Les régiments décorés de la Légion d'Honneur

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 Sous le IInd Empire

 

C'est quelques jours après la victoire de Magenta que Napoléon IIl décide de récompenser les régiments s'étant illustrés sur les champs de bataille. Le 14/6/1859, l'armée est informée que "l'Empereur voulant rétablir d'anciennes et glorieuses traditions a décidé que le régiment qui prendrait un drapeau à l'ennemi porterait la croix de la légion d'Honneur au dessus de son aigle."

Durant les diverses campagnes menées par le second Empire, plusieurs régiments recevront cette glorieuse récompense.


Campagne d'Italie - bataille de Magenta (4 juin 1859)

Le 2e régiment de zouaves, est attaché à la division Espinasse du corps de Mac Mahon et est engagé vers le village de Marcallo, en direction de Magenta.

Alors que deux bataillons du régiment attendent près d'une tuilerie, le 1er bataillon est en soutien de l'artillerie à la droite de la ligne de la division. Pendant ce temps, les Autrichiens, à l'abri de nombreux couverts qui arrètent la vue, envoient une colonne dans cette direction. Celle ci est cependant repérée.
"C'est bien, dit le général Espinasse, que personne ne bouge avant mon signal, faites mettre sac à terre à vos hommes. A l'ordre du général et comme par enchantement, un grand silence s'est fait dans les rangs tout à l'heure tumultieux. Les canons sont immobiles, les artilleurs à leurs pièces. L'ennemi avance toujours. Quelques pas le séparent à peine de la première pièce qu'il croit déjà tenir en son pouvoir. Les armes frémissent d'impatience dans la main des zouaves, mais nul ne bouge. Tout à coup, on aperçoit à travers la ligne des arbres les shakos des Autrichiens qui surgissent au dessus des vignes. Ils ne sont plus qu'à 50 metres à peine. Alors la voix du général Espinasse se fait entendre : Lancez vous, Castagny ! A ces mots le régiment se précipite comme un seul homme sur la colonne autrichienne. En tête sont le général Espinasse, le général Castagny et le colonel Tixier. En un instant les baïonnettes sont rouges de sang ; les morts, les blessés et les mourants s'entassent pèle mèle. Chaque soldat court au hasard chercher un ennemi au milieu des taillis épais qui interceptent à tout instant la vue. Le chemin sur lequel on s'engage est couvert de débris ; les pieds glissent et trébuchent sur les cadavres amoncelés, les balles frappent les morts aussi bien que les vivants. On entend autour de soi le craquement des arbres que brisent les boulets et les volées de mitraille. On se heurte à tout instant contre des masses soudaines, inattendues, qui refoulées une fois, reviennent opiniatres, acharnées, ramenées au combat par leurs vaillants officiers ; car de son côté l'ennemi rivalise d'ardeur, de résolution et de mépris de la mort. Le ciel lui même s'est obscurci, et le soleil, comme s'il eût craint d'eclairer cette scène de carnage, s'est voilé derrière les nuages ammoncelés. Au milieu de ces combats acharnée, une lutte plus acharnée encore se livre autour du drapeau du régiment autrichien. Là quelques hommes en tête desquels se trouvent le zouave Daurière de la 2e compagnie du 2e bataillon et l'adjudant Savière, se ruent sur la garde du drapeau. Leurs baïonnettes font une trouée sanglante jusqu'au porte drapeau sur lequel Daurière se jette. L'officier autrichien renversé veut glisser son étendard sous sa capote blanche. mais les mains de Daurière, crispées sur la hampe, l'en empêchent. Blessé d'un coup de sabre par l'adjudant Savière, le porte drapeau doit enfin lâcher prise. Alors Daurière lève en l'air son trophée et sort de la mélée. Il rencontre à ce moment le général Castagny qui le félicite." (Historique du 2e régiment de Zouaves - Spitz). Le 9e régiment autrichien perd ici plus de 400 prisonniers et son drapeau.

La bataille n'est pas finie pour le régiment qui continue sa progression vers Magenta qu'il va enlever de vive force. A la fin de la journée, 14 officiers et 285 hommes manquent à l'appel, dont le général Espinasse, tué à l'entrée de la ville.

Le 19 juin, au camp de Borgo Saltello au sud de Brescia a lieu la cérémonie de remise de la décoration au régiment : "A midi, toutes les troupes du camp sont en armes. Le Maréchal macMahon, suivi de tout son état major, arrive et fait former les troups en carré. A trois reprises, les tambours et les clairons battent et sonnent aux champs. Tous les yeux sont tournés vers le maréchal qui se place devant le régiment. D'un voix forte et sonore il répète l'ordre paru la veille. Puis il fait avancer vers lui le drapeau au dessus duquel plane, respendissante au soleil, l'aigle dont la poitrine, depuis le 4 juin trouée par un biscaïen, forme une tache sombre au milieu de l'or des ailes déployées. Le maréchal se découvre et tenant son épée au dessus du drapeau, il dit : "Aigle du 2e zouave, sois fière de tes soldats ; au nom de l'Empereur et d'après les pouvoirs qui me sont dévolus, je te donne la croix de la légion d'Honneur". Trois fois les cris de "Vive l'Empereur !" et "Vive le Maréchal !" poussés par toutes les troupes se font entendre, couvrant les dernières paroles qu'il vient de prononcer. Le drapeau s'incline et le duc de Magenta attache lui même avec un ruban rouge la croix de la Légion d'Honneur au dessous de l'aigle. Puis, tandis que le drapeau retourne à sa place de bataille, au milieu de ses zouaves, toutes les musiques à la fois lancent dans les airs leurs refrains de victoire." 

