La défense de la position du Point du Jour (18/8/1870)

Brigade Jolivet (76e et 77e RI)

Le 16/6/1870 a lieu la bataille de Rezonville / Mars la Tour qui voit l'armée française pourtant en supériorité numérique, incapable de bousculer les corps prussiens lui bloquant la route de Verdun. Deux jours plus tard, l'armée Prussienne regroupée attaque les troupes française qui défendent les lignes de Saint Privat à Rozerieulles. Lors de la bataille, les 2e et 3e corps d'armée (Frossard et Leboeuf) défendent l'aile gauche française derrière le ravin de la Mance sur les position préparées autour de la ferme de Saint Hubert et du Point du jour. Les troupes résistent toute la journée et infligent des pertes importantes aux prussiens. Mais faute d'agressivité suffisante qui aurait pu permettre de contre attaquer l'aile droite des Prussiens et surtout en raison de la victoire des Prussiens et Bavarois sur leur aîle gauche, l'armée doit retraiter à Metz, ce qui scellera finalement sa perte.

La bataille qui se déroule sur ces positions témoignent de la solidité du troupier français et de la supériorité de son armement individuel. Lors du combat, se distingue particulièrement la brigade du général Jollivet formée des 76e et 77e régiments d'infanterie.

 

Rapport du général Jolivet

Le 18, à 9 h. 30 du matin, la brigade fut mise en position défensive sur la route de Metz à Verdun, vis-à-vis les plateaux faisant face à Rezonville, sa droite appuyée à l'embranchement de l'ancienne et de la nouvelle route, et à quelque distance d'une ferme occupée par les chasseurs à pied, près de laquelle une batterie d'artillerie avait été établie. Le 76e était en réserve et avait envoyé sur cette droite quelques compagnies pour renforcer les grand'gardes. Le 77e formait la gauche, vis-à-vis les bois occupés par les Prussiens, sur une étendue d'environ 1800 mètres en arrière des retranchements formés par les déblais des fossés de la route. Les hommes s'y firent de petites embuscades, derrière lesquelles ils étaient bien défilés. Entre le front de ces régiments et les bois se trouvaient des carrières dont les talus étaient extrêmement rapides, surtout du côté de l'ennemi. L'une de ces carrières était occupée par un bataillon prussien. A midi, de fortes colonnes sortaient du bois pour se porter, non sur notre front, mais du côté de la route de Conflans passant derrière le village de Gravelotte et paraissant vouloir faire un mouvement tournant vers la droite de l'armée, dans la direction occupée par le 3e corps. De nombreuses vedettes ennemies sortaient du bois, parcouraient le plateau, sans doute pour signaler nos mouvements. La batterie d'artillerie divisionnaire commença alors une forte canonnade sur les troupes qui étaient en arrière de Gravelotte. Je ne crois pas que cette canonnade ait produit beaucoup d'effet.

A ce moment, l'ennemi paraissait plus nombreux et, derrière les tirailleurs prussiens, postés dans les bois et dans les carrières, on vit sortir une forte colonne d'infanterie qui s'arrêta à 150 mètres environ en avant du bois, derrière un pli de terrain qui les garantissait à peu près de nos projectiles. Nos hommes, bien embusqués, ne bougèrent pas et répondirent à leur feu. J'ordonnai alors aux deux bataillons du 76e qui formaient ma réserve de se placer sur la ligne des avant-postes, leur droite appuyée au bataillon de chasseurs qui occupait la maison. Mais l'ennemi était trop près de nous pour ne pas chercher à le débusquer (le 76e). Comprenant l'importance de la position, je donnai l'ordre au commandant de Brauneck, du 76e, dont le bataillon était placé vis-à-vis des carrières, de se lancer en avant et de tâcher de séparer le bataillon qui se tenait dans les carrières du reste de la colonne qui se trouvait vis-à-vis du bois. Ce mouvement eut un plein succès, détermina la retraite de la colonne prussienne dans le bois, et le bataillon qui s'était imprudemment engagé dans les carrières fut presque entièrement anéanti. Cette position avancée fut maintenue jusqu'à la fin de la journée. L'ennemi, qui avait établi deux batteries au coin du bois et sur la route de Conflans, nous envoyait des obus pour tâcher de désorganiser notre ligne; ces obus nous firent peu de mal. Pendant l'action de la gauche, une vive canonnade avait lieu vers la droite; une batterie divisionnaire, placée à la droite de la ferme occupée par les chasseurs à pied, était démontée et la maison incendiée un moment après. Les hommes qui l'occupaient purent en sortir sans accident. Quelques-uns d'entre eux furent blessés par des éclats de pierres ou d'obus. La batterie de mitrailleuses, qui était venue remplacer la batterie divisionnaire, n'était pas placée dans une position avantageuse et dut se retirer sous le canon ennemi, dont les boulets ne cessaient de tomber aux environs de la ferme. La ligne se trouva ainsi dégarnie d'artillerie et celle de l'ennemi resta en position et continua ses feux jusqu'à la fin de la journée.

