La bataille de San Lorenzo
8 mai 1863

Lors du siège de Puebla par l'armée française, les mexicain mobilisent une armée de secours sous les ordres du général Comonfort. Celui-ci concentre ses forces près du village de San Lorenzo, et y fit exécuter des travaux de fortification. Le général Forey décide alors de disperser cette menace.


Rappport du général Forey sur la journée de San Lorenzo

Cerro San Juan le 18 mai 1863

Monsieur le maréchal

J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence du combat qui a eu lieu le 8 de ce mois à San Lorenzo.
Depuis longtemps je suivais les mouvements de Comonfort espérant trouver une occasion favorable de l'aborder vigoureusement. Les troupes du général mexicain étant restées, jusqu'aux premiers jours de ce mois, dispersées sur plusieurs points entre Puebla et San Martin d'un côté, entre Puebla et Tlascala d'un autre côté ; il ne pouvait résulter aucun succès définitif d'une attaque partielle sur un de ces points qui n'eût abouti qu'à donner l'éveil sur les autres. Mais le 5 mai un mouvement de concentration du corps se prononça et sa cavalerie s'avança jusqu'à San Pablo del Monte pour tâter le terrain.
...
La journée du 7 se passa de son côté à mieux combiner ses projets à se retrancher fortement sur le plateau de San Lorenzo, méditant sans doute un coup décisif prochain. De mon côté je jugeai le moment favorable au dessein que j'avais formé d'assaillir le corps de Comonfort dès qu'il serait assez concentré, pour espérer obtenir un succès important en le détruisant, et j'arrêtai les dispositions pour attaquer ennemi le 8 au matin, en le tournant par sa droite établie solidement à San Lorenzo.

Dans la soirée du 7, quatre bataillons, quatre escadrons, huit pièces de canon et une section du génie furent réunis au pont de Mexico ; l'infanterie sous les ordres du général Neigre, la cavalerie sous les ordres du général de Mirandol, l'artillerie sous la direction du commandant de la Jaille. J'avais confié le commandement de cette colonne au général Bazaine. Celui-ci avait ordre de quitter son campement à une heure du matin, de suivre la route de Mexico dans le plus grand silence jusqu'à la hauteur de San Lorenzo, et là, de tourner à droite pour arriver au point du jour en vue de la position à enlever. Tout réussit à souhait et sans autre incident que la rencontre de quelques vedettes et d'un avant-poste qui fut enlevé par la cavalerie du colonel de la Pena. A cinq heures du matin, les troupes en échelons par bataillon en colonne à distance entière, précédées de la batterie de la garde, et flanquées à gauche par la cavalerie, se dirigeaient, l'aile gauche en avant, sur les retranchements construits autour de l'église de Lorenzo.

Les Mexicains, quoique surpris par cette attaque, avaient cependant eu le temps de courir aux armes et avaient ouvert un feu violent d'artillerie à 1,200 mètres. La nôtre y répondit bientôt avec succès et la ligne, au pas de charge, se précipita, avec un irrésistible élan, et aux cris enthousiastes de " vive l'Empereur ", sur la position qui fut enlevée, malgré une résistance désespérée des soldats mexicains dont une quantité fut tuée à coups de baïonnette. Les autres se débandèrent et cherchèrent à se sauver par le gué de Pensacola en se précipitant dans la barranca de l'Atoyac ; mais mitraillés par notre artillerie, poursuivis par la cavalerie du général de Mirandol d'un côté, et celle du général Marquez qui était descendue du Cerro de la Cruz, ces malheureux Mexicains jonchèrent la campagne de morts et de blessés jusqu'à Inez où le général Marquez, voyant l'ennemi dans une déroute complète et fuyant de toutes parts un affreux désordre cessa la poursuite.