  

 

Joseph Vincendon

Né le 8/10/1833 à Brezin (Isère), Vincendon est un officier sorti du rang. Engagé comme soldat au 2e régiment de Zouaves en 1852. Il devient sergent en 1853.

Après des débuts en Afrique, il part pour la campagne de Crimée où il est blessé à trois reprises et promu Sous lieutenant.

C'est comme Capitaine qu'il effectue la campagne d'Italie. Il est cité dans l'historique du 2e zouaves pour avoir à Magenta le premier repéré l'avancée de la colonne autrichienne qui masquée par les bois, menace la position tenue par le régiment : "Au moment où les Autrichiens, toujours masqués par les arbres, ne sont plus qu'à 300 metres des zouaves, le capitaine Vincendon du 1er bataillon, qui a pu voir du point où il se trouvait le mouvement de l'ennemi, arrive au galop à la tuilerie pour prévenir le général de division qui s'y tient avec le général de Castagny et le colonel Tixier, qu'une colonne ennemie se prolonge sur son flanc droit". Durant la bataille, Vincendon est blessé d'un coup de feu au bras droit, ainsi que d'un coup de sabre à la cuisse gauche ; ce sont ses 4e et 5e blessures. Il recoit la médaille d'Italie et est nommé officier de la Légion d'Honneur.

Sa carrière ne s'arrète pas là : Il fait campagne en Afrique entre 1859 et 1862, puis au Mexique où il est encore deux fois blessé.

Il fait la guerre de 1870 comme Colonel du 39e régiment d'infanterie et il est blessé pour la 8e fois à Rezonville le 16/8/70.

Il finit sa carrière comme Général de division, Grand Officier le la Légion d'Honneur en 1889, puis Grand Croix en 1896.  Il décède en 1909.

Photo le Blondel (Lille)

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 Campagne d'Italie - bataille de Solférino (24 juin 1859)

Le 76e régiment d'infanterie, ancien 1er régiment léger, est engagé au corps de Niel (division de Failly) lors de la bataille de Solférino le 24/6/1859.

Son premier bataillon occupe le village de Rebecco et repousse deux attaques autrichiennes avant d'occuper la ferme de Colonello. Le 3e bataillon est chargé d'occuper la ferme de Baïte et repousse les assauts de la brigade autrichienne Benedeck. Le 2e bataillon resté le dernier en réserve est engagé vers 16h sur la ferme de Casa Nova et repousse le 35e régiment autrichien. A cette occasion, le régiment capture le drapeau du régiment autrichien :
"Nous étions maîtres du bois de Casa Nova et nos soldats achevaient de chasser l'ennemi du hameau, quand le fusilier Clavel de la 3e compagnie du 2e bataillon apercut un lieutenant autrichien qui sortait à la hâte de la cour de la ferme en emportant un drapeau jaune. Quatre hommes accompagnaient l'officier : c'était la garde du drapeau. Clavel n'écoutant que le cri de son coeur s'élance à la poursuite de ce groupe, de toute la vitesse de ses jambes, doublée par la proie qui l'attire. Deux des Autrichiens abandonnèrent honteusement la partie ; les deux autres firent face à l'attaque des Français. Clavel étendit le premier d'un coup de feu à la tête, et renversa le second de la pointe de sa baïonnette. Le lieutenant autrichien surpris par la prompte apparition de notre soldat n'avait pas eu le temps de retirer son revolver de sa gaine ; son sabre était encore au fourreau quand Clavel saisit la hampe de l'étendard du 35e régiment d'infanterie autrichienne. "Grâce pour le drapeau" balbutie l'officier affolé en se débattant d'instinct pour défendre le drapeau sacré dont il a la garde. Clavel ne lâche pas prise, mais il fait un faux mouvement et il tombe à la renverse... Quelques Autrichiens ont vu ce qui se passe et accourent au plus vite vers les deux hommes. Notre brave soldat va payer de sa vie son acte d'audace, quand son camarade, le fusilier Allègre, de la même compagnie, arrive à son aide. L'officier Autrichien renonce à la lutte. Il était temps. Clavel et Allègre rentrèrent dans nos lignes en rapportant victorieusement le précieux trophée." (Historique du 76e RI - du Fresnel). Pour cette action, Clavel est décoré de la croix de la Légion d'Honneur et Allègre de la médaille militaire.

Le 76e régiment perd 45 hommes tués et 63 blessés dans la bataille.

Par decret daté du 25 juin 1859, le drapeau du régiment est décoré de la Légion d'Honneur. Le 31/7/1859, alors que le régiment est caserné à Crémone sur le Pô, un imposante cérémonie a lieu sur la place d'arme de la ville. A 7 heures du mation, toute la division du général de Failly prend les armes et forme le carré, les troupes faisant face à l'intérieur. Les drapeaux de tous les régiments avec les gardes sont disposés sur une ligne au milieu du carré. Le général de Failly fixe au sommet de la hampe du drapeau du 76e la croix de la Légion d'Honneur. Puis, il s'avance : "Soldats ! L'Empereur a dit "le 4e corps s'est couvert de gloire à Solférino" A de telles paroles, je n'ai rien à ajouter ; vous vous êtes montrés les dignes fils de ceux qui ont combattu à Montebello, à Lonato, à Castiglione. Comme eux vous pourrez dire aussi : j'étais à l'armée d'Italie." puis se tournant vers le régiment : "Soldats du 76e, vous êtes du petit nombre de ceux qui ont eu le bonheur d'arracher un drapeau à l'ennemi. Si la guerre se renouvelle, je m'estimerai heureux d'être appelé à vous commander de nouveau. Avec de soldats tels que vous, dont le drapeau vient d'être décoré du signe de l'honneur, nous serons toujours invincibles !". La division défila devant le drapeau décoré du 76e auquel les officiers supérieurs et les drapeaux des autres régiment rendirent les honneurs.

