jetée en avant, tandis que les coolies, porteurs d'échelles, sous la direction d'une section du génie commandée par le capitaine Bovet, marchaient vers la contrescarpe. La 4e; compagnie du 1er bataillon du 102e suivit de près les voltigeurs, et le colonel O'Malley prit le commandement de cette colonne.- Cependant le feu de la mousqueterie nous faisait éprouver des pertes sensibles : les coolies, dont plusieurs avaient été frappés, hésitaient, et une nouvelle section du génie dut porter en avant les échelles abandonnées.
Grâce à l'intelligence et à l'activité du génie, grâce à l'intrépidité de nos hommes, les' obstacles furent enfin franchis, quelques échelles s'appliquèrent au rempart. Aussitôt le général Collineau lança une colonne de soutien composée de trois compagnies d'infanterie de marine. Alors s'engagea une de ces luttes mémorables qu'il est bien difficile de décrire. D'un côté, quelques hommes du 102e et de l'infanterie de marine montant, un par un, sur les échelles, la baïonnette en avant; de l'autre, un ennemi acharné luttant avec la mousqueterie, les piques, les flèches, et roulant des boulets du haut. du rempart. Le drapeau français est planté sur la crête par le tambour Fachard, de la 4e compagnie du 1er bataillon du 102e, arrivé l'un des premiers et qui soutient une lutte héroïque. Le colonel O'Mallev, le chef de bataillon Testard, de l'infanterie de marine, le chef d'escadron Campenon, envoyé par le général Collineau, peu après le début de l'action, pour activer le mouvement, le lieutenant de vaisseau Rouvier, commandant des coolies, le lieutenant-colonel d'état-major Dupin, qui avait revendiqué l'honneur de marcher avec la colonne d'assaut, entraînent nos soldats à leur suite. L'énergie de nos troupes l'emporte, elles pénètrent dans l'ouvrage, et là un nouveau combat recommence sur ce terrain que l'ennemi défend pied à pied avec un acharnement indicible.
Enfin le fort est conquis, les Anglais y pénètrent également de leur côté ; l'ennemi se précipite par toutes les issues, se jetant par les embrasures dans les fossés, et fuit dans la direction du deuxième fort, sous une grêle de balles qui jonche le terrain de ses morts et de ses blessés.
Mais nos pertes étaieut sérieuses et cruelles. Le lieutenant Grandperrier, des voltigeurs du 102e, le maréchal des logis Blanquet du Chayla, attaché au corps des coolies, ont été frappés mortellement; les lieutenants Balme et Porte, l'adjudant sous-officier Lunet, du 102e, sont grièvement blessés.
Sur huit officiers des deux compagnies du 102" deux seulement ont été épargnés par le feu ; la seule compagnie de voltigeurs compte 62 hommes tués ou blessés. Le commandant Testard n'est parvenu à entrer dans le fort que couvert de coups de lance et de contusions, et après avoir été renversé par un boulet qui lui a été jeté sur la tête.
(Rapport officier du général Montauban)
Après la prise de ce premier fort, le reste de la position se rend sans plus combattre.

Commandant Souville
102e RI
Sur la photo en lieutenant colonel

Capitaine Thoni de Reinach
102e RI
Chevalier de la LH en 1862
Ici colonel

Capitaine d'Escayrac Lauture
102e RI
frère du parlementaire
supplicié par les chinois

Sous lieutenant Moulin
102e RI
Chevalier de la LH en 1862

Chef d'escadrons Campenon
Cité lors de l'assaut
Promu Lieutenant Colonel
à la fin de la campagne

Lieutenant d'infanterie de marine
non identifié

François Alexandre Deschiens

Premier aide de camp du général Montauban dont il suit la carrière de 1856 à 1870

Promu Lieutenant Colonel

Part pour la France porter le traité de reddition des forts de TaKou

   




L'embouchure du fleuve Pei Ho étant libre, le corps expéditionnaire est désormais mieux ravitaillé et peut se diriger vers le nord. Tien Tsin est occupé le 9 septembre sans oppositions chinoise. Après l'ecehc des négociations diplomatiques avec les emmissaires chinois, le movement se poursuit vers Pekin.
Le 18/9 l'armée rencontre un corps de 15.000 Tartares qui est attaqué et dispersé.

Combat de Tchang Kia Oan (18/9/1860).