Dans ce brillant combat, l'ennemi a laissé entre nos mains huit canons, dont six rayés, trois drapeaux, un millier de prisonniers, parmi lesquels plusieurs colonels et officiers supérieurs, la plus grande partie du convoi destiné au ravitaillement de Puebla, et consistant en voitures et mulets de vivres et d'effets de toute nature ainsi qu'en troupeaux. Des munitions d'artillerie, 3.500 kilos de poudre sont en outre tombés en notre pouvoir. Huit ou neuf cents hommes tués ou blessés et l'armée Comonfort totalement dispersée, tel est le résultat de cette victoire qui ne nous a coûté que 14 tués et 89 blessés.

Avant de payer le tribut d'éloges qui revient à tous dans cette belle journée, je veux donner un témoignage particulier de ma haute satisfaction au général Bazaine pour la manière dont il a exécuté mes instructions, grâce à son intelligence de la guerre à la confiance qu'inspirent aux troupes son coup d'œil, son sang-froid et sa bravoure entrainante ; elles ont été couronnées d'un plein succès. Le général Marquez, qui a su saisir à propos le moment favorable pour compléter la déroute de l'ennemi, mérite aussi une mention spéciale. Je suis heureux de saisir cette occasion de rendre la justice qui est à nos alliés, dont le zèle seconde si bien les opérations du corps expéditionnaire. Dans cette brillante affaire tous ont fait noblement leur devoir. Il en est cependant qui se sont plus particulièrement distingués et dont les noms m'ont été cités, ce sont, en première ligne, le général Neigre qui a puissamment contribué au succès par son activité son intelligence et sa bravoure qui ne s'est arrêtée devant aucun obstacle aucun danger

Il faut citer à l'état major :
MM Boyer, chef d'escadron, qui par suite de la maladie du lieutenant-colonel Lacroix, remplissait près du général Bazaine les fonctions de chef d'état-major, et qui dans cette journée a rendu les meilleurs services à son général.
Villette, capitaine, aide de camp du général Bazaine. Il a pris une part active au combat quoiqu'il fut très souffrant
Chabrol, capitaine aide de camp du général Neigre qui a montré un très grand courage
Garcin, capitaine de l'état-major qui a été renversé son cheval par une balle en donnant l'exemple d'une grande bravoure
Béguin, capitaine de l'état-major général, tué roide en se portant en avant avec intrépidité
Lahalle, capitaine aide de camp du général de Mirandol
Clary, officier d'ordonnance du général Neigre
De Pérussis, sous-lieutenant au 81 e, officier d'ordonnance du général Neigre
Du Bouchage, capitaine aux carabiniers mon officier ordonnance qui a cherché toutes les occasions de marcher à l'ennemi et s'y est bravement comporté
De Tournières, lieutenant de vaisseau, mon officier d'ordonnance qui dans cette journée a été très brillant et plein d'humanité en sauvant la vie à des prisonniers
Baron de Stein, lieutenant-colonel au service du roi de Prusse qui dans ce combat comme toujours a montré un zèle infatigable en allant au-devant du danger

Dans la cavalerie :
Le général de Mirandol, qui quoique souffrant a oublié comme toujours ses souffrances et conduit sa cavalerie à l'ennemi avec une extrême énergie
Le colonel Du Barail, type de l'homme de guerre
Le lieutenant colonel Margueritte dont on ne sait plus en quels termes faire l'éloge
Carrelet, chef d escadrons
De Vallon, capitaine
Castagnié, capitaine adjudant major
Ræderer lieutenant
Ténot maréchal des logis
Nicolas þrigadier
Clavel chasseur
Lallier chasseur

Le général Bazaine
commandant une division du Ier Corps d'armée

Capitaine Willette
Aide de camp du général Bazaine
Officier de la Légion d'honneur
"A secondé le général Bazaine avec
autant d'intelligence que de courage"

Capitaine Clary
Aide de camp du général Neigre
Futur aide de camp du Prince Impérial

Capitaine Bégin
Officier d'état major
"frappé dès le début de l'action d'une balle au coeur
alors qu'il se portait en avant avec intrépidité"