Vers 6 heures, la colonne ennemie, qui avait été refoulée dans les bois, n'en sortait plus et se contentait de tirer de la lisière; mais à droite, une forte colonne d'infanterie s'avançait dans la direction de la ferme et paraissait vouloir forcer notre ligne. Elle marchait avec le plus grand ordre et sans tirer. A environ 700 ou 800 mètres, j'allais faire exécuter des feux de de peloton, lorsque plusieurs officiers et un grand nombre d'hommes vinrent me dire que c'étaient des chasseurs à pied du 3e corps qui se rabattaient sur nous après avoir refoulé les régiments ennemis. Je fis alors suspendre le feu sur toute la ligne. Mais, apercevant un drapeau prussien au milieu d'un des régiments, je reconnus l'erreur et fis immédiatement exécuter des feux à commandement qui produisirent un effet terrible, car la colonne ennemie se trouvait à environ 300 mètres de nous. Elle fut obligée de battre tout de suite en retraite dans la direction de Gravelotte. Je ne crus pas devoir la faire poursuivre, ayant reçu l'ordre de me tenir continuellement dans une position défensive. Jusqu'à 9 heures, la fusillade continua, mais à grande distance et sans qu'il y eut beaucoup de blessés de notre côté. Pendant l'action, plusieurs régiments avaient été envoyés pour nous soutenir. Les uns furent employés à renforcer la ligne, les autres placés en réserve. Le nombre de ces régiments envoyés comme soutien était bien trop élevé et n'a servi, pendant quelque temps, qu'à amener une confusion qui aurait pu nous être fatale, car plusieurs corps arrivant à la nuit sur le théâtre de l'action, ont commencé à tirer bien avant qu'ils fussent sur la ligne de défense, et j'ai eu ainsi plusieurs hommes atteints par des balles françaises. La nuit fut assez calme. Les Prussiens, avec des lanternes, en profitèrent pour ramasser leurs morts.


Rapport du Colonel Brice (76e RI)

Pierre François Alphonse Brice

Né le 18/4/1820 à Longuyon, élève Saint Cyr (1838), Brice s'est distingué en Crimée où il a été cité le 8/6/1855 à l'attaque du mamelon vert et a été blessé à l'oeil droit et à la joue.

Colonel du 76e régiment d'infanterie le 22/12/1868, il le conduit au feu en 1870.
 
Il est engagé à la bataille de Spicheren (défense de Stiring), de Gravelotte (combat au bois des Ognons et au bois de St Arnould), à Saint Privat (où il défend la position du Point du Jour) et au siège de Metz.
 
Promu officier de la Légion d'Honneur le lendemain de la bataille de Gravelotte (19/8/1870), il est capturé à la capitulation de Metz et il ne revient en France que le 23/3/1871. Après la guerre, il est promu commandeur de la Légion d'Honneur le 24/6/1871.

Général de Brigade le 15/3/1877, il prend le commandement de l'école du Prytannée militaire, poste qu'il conserve jusqu'à son passage au cadre de réserve en octobre 1879.

Il est mort le 20/6/1893.

