Le 2e régiment de Hussards à Solférino
24/6/1859

Charge du 2e régiment de hussards à Solférino
Ange-Louis JANET
Musée de Tarbes
Le régiment forme avec le 7e Hussards, la Brigade Clérembault, première brigade de la division de cavalerie légère du général Partourneaux, rattachée au 3e corps sous les ordres du maréchal Canrobert.
Le 24 juin 1859, par une chaleur accablante, les divisions de cavalerie Partourneaux et Desvaux sont mises à la disposition du 4e Corps, commandé par le général Niel. Ce dernier a pour mission de s’emparer du village de Guidizzolo, dans la plaine de Médole, au sud du dispositif français
Le régiment va alors s'illustrer à plusieurs reprises. Ces actions sont ici racontées par l'abbé Staub, dans son ouvrage "Histoire de tous les régiments de Hussards - 2e Hussards Chamborant (1869)".
Carpenedolo avait été, avons-nous dit, notre point de départ pour Medole. Le 4e corps tout entier, appuyé par ces deux divisions à cheval, en était parti à trois heures le matin. Les escadrons des 2e et 10e chasseurs, annexés primitivement à ce corps, ouvraient la marche. A peine avait-on fait une heure de chemin, que de nombreux coups de fusil, dans diverses directions, annoncent que nos têtes de colonnes rencontrent l'ennemi, qui nous attend en force ou plutôt qui espérait nous surprendre à cinq heures, le canon gronde sur plusieurs points ; à six heures, le 4e corps est presque tout entier engagé dans la direction de Medole, dans un pays très fourré, coupé de fossés et d'un accès difficile pour la cavalerie.
A cet instant, pendant que les escadrons de chasseurs repoussent un parti de hulans qui se trouve sous leurs mains, le 2e hussards se jette en avant, couvert par plusieurs de ses pelotons en tirailleurs ; à sept heures, il rencontre sur sa droite une ligne de fantassins ennemis, embusqués derrière des arbres et dans des champs de maïs, qui l'accueillent par une vive fusillade. Le colonel L'Huillier fait charger en fourrageurs la 4e division du 4e escadron de son régiment, commandée par le capitaine Rivet; un certain nombre d'autrichiens sont sabrés ; les autres se rendent en jetant leurs fusils, ou agitant leurs mouchoirs.
Capitaine Rivet

Promu officier supérieur de lanciers à la fin de la campagne
Pendant que le 2e hussards dégageait ainsi le terrain et obliquait sur la droite, le général de Luzy-Pélissac, précédé de ses canons, sa brigade faisant un mouvement tournant à droite et à gauche, emportait le village de Medole, enlevait 2 canons et bon nombre de prisonniers ; il était environ sept heures.
Le 2e hussards, de son côté, qui, pour cette charge de flanc, avait laissé sa division, la rallie aussitôt et débouche avec elle dans une plaine de trois ou quatre kilomètres de largeur, située entre Medole, Guidizzolo et le pied des hauteurs sur lesquelles sont bâtis Castiglione, Solferino, Cavriana, etc., etc. Dans cette plaine, toute l'infanterie et l'artillerie du 4e corps sont tenues en échec depuis sept heures du matin jusqu'à deux heures après-midi; c'est que les Autrichiens avaient voulu jeter des forces considérables dans l'intervalle des 2e et 4e corps. 45 pièces, commandées par le général Soleille, arrêtent leur mouvement; l'ennemi met les siennes en batteries pour nous répondre.
La division de cavalerie Partouneaux est employée, pendant ces sept heures, à soutenir notre artillerie, et sert, sans sourciller, de point de mire aux boulets qui sillonnent nos rangs à chaque instant. Le 2e hussards montre beaucoup d'aplomb et de sang-froid dans cette épreuve longue et difficile.
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François Maurice Emmanuel, Comte de Partourneaux, Né le 17/12/1798 à Menton, c'est le fils ainé d'un général du Premier Empire qui fut capturé par les Russes à la Berezina.
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Les boulets ennemis répondant aux nôtres, dit un témoin oculaire, se succédaient rapidement et passaient heureusement le plus souvent sur nos têtes. Le colonel L'Huillier faillit pourtant en être victime. Il était à cinquante pas en avant du régiment en bataille, ayant derrière lui MM. de Lignières et Gervais, adjudants-majors, Mahaud, porte-étendard, Dal, officier payeur, un adjudant, un brigadier son porte-fanion et le trompette de service.
Ce groupe, au-dessus duquel flottait le fanion du 2e hussards, attirait certainement l'attention des Autrichiens. Un boulet, qui arrivait en ricochant, vint frapper le cheval du colonel en plein poitrail; le coursier s'affaisse sur les jarrets; le colonel, le sentant tomber, saute lestement à terre. Le bon cheval put se remettre sur ses jambes, et comme ce chef de corps avait grande confiance en lui, il le remonta de suite, quoiqu'il eut une enflure énorme à la partie touchée.
Il était à peu près une heure et demie; moins d'une heure après, le colonel L'Huillier chargeait avec ce même cheval, comme nous allons l'expliquer.
Capitaine de Lignières