Jean Gérard Louis Bechon de Caussade,

De Caussade est né au Léger (Lot et Garonne) le 6/8/1806. Entré à l'école de Saint Cyr en 1825, il a d'abord servi au 30e RI et a fait la campagne de Belgique et campagne en Algérie où il a reçu le 6/8/1848, il reçoit la croix de la Légion d'Honneur pour sa participation à l'expédition de l'Ouarensenis.

Promu Chef de bataillon au 15e léger le 27/4/1846, il fait plusieurs expéditions dans la province d'Oran et a été cité une second fois au combat de Aïn Ben Narb. Il est officier de la Légion d'Honneur le 7/1/1850.

Fait Colonel du 76e RI le 18/10/1854, il conduit au feu le régiment durant la campagne d'Italie, en particulier à Solférino. De Caussade reçoit la croix de Commandeur à son retour en France.

Dans son ordre du jour au régiment, annoncant les décorations attribuées aux régiment pour la bataille de Solférino, le Colonel de Caussade termine son texte par le paragraphe suivant : "Parmi ces récompenses, il en est une qui s'adresse à tout le régiment: elle est le prix de son dévouement et sera dans l'avenir comme aujourd'hui l'orgueil de tous ses membres. Cet insigne honneur de porter la croix d'Honneur au drapeau et pour le 76e est pour chacun d'entre nous un nouvel engagement de fidélité à l'Empereur et au drapeau, un nouveau serment de le défendre jusqu'à la mort, un nouveau gage de courage du régiment devant l'ennemi, de sa discipline partout. Si noblesse oblige, c'est assurément celle là."

A son retour en France le 16/8/1860, il est promu Général de brigade et reçoit le commandement de la subdivision de Tarbes, fonction qu'il occupe sur la photo ci contre. Le 14/7/1870, il reçoit les étoiles de Général de division. Envoyé aux opérations du siège de Paris, il y commande la 1ere division du 14e corps d'armée. Il meurt le 9/11/1870.

Photo Annet (Tarbes)

  

  

Jean Marie Caillot,

Né le 2/6/29 à Lyon, Caillot est ancien de Saint Cyr. Il est nommé Sous lieutenant au 1er régiment d'infanterie légère d'Afrique en 1851, devenu le 76e RI en 1855.

Caillot est promu Capitaine le 24/5/1859 quelques jours après son entrée en campagne en Italie et participe à la bataille de Solférino. Il reçoit la médaille d'Italie et la croix de la valeur militaire de Sardaigne suite à la campagne.

Encore présent au régiment en 1870 comme adjudant major du 1er bataillon, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur le 19/8/1870 pour son action à la bataille de Spicheren. Lors de la bataille de Gravelotte, le 16 aout, il a l'occasion de sauver le drapeau du régiment en ordonnant au porte drapeau de reculer de sa position du bois de Saint Arnould, exposé à l'attaque prussienne. Caillot est ensuite blessé d'un coup de feu à la face lors de la bataille de Saint Privat le 18/8/70, alors que son bataillon défend la position du point du jour, le long de la route de Verdun et repousse à plusieurs reprises les assauts prussiens, organisant même une charge à la baïonnete qui repousse le 33e régiment ennemi.

Le 2/9/70, il est nommé Chef de bataillon au 32 RI.

Caillot finit sa carrière comme Colonel du 66 RI (photo ci contre), officier de la Légion d'Honneur le 28/12/1888. Il quitte le service actif en 1889 et il est mort le 25/2/1907.

Photo Buguet (Tours)

 

Le 10e bataillon de Chasseurs se distingue aussi à Solférino : "Un détachement du 10e bataillon de chasseurs s'élance par une brêche dans le cimetierre de Solférino et se jette sur le 60e régiment autrichien (prince Waza) qui défend cette position. Surpris par cette attaque soudaine, ce régiment après nous avoir envoyé une seule décharge, est culbuté et rejeté hors du cimetierre. Au milieu de la mélèe, le sergent Garnier aprçoit le drapeau du régiment autrichien autour duquel se groupent quelques défenseurs. Avec quelques chasseurs, il se jette sur eux et parvient après une lutte acharnée à s'emparer du drapeau ennemi. Quelques instants après il le remit au maréchal Baraguey d'Hilliers qui l'offrit à l'Empereur de la part du bataillon" (historique des chasseurs à pied - Richard). A la suite de cet exploit, qui coûte 143 hommes au bataillon, le drapeau des chasseurs à pied, unique pour tous les bataillons, est décoré le 15/12/1859 à Paris par le maréchal Magnan.

Le bataillon des chasseurs de la Garde est la troisième formation distinguée à Solférino. "Le bataillon des chasseurs de la garde, arrivant avec la brigade Manèque, descend de la colline, appuyant sa droite à la route de Castiglione. De là, les chasseurs s'élancent avec impétuosité pour atteindre les hauteurs dominant Solférino qui sont occupées par l'ennemi et les aborde avec un élan irresistible." Le bataillon capture une batterie d'artillerie dans les rues du village. Un peu plus tard "un autre détachement autrichien égaré sans doute, revient dans le village où il est cerné et pris. Des corps entiers se replient en désordre, abandonnant armes et bagages. Rien n'arrête les Autrichiens dans leur fuite, pas même leur drapeau, que le chasseur Montellier leur arrache avec audace." (historique des chasseurs à pied - Richard).