Le général de Mirandol
commandant la cavalerie

Chef d'escadrons Carrelet
2e régiment de marche
Officier de la Légion d'honneur


Historique du 3e régiment de Zouaves

Le 3e zouaves fournit à cette colonne le 1er bataillon à l'exception de la 6e compagnie, laissée en grand garde, et remplacée par la 2e compagnie du 2e bataillon. Ces huit compagnies étaient sous les ordres du lieutenant-colonel Arnaudeau. La colonne rassemblée au pont de Mexico (route de Puebla à Mexico) vers la tombée de la nuit, se met en marche à 1 heure du matin dans la direction de San Lorenzo. Les zouaves forment l'avant garde et la colonne avance à travers champs dans le plus grand ordre et le plus profond silence, afin de tromper la vigilance de l'ennemi
Vers 5 heures l'avant garde arrive en vue des hauteurs de San Lorenzo et, à la faveur des premières lueurs du jour, les positions de l'ennemi sont promptement reconnues. Les Mexicains occupent une croupe allongée, dans une direction perpendiculaire à l'Atoyac ; au sommet de cette croupe, une ligne continue d'épaulements en terre, garnis d'artillerie, forme une redoute rectangulaire. L'église de San Lorenzo, crénelée et mise en état de défense, lui sert de réduit : la redoute est occupée par un fort bataillon de Zapadores.
A droite et à gauche en dehors de l'ouvrage, une division mexicaine tout entière borde la position ; elle est protégée par des haies de cactus, des bouquets de bois, des cabanes indiennes et, du côté de la rivière, par d'énormes blocs de rochers ; en avant de la batterie, des pentes douces, uniformes et absolument nues, n'offrent aucun abri aux assaillants. De nombreux renforts, dirigés par Comonfort en personne, s'ébranlent sur la rive gauche de l'Atoyac et s'avancent au secours des défenseurs de San Lorenzo.

La situation est grave, difficile, et impose une action des plus rapides et des plus énergiques. Parvenue à 800 mètres des lignes mexicaines, la colonne française, malgré le feu de l'artillerie ennemie, prend en bon ordre ses dispositions d'attaque et se forme en quatre échelons par bataillon, l'aile gauche en avant, avec l'intention de déborder l'aile droite de l'ennemi et de le rejeter sur l'Atoyac. L'artillerie se place en batterie entre les deux échelons de droite, la cavalerie se masse sur le flanc gauche de la colonne.
Dans cette disposition les zouaves sont divisés en deux bataillons de combat chacun de trois compagnies : l'un composé des 2e, 3e et 4e compagnies, sous les ordres du capitaine du Bessol, l'autre composé des 5e et 7e compagnies du 1er bataillon et de la 2e du 2e bataillon sous les ordres du capitaine Rigault ; ils forment les deux échelons de droite.
Les zouaves des 1ere et 8e compagnies se déploient en tirailleurs, sous le commandement du capitaine Parguès ; ils couvrent la tête de la colonne, et auront ainsi l'honneur d'aborder l'ennemi les premiers.

Au signal du général de division, les clairons sonnent la charge ; les zouaves, l'arme sur l'épaule droite, s'élancent sous un feu violent d'artillerie et de mousqueterie, et attaquent l'ennemi avec un élan irrésistible.
Les tirailleurs du capitaine Parguès, qui couvrent l'échelon de gauche, pénètrent les premiers dans les jardins de San Lorenzo.
Le bataillon du capitaine Rigault, déployé à 400 mètres des obstacles à enlever, entraîné par son chef, aborde la batterie mexicaine, s'en empare et chasse les défenseurs de la redoute et de l'église.
Une partie du bataillon se joint même aux tirailleurs du capitaine Parguès et poursuit l'ennemi jusqu'à l'Atoyac.
Le bataillon du capitaine du Bessol protège d'abord l'artillerie, essuie le feu des pièces ennemies, puis se porte en avant jusqu'au village de San Lorenzo et s'y établit solidement à côté de notre batterie.