 

Photo le jeune (Paris)

 

       

Le 18, dès 4 heures du matin, les grand'gardes commencèrent à tirailler et prévinrent que des forces considérables défilaient devant elles. C'était, en effet, l'armée prussienne tout entière qui, n'ayant pas considéré la journée du 16 comme décisive, avait résolu de nous attaquer de nouveau. A cet effet, l'ennemi avait réuni, par des marches convergentes, huit corps d'armée présentant un effectif de 230,000 hommes et se portait avec ces masses à l'attaque de nos positions défendues par environ 125,000 combattants.

A 8 h. 30, nos grand'gardes sont obligées de reculer et de venir s'appuyer sur les régiments de la lre brigade (Valazé).

A 11 heures, la canonnade commence; le 76e reçoit l'ordre de se porter en avant; le Ier bataillon, avec le 77e de ligne, s'établit le long des fossés de la route de Verdun, à la gauche des maisons du Point-du-Jour; les excavations de ces fossés sont pour nos troupes une tranchée toute faite. Le IIe et le IIIe bataillon sont placés en réserve, un peu en arrière, dans le pli du terrain formé par le ravin qui descend vers Rozérieulles. Devant nous, de l'autre côté du ravin, le terrain est nu et forme une espèce de glacis de près d'un kilomètre de largeur, qui remonte en pente douce vers les bois de Vaux et de Gravelotte, alors occupés par l'ennemi. Au milieu de ce terrain se trouvent des carrières dans lesquelles l'ennemi avait envoyé quelques tirailleurs. Vers 3 h. 30, le 33e régiment prussien, sortant des bois, parut vouloir occuper ces carrières et menacer notre gauche. Une charge vigoureuse à la baïonnette, conduite par le commandant de Brauneck, qui montra dans cette circonstance la plus grande énergie, et exécutée par une partie du 1er bataillon, les força à reculer. Ils abandonnèrent dans les carrières un assez grand nombre des leurs, qui furent tous massacrés ou faits prisonniers par nos soldats. Dès le commencement de ce mouvement, le IIe bataillon avait reçu l'ordre de se porter en avant, ne laissant en réserve que le IIIe bataillon, qui vint s'établir, en dernière ligne, derrière la gauche de la position.

  

Emery Nicolas Felix Bourlet

Né le 22/4/1825 à Clamecy. Fils d'un avocat, il est saint cyrien de la promotion d'Isly (1843-1845) et sort officier au 9e régiment d'infanterie légère (120e sur 274 élèves). Il est nommé Lieutenant le 25/6/1849, puis Capitaine le 15/1/1854.

En 1855, les régiment léger sont supprimés et le 9e léger et renommé en 84e régiment d'infanterie. A cette date, Bourlet est capitaine adjudant major, détaché comme commissaire au tribunal militaire de Lyon. Bourlet rejoint son régiment en Crimée en septembre 1855 et y reste jusqu'au 26/8/1856.
Au retour de crimée, Bourlet est nommé substitut au tribunal militaire à Paris. Il accompagne ensuite son régiment durant la campagne d'Italie. Le 84e RI est attaché au 1er corps d'armée et participe aux batailles de Montebello, Mélégnano et Solférino. Bourlet y recoit la médaille d'Italie et la croix de la valeur militaire sarde.

Chef de bataillon le 12/8/1862, il est major du 88e RI et reçoit la croix de la légion d'honneur en 1863. Il obtient de passer au 2e régiment des voltigeurs de la Garde vers 1867. C'est dans cette fonction qu'est pris le cliché ci contre.

Il est nommé Lieutenant colonel au 76e RI le 27/2/1869 et participe aux combats devant Metz où le régiment subit de lourdes pertes. Capturé à la capitulation de Metz, il revient en France dans son même poste en 1871. Il ne figure plus dans l'annuaire de 1874

Photo Mulnier (Paris)