A la rentrée d'Italie, la croix fut remise au bataillon par le maréchal Regnault de Saint Jean d'Angely, commandant la Garde Impériale.

Sur cette photo de la garde du drapeau du bataillon des chasseurs à pied de la garde, on reconnaît à l'extrème gauche le chasseur Monteillier, décoré de la croix de la légion d'Honneur à Solférino pour avoir pris le drapeau du 48e régiment autrichien. On distingue aussi la croix de la Légion d'Honneur, disposée à la base de l'aigle surmontant l'emblème.

Né le 24/10/1829 à Quimperlé, François Eugène Marie Montellier est fils d'un chapellier de la ville. Engagé en 1850, il est chasseur à la 3e compagnie du bataillon de la Garde lorsqu'il se distingue à Solférino.

Il est fait chevalier de la Légion d'Honneur le 13/8/1859, et nommé caporal le 26 juin. Il quitte le service en aout 1864.

  

 


Campagne du Mexique - bataille d'Alcucingo (mai 1862)

Le 99e régiment d'infanterie est engagé lors de la première expédition du Mexique. Après l'échec de l'assaut de Puebla, l'armée du général de Lorencez doit reculer vers Orizaba. Lors de la retraite, le régiment à a deux reprises l'occasion de se distinguer.

Au combat de la Barranca Secca d'Alcucingo le 18 mai 1862 le deuxième bataillon du commandant Lefebvre fait 1.200 prisonniers à Aculcingo et le sergent Picarant capture un drapeau. Selon le rapport du général de Lorencez : "A Alcucingo, la cavalerie alliée du général Marquez se trouvait le 18 à 5 heures coupée par l'armée de Zaragoza qui débouchait des Combres. Le 2e bataillon du 99e de ligne accourt d'Ingenio avec une section de la batterie de montagne pour la dégager. Le commandant lefebvre avait divisé immédiatement son bataillon fort de 500 hommes en deux colonne et dirigé la première sur la gauche de l'ennemi, pendant qu'il faisait gravir à la seconde un monticule qui dominait l'intersection de ces deux chemins. Le bataillon et la cavalerie du général Marquez chargèrent alors l'ennemi avec une telle vigueur qu'à six heures du soir il avait disparu. Un drapeau pris, 800 fantassins et 400 cavaliers prisonniers, 100 à 150 morts environ et 250 blessés.

  

Adolphe Ernest Félix Lefebvre

Né le 16/4/1820 à Lons le Saulnier, Lefebvre est Saint Cyrien entre 1839 et 1841. Nommé sous lieutenant en 1841, il rejoint le 53 em RI en Afrique et va y faire campagne en participant à la bataille d'Isly et à l'expédition contre les Issas. Envoyé à l'armée des Alpes en 1848. Il est envoyé aussi au siège de Rome où il participe à l'assaut du bastion St Pancrace.

Chef de bataillon en 1857, il fait la campagne d'Italie, puis du Mexique. C'est sous son commandement que, le 18 mai 1862, son bataillon de 500 hommes attaque à Baranca-Secca (Alcucingo) un corps de 4000 hommes et le met en déroute, faisant 1200 prisonniers et prenant un drapeau. Ce fait d'arme voit son régiment (99 RI) décoré à cette occasion. Lui même est promu Lieutenant Colonel.

Il poursuit une belle carrière au Mexique, puis lors de la guerre de 1870. Nommé Général de Division en 1875, il termine sa carrière comme commandant du 1er Corps d'armée (photo ci contre) jusqu'en 1881.

Arrivé à Orizaba, les troupes s'installent dans la ville, mais oublient d'occuper les hauteurs du Cerro Borrego qui domine la position. Le 13 juin l'ennemi l'occupe et menace les arrières de l'arme. le 15 juin 1862 le colonel L'Herillier envoie une reconnaissance sur la hauteur. Deux compagnies du régiment (la 3e du capitaine Détrie et la 2nd du capitaine Leclerc) vont tomber à l'improviste sur la position fortifiée par les Mexicains. La panique se met alors dans les troupes d'Ortéga, qui s'entre fusillent dans la nuit et sont précipitées du haut du Borrego. 150 hommes du 99e avaient enfoncé et culbuté 3.000 Mexicains qui ont perdu un drapeau, deux fanions, trois obusiers, 200 prisonniers, 200 morts ou blessés. Les deux compagnies du 99e avaient eu seulement 6 hommes tués et 28 blessés dont 4 officiers sur 5.

Paul Alexandre Détrie

Détrie a fait toute sa carrière au 99e régiment d'infanterie lorsqu'il est envoyé au Mexique en 1862 pour les premières opérations de la campagne sous le commandement du général de Lorencez.

Il est tout d'abord nommé Capitaine pour sa belle conduite au combat de la Barranca Seca au Mexique le 14/5/1862. Moins d'un mois plus tard, il est le héros de l'affaire du Cerro Borrego.