A ces vigoureuses attaques, l'infanterie mexicaine oppose, surtout dans l'intérieur du village, une énergique résistance ; des luttes corps à corps s'engagent sur tous les points. Les communications de l'ennemi étant gravement menacées, il se précipite vers les gués de l'Atoyac, dans la direction de San Francisco. Les zouaves passent la rivière, pêle-mêle avec lui, et le pourchassent la baïonnette dans les reins jusque sur ses réserves. Il était 11 heures du matin, la déroute de la division mexicaine était complète.

Dans cette dernière phase du combat de nombreux et brillants faits d'armes se produisent ; deux jeunes officiers du régiment se distinguent entre tous : le lieutenant Couturier qui succomba plus tard aux fatigues de ses campagnes, et le sous-lieutenant Saint Sauveur qui, sept ans après, trouva une mort glorieuse sur le champ de bataille de Froeschviller. Sont cités encore pour leur vaillance, le sergent fourrier Dagel, le caporal Gouay, les zouaves Luc Bouviniquet et Sautel, qui entraînent leurs camarades par leur courageux exemple.
Ce brillant fait d'armes laisse entre nos mains 1.000 prisonniers, un gros convoi de ravitaillement, 8 pièces de canon, 2 fanions et 3 drapeaux, dont 2 pris par le régiment, l'un par le sous-lieutenant Henry, l'autre par le zouave Stum qui, quoique blessé, lutte avec un officier mexicain et lui enlève ce trophée.
Nos pertes étaient sérieuses, 60 morts ou blessés, dont 5 officiers. Mais leur sang généreux ne fut pas versé en vain car Puebla se rendit à discrétion dix jours après cette victoire et le drapeau du régiment reçut la croix de la Légion d'honneur.

Sont cités dans le rapport du général Forey :
Arnaudeau, lieutenant-colonel a contribué au succès par son énergie et son intelligence
De Briche, chef de bataillon
Parquez, capitaine très brillant au feu a eu un cheval tué sous lui
Rigault, capitaine très brillant au feu a eu un cheval tué sous lui
Mariani, capitaine a enlevé avec sa compagnie la batterie et le réduit de l Eglise
Matignon, capitaine
Legué lieutenant
Lemaitre, lieutenant blessé grièvement et mort depuis
Henry sous-lieutenant a pris un drapeau
Collon, sous-lieutenant a dégagé un capitaine qui allait succomber sous le nombre
Trieson, officier au service du roi de Suède blessé grièvement qui s est conduit avec une grande bravoure
Bordes, sergent blessé grièvement
Royer, sergent blessé grièvement
Loué, sergent amputé
Gonai, caporal blessé
Raimbaux, zouave
Luc, zouave
Vickmans sapeur
Stum, zouave quoique blessé a lutté avec un porte-drapeau et lui a enlevé son drapeau

Capitaine du Bessol
.

Capitaine Rigault
Blessé au molet d'un éclat de mitraille
et un cheval tué sous lui.


Historique du 51e régiment d'infanterie

A 1,200 mètres, l'artillerie ennemie ayant ouvert son feu, la batterie de la garde se porta rapidement en avant de notre front pour la contre-battre, et la colonne put ainsi continuer son mouvement en avant jusqu'à 800 mètres en conservant la même formation. A cette dernière distance le général Bazaine modifia son ordre de bataille de manière à déborder l'ennemi et à lui couper la retraite : il disposa sa ligne en échelons par bataillon à distance entière, l'aile gauche constituée par le bataillon du 51e en avant. La cavalerie, couvrant le mouvement tournant de l'infanterie, reçut l'ordre de suivre le pied des hauteurs, de sabrer ce qu'elle rencontrerait, et de refouler dans l'Atoyac tous les fuyards.