"Une décision prompte et rigoureuse pouvait seule nous sortir d'embarras, et je fis dire au général Grant que, suivant le plan que nous avions arrêté, j'allais attaquer de suite le premier village avec mon infanterie et le faire tourner par ma cavalerie. De son côté, le général Grant ouvrit le feu des grosses pièces sur le front de la fortification chinoise, et fit porter sa cavalerie sur la route de Tchang-kia-ouan. Je délogeai l'ennemi du village de Yao-tchang après un feu assez vif de ma batterie de 4 et de mon infanterie. Les Chinois se retirèrent sur le second village et dans la plaine entre ce village et le canal, espérant avoir le temps de le traverser ; mais ma cavalerie les ramassa dans cette plaine et en tua un grand nombre. Ce fut dans cette charge que le lieutenant de Damas, du 2e chasseurs d'Afrique, fut blessé mortellement d'un coup de feu tiré à bout portant. Le sous-lieutenant du même corps d'Estremont reçut une balle qui lui fit un sillon sur la figure, et le colonel Fowley, commissaire anglais attaché à mon quartier général, eut son cheval blessé gravement de deux coups de feu.
Pendant ce temps, avec le général Jamin et le 101e régiment, commandé par son brave colonel Pouget, je m'emparai du deuxième village nommé Lé-o-sou. Ce village dominant la position tartare et prenant à revers toutes ses défenses, je fis mettre en batterie l'artillerie du colonel de Bentzmann.
L'artillerie anglaise battait de front la position ennemie, mais, comme nous avions tourné cette position, les boulets des alliés devenaient menaçants pour nous. Je dépêchai immédiatement un cavalier au général Grant pour l'engager à cesser son feu et lui dire que l'ennemi, après s'être vu tourné, abandonnait son retranchement et ses pièces et se retirait en grand désordre, l'infanterie après avoir passé le canal sur des bateaux formant plusieurs ponts, la cavalerie après avoir gagné la grande route de Tchang-kia-ouan. Nous nous emparâmes du retranchement tartare et des 84 pièces de canon qui le garnissaient ; les Anglais poursuivirent les Tartares sur la route de Tchang-kia-ouan jusqu'à cette ville où ils s'établirent
(Souvenirs du général de Montauban)

"L'armée tartare tout entière, retranchée dans une position défendue par un grand nombre de pièces de canon, a voulu s'opposer au passage d'une colonne franco nglaise qui se rendait à Pekin. Ces hordes amenées au combat par des chefs perfides ont été dispersées enquelques heures. L'histoire dira que 2.000 européens ont triomphé par leur courage d'une armée défendant sa capitale avec des forces qui leur étaient dix fois supérieures en nombre (Ordre du jour du corps exéditionnaire)""

Commandant Blot101e régiment
Cité au combat du 18/09

Maréchal des logis Braux
Décoré après la journée
promu officier durant la campagne

Sous lieutenant d'Estremont
Blessé d'une balle qui lui fait
"un sillon à la figure"

Le 21/9 l'armée tout entière se porte sur Pékin. A deux kilometres de Palikao, les vedettes tartares sont aperçues et le général en chef ordonne ses dispositions de combat .

Bataille de Palikao 21/9/1860).