"La 3e compagnie à laquelle échut cette mission était commandée par la capitaine Détrie, tout récemment promu à ce grade. Il lui fut prescrit de gravir la hauteur et de faire son possible pour prendre possession du sommet du Cerro Borrego. Avant de se mettre en marche, le capitaine Détrie recommanda aux hommes de sa compagnie de gravir lentement les pentes, de marcher le plus près possible les uns des autres en gardant le plus profond silence et de na pas faire feu s'ils apercevaient l'ennemi, mais de tomber sur lui à la baïonnette. L'ascension commenca à minuit, par une nuit tellement noire qu'on ne voyait rien à trois pas devant soi ; Les soldats, la sac au dos, s'aidaient des mains pour ne pas perdre l'équilibe, tant la pente était raide. Ils marchaien en file, précédée de 4 éclaireurs, s'avançant de front sous la conduite du fourrier de la compagnie. Après une heure et demie des efforts les plus pénibles, ils parviennent sur un premier ressaut de la montagne. Le capitaine les fait s'arrêter pour reprendre haleine, détacher leurs fusil de l'épaule et mettre la baïonnette au canon. Ils s'avancent alors vers un fourré oú ils ont entendu un bruit d'armes choquées. A peine ont ils fait dix pas qu'ils sont accueillis par une vive fusillade : l'ennemi est là et nombreux. Sans hésiter un instant et sans attendre la section du Lieutenant Sombret qui était encore en arrière, le capitaine fait poser les sacs à terre et lance ses hommes la baïonnette en avant. Cette attaque imprévue deconcerte d'abord les Mexicains, qui reculent, puis reprennent l'offensive. Mais le section du lieutenant a rejoint la tête. Détrie avec sa compagnie au complet se précipite de nouveau en avant, enlève trois obusiers installés par l'ennemi et les fait jeter au bas de la hauteur. Il marche ainsi pendant une heure, poussant devant lui les Mexicains et arrive au pied du second ressaut. Là, il s'aperçoit que les forces de l'ennemi augmentent au lieu de diminuer. Son lieutenant, son sergent major, son fourrier, les deux sergent présents étaient blessés ; il craint en s'avançant davantage de dévoiler à l'ennemi la faiblesse de son effectif, mais il pense qu'au bruit de la fusillade, le colonel et le chef de bataillon lui ont envoyé du secours et il décide d'attendre ce renfort. A cet effet, il ordonne à ceux de ses hommes qui sont encore debout de s'embusquer et de tenir bon, coûte que coûte. Il ne s'est pas trompé : au bruit du combat, le colonel Lherillier a fait partir la 2e compagnie du capitaine Leclerc. Mise en marche à 2 heures du matin, cette compagnie rejoint la 3e à 3 h et demie. Dès que les deux compagnies sont réunies, elles se lancent à l'assaut : elles sont reçues vigoureusement par les Mexicains qui cherchent à les déborder et qui après avoir été repoussés deux fois prennent la fuite à la débandade. Détrie était blessé, ainsi que le lieutenant Sombret. Il n'avait qu'une blessure sans gravité : une balle avait brisé son révolver et traversé sa main. Ses vêtements étaient criblés de balles. (Les Français au Mexique - Gl Thoumas). Le même courier qui rapporta en France la confirmation de son grade de capitaine lui annonça sa promotion au grade de chef de bataillon.

Sa carrière brutalement accélerée par cet exploit, Détrie continue à tenir les promesses qui sont mises en lui. Lors de la guerre de 1870, il commande le 2e régiment de Zouaves (photo ci contre) qui est héroïquement décimé à Froeschwiller. Blessé lui même, il est fait prisonnier.

Il finit sa carrière en 1893 Général de Division à la tête de la division d'Oran, Grand Croix de la Légion d'Honneur et membre du Conseil de l'ordre de la Légion d'Honneur.

Il est mort en 1899.  

  


Campagne du Mexique - bataille de San Pablo del Monte (5 mai 1863)

Le 1e régiment de chasseurs d'Afrique rejoint le Mexique en aout 1863 avec son 6e escadron. Il a très vite l'occasion de se signaler par sa splendide tenue et ses exploits militaires dans les opérations contre la cavalerie mexicaine et la guerilla (combats de Boca del Rio, de San Andrès, Cholula...) y gagnant le terrible sobriquet de "bouchers bleus".

Quelques jours avant la bataille de San Lorenzo (cf ci dessous), le 5 mai 1863, lors du siège de Puebla, l’armée mexicaine tente une sortie, combinée avec un mouvement de l'armée de secours du général Comonfort. Un corps de cavalerie évalué à un millier de chevaux, soutenu en arrière par des colonnes d’infanterie et d’artillerie, se présente en avant du village de San Pablo del Monte. Le Général L’Hérillier dirige de ce côté une reconnaissance composée d’un escadron du 1er Régiment de Chasseurs d’Afrique et d’une section de grenadiers du 99ème de Ligne aux ordres du commandant Aymard de Foucauld. Les Mexicains sont refoulés et poursuivis vigoureusement vers la ferme d’Acapulco où il sont de nouveau chargés avec la même impétuosité.
Là, le Commandant de Foucauld tombe percé d’un coup de lance et expire quelques instants après. Au même instant la garde mexicaine qui protège le porte étendard du 1er Régiment de Durango est assaillie par les cavaliers Bordes et Imbert, du 1er de chasseurs d’Afrique. Bordes abat le porte étendard et s’empare du trophée pendant qu’Imbert poursuit le porte étendard et lui enleve le baudrier de l’étendard qu’il porte sur lui. Nos troupes ramassent les blessés les armes et les prisonniers ramenant dans leurs camps comme trophées de leur victoire sur un ennemi vingt fois plus nombreux le magnifique étendard finement brodé des Lanciers de Durango, vingt et un prisonniers et une grande quantité de lances et de fusils.