Ces dispositions prises, le général Bazaine dessina son mouvement offensif malgré le feu redoutable des pièces ennemies qui couvraient de mitraille le terrain sur lequel s'avançaient ses troupes. Bientôt jugeant le moment opportun il fait déposer les sacs et battre la charge ; les soldats, conservant l'arme sur l'épaule droite, se précipitent sur le aux cris de Vive l'empereur, avec un élan malgré un feu violent de mousqueterie ;
Tandis que tirailleurs algériens et les zouaves attaquent San Lorenzo au centre et à droite, le 51e, enlevé par le commandant de Longueville, l'aborde à gauche et après une lutte corps à corps dans laquelle beaucoup de soldats mexicains sont tués à coups de baïonnette, il marche de concert avec les autres troupes assaillantes sur l'église et le coral. La résistance avait été opiniâtre dans le village où des femmes des soldaderas combattaient dans les rangs des Mexicains ; elle le fut plus encore dans le réduit occupé par un bataillon de Zapadores. Mais nos soldats, animés par l'énergique exemple de leurs chefs, triomphèrent rapidement de tous ces obstacles ; le bataillon de Zapadores fut entièrement détruit, partie par les hommes du 51e, partie par les tirailleurs algériens.
Vers six heures du matin, les troupes mexicaines se débandèrent et cherchèrent à se sauver par le gué de Pansacola, en se précipitant dans le ravin formé par l'Atoyac ; mais mitraillés par notre artillerie, poursuivis par la cavalerie du général de Mirandol d'un côté, et par celle du général Marquez de l'autre, ces malheureux Mexicains jonchèrent la campagne de morts et de blessés jusqu'à Santa Inez, où le général Marquez voyant l'ennemi dans une déroute complète et fuyant de toutes parts dans un affreux désordre cessa la poursuite

Le 51e qui s'était divisé en poursuivant les débris des compagnies ennemies, avait traversé l Atoyac dont l'eau glaciale montait jusqu'à la ceinture, et ne s'était arrêté, épuisé de fatigue, que lorsqu'il n'avait plus rien trouvé devant lui. Vers huit heures du matin, on sonna la marche du régiment pour rallier les différentes fractions du 2e bataillon.

Le 2e bataillon venait d'inscrire à San Lorenzo une des pages les plus glorieuses de l'histoire du 51e ; il avait combattu avec un entrain remarquable et pris 2 fanions à l'ennemi. ,
Ce succès lui coûtait 2 officiers grièvement blessés : le commandant Desmerliers de Longueville, qui mourut le 8 juillet suivant des suites de sa blessure, et le lieutenant Gobillard, qui dut subir l'amputation d'un bras ; 2 hommes tués : les voltigeurs Constant et Goumy ; 5 grièvement blessés qui succombèrent à leurs blessures : le grenadier Le Rousic, les fusiliers Mollé, Manach, Masséguin et Pennors ; 17 blessés au nombre desquels le sergent-major Pépin Malherbe plus tard officier.

Sont cités dans le rapport du général Forey :
De Longueville, chef de bataillon blessé, a enlevé son bataillon avec une énergie extrême
De Musset, capitaine adjudant major a eu son cheval tué d'un coup de baïonnette
Trinité capitaine
Gobillard, lieutenant, nommé capitaine depuis, a été amputé d'un bras
Simonnet, lieutenant
Lanthelme, médecin major a fait preuve d'un grand courage en pansant les blessés sous le feu de l en nemi
Chanteur, sergent
Vicensini, sergent fourrier
Pépin Malherbe, sergent major
Louviot, sergent fourrier
Gonnord fusilier, a enlevé un fanion à l'ennemi
Maingon caporal a enlevé un fanion à l'ennemi
Dupuis sergent, a lutté corps à corps avec l'ennemi
Canard, fusilier, a sauvé son lieutenant qui allait se noyer dans l'Atoyac