" Le 21, à 5 heures et demie du matin, je passai en avant de l'armée anglaise où mon tour de marche m'appelait, et je laissai mes bagages sous la protection de deux compagnies d'infanterie, dans un village situé une lieue en avant de Tchang-kia-ouan. Je m'avançai ensuite jusqu'à environ 3 kilomètres de Pa-li-kiao, et nous rencontrâmes sur ce point les premières vedettes tartares ; je pris alors les dispositions suivantes : Une petite colonne d'avant-garde, composée d'une compagnie du génie, de deux compagnies de chasseurs à pied, d'un détachement de pontonniers, d'une batterie de 4 et de deux pelotons d'artillerie à cheval, reçut l'ordre de se porter en avant, sous le commandement du général Collineau, Le général Jamin, avec le reste du bataillon de chasseurs à pied, des fuséens, la batterie de 12 et le 101e de ligne, suivit immédiatement le mouvement. L'avant-garde se trouva bientôt arrêtée devant de fortes masses de cavalerie, qui débordaient sa gauche, à la hauteur de laquelle l'armée anglaise n'était pas encore arrivée. Le général Collineau s'arrêta et mit ses pièces en batterie. Je m'apprêtais à le soutenir avec le reste de mes troupes, lorsqu'un feu d'artillerie assez nourri s'ouvrit tout à coup sur ma droite.
Mon chef d'état-major général, le colonel Schmitz, se porta de lui-même en avant dans la direction du canon de l'ennemi et vint me rendre compte que le point d'où partait la canonnade semblait être le centre de la première ligne de défense. Cet officier supérieur n'hésita pas à désigner ce point comme indiquant la véritable position du pont qui devait nous être caché quelque temps encore par des groupes de maisons entourées d'arbres et par les masses profondes qui dissimulaient ses abords. J'ordonnai au général Jamin de faire déployer à droite, face au canon, le bataillon de chasseurs, les fuséens, la batterie de 12 et de faire avancer le plus promptement possible, pour former notre droite, les bataillons du 101e. Ce mouvement laissait entre le petit corps du général Collineau et moi un intervalle qu'il était urgent de remplir. J'envoyai le chef d'escadron Campenon, de l'état-major général, porter l'ordre à ces troupes de se rabattre sur nous ; mais cet ordre ne put s'exécuter avant l'entrée en ligne de l'armée anglaise, car, en ce moment, la cavalerie ennemie débordait nos deux ailes.
Le Seng-ouan profita habilement de ces circonstances pour charger en masse et nous envelopper de toutes parts ; au centre, la charge, répétée plusieurs fois avec des cris sauvages, fut repoussée par les fuséens, la batterie de 12 et les chasseurs à pied. À gauche, elle vint se briser contre la petite poignée d'hommes du général Collineau, devant la précision du tir de la batterie Jamont et devant la cavalerie anglaise qui débouchait sur le champ de bataille. Les cavaliers tartares échouèrent également à notre droite, où ils furent reçus par le 101e de ligne, disposé avec habileté et sang-froid par son chef, le colonel Pouget.
Comme le 18, nos troupes étaient sorties de ce cercle de cavaliers ; ces charges repoussées, la position de ma gauche, où l'armée anglaise venait de se déployer, ne me laissaient plus d'inquiétudes
Je pouvais rapprocher de moi le petit corps du général Collineau, et je lui ordonnai de tourner le village de Pa-li-kiao par un mouvement de conversion à droite, en gagnant le bord du canal, tandis que le général Jamin attaquerait de front en marchant droit au pont ; le village, abordé avec la plus grande vigueur, fut défendu pied à pied par l'infanterie chinoise ; on ne peut réellement expliquer que par l'infériorité de son armement les pertes peu considérables qu'un ennemi aussi nombreux et tenace nous a fait subir. Mais la prise du village ne devait pas terminer la lutte ; pendant que le général Collineau, arrivé sur les bords du canal, apercevait le pont de Pa-li-kiao et le prenait d'écharpe avec son artillerie, j'ordonnai au colonel de Bentzmann de faire avancer les fuséens et la batterie de 12 pour battre le pont d'enfilade et pour tirer sur les pièces qui le défendaient. Notre infanterie, marchant de maison en maison, était parvenue à s'emparer de celles qui sont sur le bord du canal et couvrait de son feu tous les abords.
En ce moment le pont de Pa-li-kiao offrit un spectacle qui certainement, est un des épisodes les plus remarquables de la journée. Tous les cavaliers, si ardents le matin, avaient disparu. Sur la chaussée du pont, monument grandiose d'une civilisation vieillie, des fantassins richement vêtus agitaient des étendards et répondaient, à découvert, par un feu heureusement impuissant, à celui de nos pièces, à notre mousqueterie ; c'était l'élite de l'armée tartare qui se dévouait pour couvrir une retraite précipitée. Au bout d'une demi-heure, le feu concentré de nos batteries fit taire le canon de l'ennemi. Le général Collineau, joignant à son avant-garde la compagnie du 101e du capitaine de Moncetz, passa le pont. Il s'engagea sur la droite de la route de Pékin dans la direction prise par la masse des fuyards, et je le suivis avec le reste de mes troupes. Il était midi et, depuis 7 heures du matin, nous n'avions pas cessé de combattre ; l'ennemi avait disparu dans p.280 un état de désorganisation complète, couvrant de ses morts le champ de bataille .
J'ordonnai de faire halte et, après deux heures de repos, mes troupes étaient établies dans les camps et sous les tentes des soldats du Seng-ouan à 20 kilomètres de Pékin. Les journées des 18 et 21 ont valu aux armées alliées 100 pièces de canon. En terminant ce rapport, monsieur le maréchal, je sens bien que la plume est impuissante à donner une idée vraie de ce qui se passe autour de nous. L'ennemi nous entourait à perte de vue ; les rapports des prisonniers et des espions, reçus après ma première dépêche, pour ne pas parler des plus exagérés, varient dans l'évaluation des forces chinoises de 40 à 60.000 hommes. Tout cela est si étrange que, pour se rendre compte de nos succès, il faut remonter bien haut dans le passé et se rappeler les victoires constantes de quelques poignées de soldats romains sur les hordes barbares. Je ne peux pas décerner de nouveaux éloges aux troupes que je commande. Je prie Votre Excellence d'appeler sur tous la bienveillance de l'Empereur et l'intérêt du pays.
(Rapport du général Montauban)