adjudant major du 2e Hussards
Cependant, tandis que la division de Luzy continuait sa marche sur Ceresara et Rebecco, la division Vinoy, qui la suivait, empêchée près de Casanova, à deux kilomètres au-delà de Medole, par des troupes nombreuses, rafraîchies par des renforts incessants, éprouve une résistance extraordinaire.
A deux heures, le général de Clérembault annonce au colonel L'Huillier qu'il reçoit l'ordre d'aller avec le 2e hussards, soutenu du 7e, débusquer l'ennemi des bois qui entourent Casanova. Le colonel fait prendre cette direction, et un quart d'heure après, les 4e, 5e et 6e escadrons du régiment, partis au galop au milieu d'un terrain rempli de mûriers et coupé de fossés larges et profonds, ont rejoint, sous une grêle de balles qui leur font éprouver quelques pertes, l'endroit où se tenait avec sa brigade, le général de la Charrière; il en était temps. A deux heures et demie, voyant l'infanterie serrée de très près et jugeant qu'il n'y a pas un instant à perdre, malgré le désavantage et les obstacles que présente le pays, le colonel L'Huillier lance le 6e escadron en fourrageurs; il part lui-même avec le 5e sur la droite du 6e, en prescrivant au chef d'escadron Féline de l'appuyer avec le 4o, qui est bientôt engagé lui-même tout entier.
Général de Clérambault Chef d'escadrons Féline