Historique des régiments de tirailleurs algériens

Il était un peu plus de cinq heures quand fut donné le signal de l'assaut. La colonne entière ayant à sa tête le général baron Nègre se précipita sur les ouvrages ennemis : huit cents mètres l'en séparaient encore, huit cents mètres sur un terrain n'offrant pas le moindre abri et battu de tous côtés par les feux de la défense.
Bouillants d'impatience, heureux de pouvoir enfin respirer la fumée enivrante de la poudre, de se jeter dans le tourbillon effréné d'une lutte où leur arme favorite, la baïonnette, allait avoir la plus brillante part, les Tirailleurs algériens s'étaient élancés avec une irrésistible ardeur. D'un bond héroïque ils se trouvèrent sur San Lorenzo.
Le capitaine Estelle était en tête avec sa compagnie ; sous le feu le plus violent, il escalada les épaulements, franchit la première enceinte, déborda une partie des pièces ennemies et pénétra dans le village où tout le bataillon se trouva alors engagé dans de petits combats partiels dans lesquels l'ennemi opposa une vigoureuse résistance. Mais chassés de leurs fortifications, menacés sur leur droite par le bataillon du 51e et le mouvement tournant de la cavalerie, culbutés sur leur gauche par les zouaves, dont quelques compagnies se trouvaient maintenant confondues avec celles de Tirailleurs algériens, les Mexicains commencèrent à se retirer afin de gagner avant l'assaillant la seule ligne de retraite qu'ils possédassent sur l'Atoyac. Déjà le convoi de ravitaillement avait repassé cette rivière et rétrogradait précipitamment sur la route de Tlaxala.
Dans ce court mais brillant épisode, deux Tirailleurs du 3e régiment, les nommés Hamed ben Myoub et Khenil ben Ali, s'étaient emparés de deux drapeaux mexicains, en les arrachant des mains de leurs porteurs. Il ne restait plus que l'église où s'était retranché un bataillon de zapadorès. Ici la défense fut opiniâtre ; accueillies par une fusillade des plus meurtrières, les premières compagnies qui abordèrent la position durent s'arrêter un instant pour se reformer ; mais bientôt une compagnie de zouaves étant parvenue à se frayer un passage, l'ennemi craignit d'être cerné et se retira.

Dans la journée du 8 mai, les pertes totales du bataillon de Tirailleurs s'élevaient à deux officiers blessés : M le commandant Cottret du 3e régiment et M le sous-lieutenant Lopez du 2e ; à cinq hommes tués et treize autres blessés.

Sont cités dans le rapport du général Forey :
Cottret, chef de bataillon blessé
Alzon, capitaine adjudant major
Bézard, capitaine grièvement blessé en abordant San Lorenzo à la tête de sa compagnie
Estelle, capitaine d'une rare bravoure. A entrainé tout le bataillon par l'exemple de sa compagnie
Loppès sous lieutenant blessé grièvement mort depuis
Mohamed Bounep, lieutenant
Bouguès, lieutenant
Beak, medecin aide major
Ahmed ben Mijoub, tirailleur A pris un drapeau
Khenil ben Ali, tirailleur A pris un drapeau
Ali ben Djilali, clairon. A entraîné sa compagnie en sonnant la charge sous un feu violent
Boudjema ben Aouncin, caporal. A pris un fanion .
Mohamed ben Hassein, tirailleur. A pris un fanion
Salem ben Guibi, tirailleur. A pris un fanion
Barka ben Mohad tirailleur. A pris un fanion
Ducreux sergent major
Mohamed ben Choumy. A fait mettre bas les armes à cinq Mexicains

Général Neigre
Promu Grand Officier de la Légion d'Honneur
"A puissament contribué au succès par son activité, son intelligence et sa bravoure
ne s'est arrêté devant aucun obstacle, aucun danger"

Capitaine Estelle
Bataillon de tirailleurs algériens
Chevalier de la Légion d'honneur
"s'est admirablement conduit et a donné aux troupes le plus bel exemple"