Ce fait d'armes vaut au régiment d'être décoré de la Légion d'honneur le 26/12/1863, fait alors unique dans la cavalerie."Ordre du régiment du 26/12/1863. L'Empereur par decret du 5 décembre vient de décerner à votre étendard la croix de la légion d'Honneur. Cette insigne distinction, vous la devez à la brillante conduite du 6e escadron à l'affaire de san pablo et à la bravoure du chasseur Bordes qui a pris l'étendard du 1er régiment de cavalerie de Durango. Si à juste titre, vous devez être fiers du glorieux symbole porté par votre étendard, vous devez comprendre les devoirs qu'il impose à chacun ; ces devoirs sont ceux de tout chevalier de la légion d'Honneur : "Fidélité à l'honneur et à la patrie". Le chef de l'Etat a ainsi mis le comble au renom d'un régiment dont la réputation a été si glorieusement établie sur les champs de bataille de Crimée, d'Italie de Syrie et du Mexique - Colonel de Lascours, commandant le régiment."

Oswald Benigne de Montarby

Né le 13 juin 1828 à Dampierre (Haure Marne) dans une famille de tradition militaire, Oswald Bénigne de Montarby est saint cyrien.

Promu Capitaine le 30/5/1857, il passe deux ans plus tard comme adjudant major au 1er régiment de chasseurs d'Afrique basé en Algérie. Il prend le commandement du 6e escadron le 12/10/1860.

En juillet 1862, il est envoyé avec son escadron au Mexique et débarque à Veracruz le 21 aout à la tête de 176 chevaux. Il va alors s'y illustrer brillament.

En particulier, le 5 mai 1863 au combat de San Pablo del Monte. Après la mort du commandant Aymard de Foucauld, le Capitaine de Montarby se met à la tête de l’escadron et continue la poursuite que de Foucauld avait commencée. Trois fois il rallie l’escadron, trois fois il charge l’ennemi. Au cours du combat, de Montarby est blessé au poignet d'un coup de sabre mais il s'écrit : « Au diable la patte nous avons l'étendard ! » et continue à attaquer ses adversaires de son bras valide jusqu'à la déroute de ces derniers, avant d'être une nouvelle fois blessé à la nuque.

Après cette bataille, le capitaine de Montarby est nommé Chef d'escadrons. Il est tué le 11 janvier 1865, lors d'une expédition à los Veranos.

Photo Plasse et Oberty (Constantine)



Campagne du Mexique - bataille de San Lorenzo (7 mai 1863)

Après l'échec de la première campagne du Mexique (1862), le corps expéditionnaire est renforcé fin 1862. Durant les premiers mois de cette nouvelle campagne, l'armée française progresse difficilement vers Puebla dont elle entame un nouveau siège au printemps 1863. Afin de repousser l'armée de secours mexicaine du général Comonfort concentrée sur San Lorenzo, le général Bazaine compose une colonne chargée de l'attaquer. Plusieurs régiments vont se distinguer dans cette opération.

 

Le 3e régiment de Zouaves a débarqué à Vera Cruz en novembre 1862 avec deux bataillons. Il s'est déjà distingué lors du siège de Puebla, à l'attaque du Pénitencier le 29/3/1863.
C'est le premier bataillon du régiment qui, sous le commandement du Lieutenant Colonel Arneaudeau est désigné pour faire partie de la colonne chargée d'attaquer San Lorenzo. Dans la colonne d'assaut les zouaves sont divisés en deux groupes de combat chacun de trois compagnies et formant les deux échelons de droite de l'attaque. "Au signal de l'attaque du général de division, les tambours et les clairons battent et sonnent la charge ; les cris enthousiastes de nos soldats y répondent et malgré la violence du feu, les colonnes d'assaut s'élancent avec un assaut admirable, et l'arme sur l'épaule droite, sur les positions ennemies. Les tirailleurs du capitaine Parguez, qui couvrent l'échelon de gauche, pénètrent les premiers dans les maisons et les jardins de san lorenzo. Le bataillon du capitaine Rigault, déployé à 400 pas  des obstacles à enlever, entrainé par son chef, aborde la batterie mexicaine, s'en empare et chasse les défenseurs de la route et de l'église. Une partie du bataillon se joint même aux tirailleurs du capitaine Parguez et poursuit l'ennemi jusqu'au gué de l'Atoyac. Le bataillon du capitaine du Bessol, protège d'abord l'artillerie, essuie le feu des pièces ennemies, puis se porte en avant jusqu'au village et s'y établit solidement à côté de notre batterie. A ces vigoureuses attaques, l'infanterie mexicaine oppose surtout dans l'intérieur du village une energique resistance ; des luttes à corps à corps s'engagent sur tous les points ; deux drapeaux ennemis sont enlevés au milieu de la mélée, l'un par le sous lieutenant Henry, l'autre par le zouave Stum, qui, quoique blessé, lutte avec un officier mexicain et lui arrache ce trophée." (Historique du 3e régiment de Zouaves - Marjoulet). Le régiment perd 60 morts ou blessés.

L'Empereur décidera plus tard d'accorder au drapeau du régiment la croix de la légion d'Honneur. Cette décoration viendra s'ajouter à la médaille de la valeur militaire de Sardaigne, accordée par le roi Victor Emmanuel à la suite de la bataille de Palestro en 1859.     

   

 

Joseph Arthur Dufaure du Bessol,

Né à Beaulieu (Correze), le 15/2/1828, ce saint cyrien de la promotion de 1851 a d'abord servi à la légion, en Algérie aux affaires indigènes, puis en Crimée. Il s'est distingué en 1857 en Kabylie lors du combat d'Icheriden et a été blessé le 4/6/1859 à la bataille de Magenta.