Commandant la brigade de cavalerie
2e régiment de Hussards
A la vue de nos escadrons fendant l'espace et tombant sur les Autrichiens, avec leurs lames d'Afrique, le chef de musique Krempel n'y tient plus, et bien que ses musiciens eussent avis de rester à l'écart, il les lance lui-même et charge comme les escadrons du régiment et avec une vigueur égale. Il voulait prouver que ses artistes savaient aussi bien jouer du sabre que jouer de leurs instruments. Il y était personnellement accoutumé lui-même. Nous l'avons vu aux prises à Isly, à El-Afir et partout en Afrique, où, en sa qualité de trompettemajor, il était attaché à la personne même de son colonel et par conséquent toujours en tête à ses côtés, et toujours avec lui le premier au feu.
Le régiment trouve les Autrichiens embusqués derrière les arbres, le long des fossés, dans les maïs; il en sabre un bon nombre, les repousse vigoureusement et permet à l'infanterie de reprendre l'offensive. Le colonel fait sonner le ralliement, qui s'effectue derrière et à la droite du 7 hussards formé en colonnes serrées. Le général Vinoy envoie, sur le terrain même, remercier le général de Clérembault de l'assistance qu'a reçue sa division et dans laquelle ce général avait combattu lui-même en véritable hussard.
Le général Niel en profite habilement pour relier le général Vinoy au général de Luzy par la 4e brigade de la division de Failly, en réservant la 2e pour son action combinée sur Guidizzolo, où il espérait, après la prise de Cavriana, couper à l'ennemi la route de Volta et de Goïto. Mais pour cela, l'appui du 3e corps lui était indispensable et le 3e corps n'arrivait pas, retenu qu'il était en arrière par l'annonce d'un corps autrichien qui, venant de Mantoue, devait l'aborder de flanc et dont il avait à surveiller les approches.
Cependant il avait aussi lui bien marché, depuis trois heures du matin; le 3e escadron du 2e hussards, commandé par le capitaine Lecomte, y était resté et servait d'escorte au maréchal Canrobert; ce fut son peloton d'avant-garde qui eut les prémices du combat; il était sept heures du matin et l'on était un peu en avant de Castel-Goffredo, un détachement de cavalerie autrichienne s'y trouvait en reconnaissance et en défendait les abords; c'était les hussards du prince Charles, no 3. Le lieutenant Renno, qui commandait ce peloton d'avant-garde, les aperçoit, se précipite résolument sur eux, les culbute, leur tue et fait prisonniers plusieurs hommes et plusieurs chevaux. On pénètre dans le village, on passe outre, et le général Renault, avec son 8e bataillon de chasseurs à pied et ses autres régiments d'Afrique, achève ce qu'avait commencé le peloton du 2e hussards, en chassant devant lui tout ce qui veut, cavalerie ou infanterie, s'opposer à son passage.
Passons maintenant à la part de deuil que cette journée fit au 2e régiment de hussards. Les résultats de l'appel fait sur le champ de bataille, aussitôt le ralliement, constatent que, dans sa courte et vigoureuse charge, le régiment a laissé sur le terrain 11 morts: Rigal, maréchal des logis (6o escadron), Poinsel, brigadier, Combes, Lefort, Lépine, Delanoy, Morivalle, Crépin, Renoux, Martineau et Malfilâtre, hussards.
Le nombre des blessés a été de 32.
Officiers: Le capitaine de Castelnau-d'Essenault, officier d'ordonnance du général de brigade comte de Clérembault
Capitaine de Castelnau d'Essenault

"contusionné au genou gauche par un boulet qui a enlevé une de ses fontes"
Le lieutenant Barnous, d'un coup de baïonnette au bras gauche;
Le sous-lieutenant de Castillon de Saint-Victor, d'un coup de feu au bras gauche;
Le sous-lieutenant de Selve de Saran, d'un coup de biscaïn qui lui a brisé l'épaule et d'un éclat d'obus qui lui a traversé le cou. Ce jeune officier a subi le soir même, à l'ambulance, la désarticulation de l'épaule droite. Ces trois derniers, officiers au 6e escadron.
Sous-officiers: L'adjudant Fornel, le maréchal des logis chef Tinon, les maréchaux des logis Soullier, Sépot, Nivelle, Cloëtta, Delord, de Végrinas et André (ces quatre du 3o escadron, escorte du maréchal Canrobert).
Brigadiers: Tourniaire, Colpin, Belet, Giroud, Thomas et Roux.
Hussards: Dumey, Michelet, Martineau, Noiret, Claustra, Combenègre, Place, Buffin, Pascal, Marthe, Saulnier, Belet, et Fouchard, musicien.
Il manquait aussi 33 chevaux; les uns avaient été tués, les autres avaient été presque tous blessés; une partie nous fut ramenée dans la soirée. Le cheval du capitaine Milliot avait été frappé d'une balle dans la cuisse.
Le 6e escadron avait le plus souffert; c'était une assez rude épreuve pour le jeune Gentil Saint-Alphonse, qui s'y trouvait comme brigadier-fourrier.
Quelques participants à la charge :
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Capitaine Pierson |
Adjudant Marcerou |