Lieutenant Prud'homme
commande une compagnie durant la bataille

Sous lieutenant Portenseigne
101e RI
Cité à Palikao

Lieutenant Avezard
101e RI
Cité à Palikao

Sergent Auboin, 101e RI
Fait officier à la fin de la campagne

L'armée chinoise est mise en déroute, elle ne reparaîtra plus.
Le corps expéditionnaire s'installe dans le camp laissé vacant par les troupes chinoises jusqu'au 5 octobre, date de la reprise de la marche sur la capitale en raison de nouvelles tergiversations de la diplomatie du celeste empire.
Le 7 octobre le palais d'été de l'empereur de Chine est atteint et l'armée y decouvre d'inestimables trésors. Une partie est confisqué pour en faire cadeau à l'empereur et l'impératrice francais, ainsi qu'à la reine Victoria, 800.000 francs sont distribués aux troupe.
Le lendemain, la palais est mis à sac :
Il y eut aux postes gardées une poussée irresistible, les sentinelles furent enlevées ; tout le monde entra malgré les efforts des officiers et fit main basse sur les objets d'art et les trésors. En un jour tout fut enlevé, brisé ou souillé ; ce qui ne put être pris ni emporté fut saccagé et mis en pièces. On circulait sur un fumier de soie, d'argent de porcelaines, d'émaux et de tentures. On sortait de ce palais dévasté, fouillés, pillés, le coeur plein de tristesse, tant ce spectacle d'une ruine subite, succédant si tôt et si brutalement à la richesse et à la splendeur, était quelque chose de navrant.
(Historique du 2e bataillon de chasseurs)"

Le 14 octobre 1860, l'armée entre dans Pekin. La campagne militaire est terminée.




Autres personalités de la campagne

 

   

Lieutenant Colonel Dupin

Chef des services topographique du corps expéditionnaire, il réalise, au péril de sa vie, plusieurs reconnaissances pour le corps expéditionnaire, d'abord le 31 juillet pour reconnaitre la position du débarquement de Pe Tang, puis après le débarquement, en reconnaissant les positions tartares devant les forts du Pei Ho, action pour laquelle il recevra les remontrances du général de Montaubon pour son imprudence.
Il se signale aussi lors de la prise des forts de Ta-Kou en demandant de faire partie de l'assaut. Il est cité pour son rôle cette journée et promu Colonel à la fin de la campagne.

Charles Cousin de Montauban

Fils du chef du corps expéditionnaire, il accompagne son père comme aide de camp.
Il bénéficie à deux titres de la campagne, en premier lieu par une promotion facile au grade de chef d'escadons, après seulement cinq ans d'ancienneté comme Capitaine. Mais aussi ramenant de la campagne une partie des tresors dérobés après le sac du palais d'été. ."le jeune Palikao a été le pillard le plus effronté de l'armée de Chine" et qu'il est revenu "précédé de deux cent grandes caisses contenant les produits de sa razzia" (Memoires de Viel Castel).

   

   

Maurice d'Irisson

Choisi par le général Montauban comme interprête durant l'expédition, il sert administrativement au 2e régiment de Spahis dont il poste ici la tenue
Il participe aux premières loges à tous les événements de la campagne, il a raconté ses souvenirs imagés dans "un journal d'un interprète en Chine".

 

Retour de campagne
 
27 novembre 1860. Le Fullong part aujourd'hui pour Suez. Il porte à bord les membres de la commission militaire chargés d'offrir à LL.MM l'empereur et l'impératrice les présents envoyés par l'armée de Chine.
Cette commission est composée de MM Campenon, lieutenant colonel d'état major, Bourcart, capitaine d'infanterie et de Braux d'Anglure, sous lieutenant de chasseurs à cheval, attaché à l'état major général. Tous ces officiers cités plusieurs fois à l'ordre du jour pendant la brillante campagne de Chine ont bravement contribué à tenir haut le drapeau de la France. On ne pouvait donc faire un meilleur choix.
(Journal de la campagne de Chine - Charles de Mutrécy).

Photo Disdéri (Paris)

   

 

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