Il a rejoint le 3e régiment de zouaves le 15/1/1862 et est envoyé au Mexique. Lors de la bataille de San Lorenzo, il commande les trois compagnies (2e, 3e et 4e) qui se distinguent en capturant deux drapeaux ennemis. Il reste au Mexique où il commande la contre guerilla dans la région de Mexico, puis après sa promotion comme Chef de bataillon le 1/4/1865, il rejoint le 1er régiment étranger.

Durant la guerre de 1870, il commande le bataillon des chasseurs de la Garde et il est blessé lors de la bataille de Gravelotte en aout 1870. Echappé de Metz, il contine la lutte dans les armées de la République et reçoit un avancement fulgurant en étant nommé commandant d'une brigade qu'il conduit au feu. Il est une nouvelle fois blessé à la bataille de Villers le Bretonneux.

Il continue une brillante carrière sous la République (photo ci contre) et devient commandant de corps d'armée. En 1893, il commande le corps d'armée de l'Algérie. Il meurt en 1908, Grand Croix de la Légion d'Honneur.

 

Le 51e régiment d'infanterie envoie deux bataillons au Mexique en aout 1862. Arrivés en octobre, ils participent à la colonne qui rejoint Puebla, puis au siège de la ville au printemps 1863. Mise en marche dans la nuit du 7 mai 1863 le second bataillon du régiment fait partie de la colonne et  attaque la position de San Lorenzo au matin du 8 :
"Formant l'aile gauche, le bataillon du 51e régiment, enmené par le commandant de Longueville aborde le village et après une lutte au corps à corps dans laquelle beaucoup de soldats mexicains sont tués à coups de baïonnette, il marche de concert avec les autres troupes assaillantes, sur l'eglise et le corral. La resistance avait été opiniatre dans le village où des femmes, des soldaderas, combattaient dans les rangs des Mexicains, elle le fut plus encore dans le réduit occupé par un bataillon de Zapadores. Mais nos soldats, animés par l'énergique exemple de leurs chefs, triomphèrent rapidement de tous ces obstacles ; le batailllon de zapadores fut complètement detruit, partie par les hommes du 51e, partie par les tirailleurs algériens. Vers 6 heures du matin, les troupes mexicaines se débandèrent et cherchèrent à se sauver par le gué de Pansacola en se précipitant dans le ravin formé par l'Atoyac où ils furent mis en déroute. Le 51e qui s'était divisé en poursuivant les débris des compagnies ennemies, avait traversé l'Atoyac, dont l'eau glaciale montait jusqu'à la ceinture, et ne s'était arrêté épuisé de fatigue, que lorsqu'il n'avait plus rien trouvé devant lui. Vers huit heure du matin, on sonna la marche du régiment pour rallier les différentes fractions du bataillon. [...] Le bataillon venait d'inscrire à San Lorenzo une des pages les plus glorieuses de l'histoire du régiment, il avait combattu avec un entrain remarquable et pris 2 fanions à l'ennemi. Ce succès lui coûtait deux officiers grièvement blessés, le commandat de Longueville qui mourut le 8 juillet suivant des suites de ses blessures et le lieutenant Gobillard, qui dut subir l'amputation d'un bras ; 7 hommes tués et 17 blessés." (Historique du 51e RI - Lt Painvin).

Le 19/9/1865, un décret impériale accorde au drapeau du 51e régiment d'infanterie la croix de la Légion d'Honneur. Le 25/9/1866, le Maréchal Bazaine, commandant en chef le corps expéditionnaire du mexique passa la revue de toutes les troupes présentes à Mexico et attacha lui même au drapeau du 51e cette croix qu'il avait si bien méritée. 

 

Le 3e régiment de tirailleurs algériens envoie un bataillon provisoire au Mexique en octobre 1862. Lors de la bataille de San Lorenzo, le bataillon de tirailleurs forme le centre de la colonne d'assaut. "Il était un peu plus de cinq heures quand fut donné le signal de l'assaut. La colonne entière, ayant à sa tête le général Neigre, se précipita sur les ouvrages ennemis : huit cent metres l'en séparait encore, huit cent metres sur un terrain n'offrant pas le moindre abri et battu de tous côtés par les feux de la défense. Bouillants d'impatience, heureux de pouvoir enfin respirer l'odeur ennivrante de la poudre, de se jeter dans le tourbillon effréné d'une lutte où leur arme favorite, la baïonnette, allait avoir la plus brillante part, les tirailleurs s'étaient élancés avec la plus irresistible ardeur. D'un bon héroïque ils se trouvèrent sur San Lorenzo. Le capitaine Estelle était en tête avec sa compagnie ; sous le feu le plus violent, il escalada les épaulements, franchit la première enceinte, déborda une partie des pièces ennemies et pénétra dans le village, où tout le bataillon se trouve engagé dans de petits combats partiels dans lesquels l'ennemi opposa une vigoureuse resistance. Mais chassés de leurs fortifications, menacés sur leur droite par le bataillon du 51e et le mouvement tournant de la cavalerie, culbutés sur leur gauche par les zouaves, dont quelques compagnies se trouveant maintenant confondues avec celles des tirailleurs, les Mexicains commencèrent à se retirer afin de gagner avant l'assaillant la seule ligne de retraite qu'ils possédassent sur l'Atoyac. Dans ce court mais brillant épisode, deux tirailleurs du 3e régiment, Hamed ben Myoub et Khenil ben Ali, s'étaient emparés de deux drapeaux mexicains en les arrachant des mains de leurs porteurs." (Historique du 3e régiment de tirailleurs - Darier Chatelain). Lors de l'assaut, le bataillon déplore deux officiers blessés, 5 soldats tués et 13 autres blessés.