Historique de l'artillerie de la Garde

Le 7 mai au soir, la batterie quitte les travaux du siège pour mercher avec les troupes emmenées par le général Bazaine, au devant d'une colonne mexicaine de secours.
Le 8 au point du jour, on rencontra l'ennemi, qui s'était retranché dans le village de San Lorenzo. Du côté du sud, par où nous arrivions, une ligne continue d'épaulements, garnis d'artillerie, formait une sorte de grande reodute, ouverte à la gorge et ayant pour réduits l'église de San Lorenzo.

Première mise en batterie : En arrivant en vue de cette position , la betterie reçoit l'ordre du chef d'escadron de Lajaille, chef d'état major de l'artillerie qui commandait l'artillerie de la colonne, de se placer derrièer un bataillon du 3e Zouaves. Arrivée à environ 1300 metres de San Lorenzo, la betterie se place à intervalles serrés, entre deux colonnes de zouaves, qui, appuyant respectivement à droite et à gauche, lui permettent de prendre des intervalles de 80 mètres, et de se mettre en batterie en arrivant à 900 mètres de l'église.
Le feu commence au commandement du Capitaine, et lorsqu'il est réglé suffisamment, est continué à volonté ; à cette position, le servant Barier est blessé d'un éclat d'obus à l'épaule et deux chevaux sont tués. La batterie dirige son tire sur une batterie de 8 pièces, placée derrière un revêtement de terre, dont le feu se ralentit dès lors considérablement.

Deuxième mise en batterie et poursuite : Lorsque les colonnes d'infanteries, lancées sur la gauche, parviennent dans le village, la batterie se porte de 450 metres en avant, et lance quelques obus par-dessus la batterie ennemeie sur les colonnes battant en retraite : elle ne reste que peu de temps dans cette position.
La section de gauche prend à gauche, celle du centre traverse le village, et celle de droite le laisse à sa gauche. Le but de ce mouvmenet est de croiser le feu des batteries sur l'ennemi en retraite et de le couvrir de mitraille au passage du gué de l'Atoyac. Mais la retraite de l'ennemi est si précipitée et la poursuite de notre infanterie si vive, qu'ils arrivent ensemble sur l'Atoyac, et que l'on ne peut, sans danger pour nos troupes, inquiéter par le canon la retraite de l'ennemi.

Sont cités dans le rapport du général Forey :
De La Jaille, chef d'escadron, qui a dirigé le feu de l'artillerie avec un succès complet et a fait preuve de bravoure et de calme là comme en toutes circonstances
De Vaudrey, capitaine commandant la batterie de la Garde dont le feu a promptement fait taire la batterie ennemie de huit pièces qui est tombée entre nos mains
Berge, capitaine
Gaertner lieutenant
Cèbe, maréchal des logis
Cahuzac maréchal des logis
Mouzin canonnier conducteur
Barier canonnier

Lieutenant Gaertner
Fait chevalier de la Légion d'Honneur
"Officier d'un entrain admirable
A pris une part aussi active que brillante à l'affaire"

Marechal des logis Cahuzac
Reçoit la médaille militaire"A dirigé le tir de sa pièce avec un
sang froid et une justesse admirables"

Lieutenant Brunet
Liuetenent en second dans la batterie d'artillerie de la garde

Capitaine Clairin
Capitaine en second
Nommé officier de la Légion d'honneur le 14/8/1863
"Sait obtenir de grands efforts de ses soldats dans les moments difficiles"

 

Capitaine Berge
Etat major de l'artillerie
Officier de la Légion d'honneur
"A donné une nouvelle preuve des
remarquables qualités qui le distinguent"

Commandant de Lajaille
Chef d'état major de l'artillerie
"A dirigé le feu de l'artillerie avec un succès complet
A fait preuve de bravoure et de calme comme en toutes circonstances"

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