Pendant toute la journée, nos feux de mousqueterie et celui des mitrailleuses arrêtèrent les colonnes ennemies, qui ne purent déboucher du bois de Vaux et du ravin de Gravelotte. A la tombée de la nuit, l'ennemi tenta un dernier effort; une forte colonne, profitant de l'obscurité, s'approcha de nous, vers notre droite; il y eut d'abord de l'hésitation à reconnaître que c'était l'ennemi; mais, dès qu'on put le distinguer, un feu violent de mousqueterie l'accueillit à 400 mètres et dut lui causer des pertes considérables, car on ne le revit plus. Vers 9 h. 30, alors que la nuit était complètement venue, une tentative semblable se produisit devant le front du 77e de ligne et vers la gauche du 76e ; il s'ensuivit une fusillade très vive qui ne s'éteignit complètement que vers 10 h. 30. La brigade Jolivet reçut l'ordre de passer la nuit sur les positions qu'elle occupait, pendant que la lre brigade descendait dans le ravin pour y établir son bivouac. On essaya d'établir une grand'garde du 76e dans la ferme de Moscou, mais l'incendiequi, pendant toute la journée, avait dévoré ses bâtiments, éclairait encore de ses sinistres lueurs le terrain environnant, de sorte que nos soldats furent aperçus par l'ennemi, qui se mit aussitôt à tirailler et les força de se retirer.

En résumé la journée du 18 fut glorieuse pour le 2e corps, qui vit échouer devant sa résistance énergique et calme toutes les entreprises de la Ire armée prussienne contre son importante position du Point-du-Jour. Dans cette grande lutte, où l'armée française avait combattu en si forte disproportion numérique, presque un contre deux, les pertes des Allemands furent énormes; les nôtres furent relativement peu considérables. Pour le 76e, elles s'élevèrent à 5 otficiers et 46 hommes tués, blessés ou disparus. MM. Caillot, capitaine adjudant-major, blessé; Biset, capitaine, contusionné; Piedanna, lieutenant, contusionné; Crouan, lieutenant,blessé; Malick, sous-lieutenant, contusionné. En outre furent cités à l'ordre du jour de l'armée du Rhin, pour leur conduite dans cette journée: MM. de Brauneck, chef de bataillon; Ferey, capitaine.

Jean Marie Caillot,

Né le 2/6/29 à Lyon, Caillot est ancien de Saint Cyr. Il est nommé Sous lieutenant au 1er régiment d'infanterie légère en 1851, devenu le 76e RI en 1855.

Caillot est promu Capitaine le 24/5/1859 quelques jours après son entrée en campagne en Italie et participe à la bataille de Solférino. Il reçoit la médaille d'Italie et la croix de la valeur militaire de Sardaigne suite à la campagne.

Encore présent au régiment en 1870 comme adjudant major du 1er bataillon, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur le 19/8/1870 pour son action à la bataille de Spicheren.

Lors de la bataille de Rezonville, le 16 aout, il a l'occasion de sauver le drapeau du régiment en ordonnant au porte drapeau de reculer de sa position du bois de Saint Arnould, exposé à l'attaque prussienne.

Caillot est ensuite blessé d'un coup de feu à la face lors de la bataille de Saint Privat le 18/8/70, alors que son bataillon défend la position du point du jour, le long de la route de Verdun et repousse à plusieurs reprises les assauts prussiens, organisant même une charge à la baïonnete qui repousse le 33e régiment ennemi.

Il finit sa carrière comme Colonel du 66 RI (photo ci contre), officier de la Légion d'Honneur le 28/12/1888. Il quitte le service actif en 1889 et il est mort le 25/2/1907.

Photo Buguet (Tours)

  

 

 


Rapport du Colonel Février (77e RI)

       

Colonel Fevrier

Né le 21/10/1823 à Grenoble, victor louis Fevrier est saint cyrien.

Chef de bataillon le 10/3/1856, il a commandé un bataillon des zouaves de la Garde durant la campagne d'Italie. Il y a été blessé.

Victor Fevrier fera une carrière exceptionnelle dans l'armée, s'illustrant héroïquement au feu en 1870 et terminant au sommet de la hiérarchie militaire sous la Troisième République.

Lors de la bataille de Gravelotte, il est blessé par une balle entrée dans la partie postérieure droite du cou et sortie à la joue en brisant l’os molaire.

Une page spéciale lui est consacrée.