Le 11/9/1863, un décret attribue la croix de la légion d'Honneur au fanion du bataillon provisoire des tirailleurs algériens, décoration qui revient de droit au 3e régiment. Le 5/5/1864, le bataillon réuni prend les armes à Guadalajara pour être passé en revue par le général Douay, qui attache à la hampe de son fanion de manoeuvre la croix d'honneur.

Louis Jean Baptiste Paulin Estelle

Né le 24/8/1815 à Aix. Estelle débute sa carrière au 4e régiment d'infanterie où il est nommé Sous Lieutenant le 2/1/1841, puis Lieutenant le 11/9/1844.

Fait Capitaine le 2/10/1848, rejoint quelques mois plus tard le 2e bataillon des tirailleurs indigènes d'Oran. Il a reçu la croix de la Légion d'Honneur le 23/8/1857 pour sa participation à la campagne de kabylie (24 ans de service effectif, 5 campagnes). Il s'est aussi illustré durant la campagne d'Italie à la bataille de Magenta

Le 18/7/1862, il embarque pour le Mexique à la tête de la 1er compagnie du bataillon de guerre des tirailleurs mis sur pied pour la campagne.

Il se distingue lors de la bataille de San Lorenzo en mai 1863 en entrainant tout le bataillon par l'exemple de sa compagnie. Il est alors promu officier de la Légion d'Honneur ("capitaine d'une rare bravoure - a entrainé tout le bataillon par l'exemple de sa compagnie") et fait Chef de bataillon le 6/8/1863 au 79e régiment d'infanterie. Il rentre en France.

Il ne figure plus dans l'annuaire de 1868 et est mort le 5/2/1871.

Photo Odinot (Nancy)


Campagne du 1870 - bataille de Rezonville (16/8/1870)

Le 57e régiment d'infanterie est embrigadé à la brigade du général de Goldberg, attachée à la division du général de Cissey. Lors de la bataille de Rezonville, cette division prend de flanc la brigade prusienne du général Wedell dans le ravin de la Greyere et en quelques minutes lui cause des pertes qui sont bien prêts de l'anéantir. Le sous lieutenant Chabal, officier payeur du 57e régiment et n'ayant par conséquent pas de troupe à commander, a pris un fusil et combat comme un simple soldat. "Suivant son régiment, il se laisse glisser le long de l'escarpement, à la poursuite des Prussiens. A peine arrivés dans le grand ravin, les soldats français peuvent contempler leur ouvrage. Le fond du ravin, ainsi que les pentes, sont couverts de monceaux de morts et de mourants. Le sol est jonché de fusils brisés, de casques défoncés, de baïonnettes tordues et gluantes de sang, car de nombreux Allemands se sont enferrés sur les baïonnettes de leurs camarades en roulant du haut de l'escarpement, vers le fond du ravin. Les réserves ennemies ne tiennent plus, les Prussiens fuient en désordre en direction d'un bois voisin. Soudain le Lieutenant Chabal aperçoit à une dizaine de pas près de lui un porte drapeau prussien renversé par une balle ;  en deux enjambées, l'offier français est sur lui, saisissant alors le drapeau, il tente de l'arracher des mains de son adversaire ;  mais celui ci lui oppose une vive resistance et l'oblige à rompre la hampe pour s'emparer du trophé. cette lutte inégale est de courte durée. L'officier français n'a pas à faire usage de son fusil contre un ennemi blessé que son pied maintien à terre et qui ne songe d'ailleurs qu'à conserver son drapeau. Le Lieutennat Chabal laissa seulement entre les mains du porte drapeau Prussien un morceau de hampe de 40 à 45 cm de longueur. Notre brave officier a emporté la partie supérieure comprenant la hampe diminuée, l'étoffe et les cravates en soie, les franges et les galons en argent, l'écusson et la lance dorée, le tout horriblement mutilé." (Français et Allemands - Dick de Lonlay).

C'est le 12 juillet 1880 que le Président de la République signa le décret accordant au régiment la croix de la Légion d'Honneur, qui le reçut le 14 juillet suivant.

Philippe Roustan de Golberg

Né le 20/3/1811 à Lexy. Officier sorti du rang, il s'est distingué en Algérie  avec le 47e régiment d'infanterie et a été cité en 1836. Lors de la prise de Constantine en 1837, il a servi comme sergent major, secrétaire du colonel Combes, tué lors de l'assaut de la ville.

Promu officier en 1838, il est retoruné en Algérie en 1844 comme Capitaine adjudant major au 3e bataillon d'Afrique, bataillon dont il prendra le commandement en 1851. Il se distingue à nouveau en 1845 à l'expédition de l'Aurès, à celle de Bou Thaleb l'année suivante où il reçoit la Légion d'Honneur, puis en 1849 lors de la campagne de kabylie où il est grièvement blessé au cou. Il participe aussi à la prise de Zaatcha.

Il a fait campagne en Crimée comme Lieutenant Colonel de zouaves, sert comme Colonel du 38e RI et est fait général de brigade en 1869.

Durant la guerre de 1870, il commande une brigade du 4e Corps d'armée et se distingue à Rezonville en conduisant sa brigade qui contribue à anéantir la brigade Wedell et qui prend un drapeau à l'ennemi. Il est gravement blessé deux jours plus tard à Saint Privat.

Après la guerre, il exerce brièvement un commandement durant deux ans avant de prendre sa retraite. Il est mort en 1877.

  
 


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