 

Dans la matinée du 18, on vit l'ennemi s'avancer en masses profondes, vers Saint-Privat, Amanvillers et Saint-Hubert; on prit presque aussitôt les dispositions nécessaires pour les recevoir. Le IIIe bataillon, qui avait été placé en grand'garde pendant la journée de la veille, se porta en réserve sur les crêtes en arrière de la route, surveillant la gauche de la ligne et fut remplacé par les Ier et IIe bataillons, qui occupaient l'espace compris entre la ferme Saint-Hubert et les hauteurs de Jussy, la gauche dans la direction de Rozérieulles; ces bataillons, établis dans les fossés de la route, eurent à supporter toute la journée une vive fusillade dans laquelle des bandes de tirailleurs prussiens, embusqués dans la forêt de Vaux et masqués aux nôtres par un pli de terrain, nous tuèrent ou blessèrent un assez grand nombre d'hommes; le Ille bataillon envoya dans l'après-midi quatre compagnies qui s'établirent à la gauche du IIe bataillon. Une compagnie du Ille bataillon (M. Girons, capitaine) avait été placée en grand'garde en avant de notre ligne dans une carrière qui se trouvait à environ 100 mètres du bois de Vaux occupé par l'ennemi. Vers midi, cette compagnie fut vivement attaquée; elle soutint le feu de l'ennemi pendant plus de trois heures, lui faisant éprouver des pertes sensibles; elle fut obligée de faire renouveler ses cartouches; cependant l'ennemi s'avançait toujours, gagnant du terrain en avant, sur la droite et sur la gauche, en s'abritant derrière les nombreux obstacles qui se trouvaient sur son chemin. Vers 4 h. 30, le commandant de la compagnie, menacé d'être enveloppé, fit mettre la baïonnette et sonner la charge; ce mouvement appuyé vigoureusement par les 1er et 2e compagnies du Ier bataillon qui s'étaient portées bravement en avant en entendant la charge eut un plein succès; l'ennemi fort de 300 hommes au moins se retira précipitamment de la carrière en laissant entre nos mains plusieurs prisonniers non blessés. Quelque temps avant, vers 3 heures de l'après-midi, le commandant du régiment, colonel Février, avait été grièvement blessé.

Dans la soirée, les Prussiens tentèrent à plusieurs reprises de déboucher en force des bois qui leur servaient d'abri, mais chaque fois, accueillis par un feu bien dirigé, ils durent battre en retraite; ceux d'entre eux qui réussirent à s'approcher de nos lignes furent vivement chargés à la baïonnette et laissèrent le terrain jonché de leurs morts. Vers 9 heures du soir, le reste du IIe bataillon fut appelé pour soutenir notre gauche; à ce moment les Prussiens réitérèrent leur tentative, et à la faveur de l'obscurité arrivèrent jusqu'à une très faible distance de la route, dans les fossés de laquelle était établi le IIIe bataillon (commandant Lemontagner). La fusillade s'engagea presque à bout portant, et l'ennemi décimé dut encore une fois abandonner le terrain et rentrer précipitamment dans le bois de Vaux. Tous les efforts de l'ennemi sur notre gauche avaient ainsi complètement échoué, grâce à la vigoureuse défense de la lre division.

Ce ne fut que plus tard que nous pûmes nous rendre un compte exact du plan de l'ennemi, plan qui, s'il eût réussi, ne tendait à rien moins qu'à nous couper entièrement la retraite sur Metz et nous rejeter sur le gros de l'armée ennemie; le meilleur garant de la ténacité de la défense de la gauche française est l'état-major prussien lui-même qui dit en propres termes dans son rapport sur la journée du 18: « Tous les efforts de notre droite vinrent se briser contre des tranchées-abris admirablement défendues. » (On avait à la hâte exhaussé les talus bordant la route et c'est ce qui explique le mot tranchées-abris dont se sert le rapport allemand.)

Dans cette bataille meurtrière où l'artillerie, comme toujours, joua le premier rôle, où le régiment sut encore conserver ses positions, M. Février, colonel, fut grièvement blessé; M. Boucherot, sous-lieutenant, également blessé; 190 (1) sous-officiers, caporaux et soldats, tués, blessés et disparus.

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