Les charges de Sedan (1/9/1870)

 

Initialement constituée pour secourir l'armée Bazaine assiégée à Metz, l'armée de Chalons se retrouve elle même encerclée à Sedan et doit capituler le 1/9/1870, entrainant la chute de l'Empire.

Une dernière, bien qu'inutile page de gloire s'ouvre durant cette journée pour la cavalerie française qui, à deux reprises, tente dans des charges désesperées de retourner la situation, ou au moins de sauver l'honneur.

C'est la division du général Margueritte qui va s'illustrer. Elle est composée des trois régiments de chasseurs d'Afrique (1er, 3e et 4e), du 6e régiment de chasseurs et du premier régiment de Hussards. Margueritte est épaulé par deux généraux de brigade : de Galliffet et Tillard.

Cette division est décimée lors de deux charges, qui sont à l'origine du fameux mot du futur empereur Guillaume qui y assista : "Ah les braves gens !".

 

La charge du matin

A 8h30 du matin, une première charge est décidée devant le village d'Illy. Elle est d'abord conduite par le 3e régiment de chasseurs d'Afrique, dirigé par le général de Gallifet. Le terrain, qui n'a pas été reconnu, descend en pente sur 300 metres jusqu'au ruisseau et au chemin d'Illy, puis remonte sur les positions occupées par l'ennemi.

A 300 mètres du chemin, la charge commence, mais elle est stoppée, arrivée sur le chemin, par un talus à pic et surtout le feu de l'ennemi. Les tirailleurs prussiens tirent à bout portant, bien abrités par la rampe, les buissons et les arbres en bordure. L'alignement français se rompt, chacun cherchant un passage pour joindre l'ennemi par la gauche, vers le ruisseau. Le régiment parvient à franchir l'obstacle, mais l'élan est brisé et l'action devient presque individuelle. L'ennemi s'est organisé, les deux compagnies surprises par la charge se sont ralliées par groupes, formant une sorte de carré d'une quarantaine d'hommes et de deux ou trois paquets de tirailleurs. Ils sont soutenus par le feu des autres compagnies prussiennes regroupées en haut du terrain, de l'autre côté du chemin.

   

Albert Charles Elisée Leclerc

 

Saint Cyrien de la promotion de l'Indoustan (1857-1859), il est nommé Sous lieutenant le 1/10/1859 au 3e régiment de Chasseurs d'Afrique.Il porte ici la tenue des sous lieutenants d'instruction de Saumur.

Promu Lieutenant, le 4/3/1868, il est lieutenant en premier au 3e escadron lorsqu'éclate la guerre de 1870.

Le 1/9/1870, à Sedan, il participe à la première charge du régiment sur le calvaire d'Illy. "A 150 metres, sur le chemin avant la pente, le lieutenant Leclerc a été blessé. Il vacille et ralentit. Un instant après son cheval, tué raide, fait panache. Un chasseur, Dallet, sans souci du danger, met pied à terre. Il relève son lieutenant tout étourdi et le soutient. Une balle frappe alors Leclerc dans la région du coeur et le tue sur le coup. C'était le premier officier tué de la division dans cette journée sanglante. Leclerc atteint mortellement dans les bras d'un de ses chasseurs, donne la véritable idée de cette affection et de cette discipline spéciales, toutes de dévouement et de respectieuse intimité, qui unissait alors dans les régiments de cavalerie les hommes à leurs supérieurs. C'était le résultat des soins et de l'affection que les officiers témoignaient journellement à leurs cavaliers. (R de Mandres, la division Margueritte à Sedan)"

Photo le Roch (Saumur)

Ferdinand André Joseph Aubel

 

Il est né le 30/11/1844 à Pommiers dans l'Indre.

Il est maréchal de logis le 1/9/1870 lors de la bataille de Sedan et s'illustre lors de la charge du matin sur Illy. Désorganisé après la traversée d'une route encaissée et du ruisseau d'Illy, son escadron se disperse au milieu de petits essaims d'infanterie prussienne : "L'escadron de Linage rallie le colonel et arrive pêle mêle derrière l'état major sur un groupe d'une cinquantaine d'allemands formant une sorte de carré ; au centre un jeune officier armé d'une carabine ; aux angles et sur les faces quelques tirailleurs, vieux soldats, hommes de choix à coup sûr, genou à terre, visant avec soin nos officiers ; un sergent à la barbe rouge debout à l'angle vise le groupe d'officiers qui arrive sur lui et le sous lieutenant Jardel est tué raide d'une balle à la poitrine ; son cheval bai s'enfuit, le manteau flottants sur les fontes. Le feu ne cesse pas, le lieutenant Renaud  tombe à son tour, tué aussi d'une balle à la poitrine ; enfin, avec le lieutenant de Pierres, quelques vigoureux chasseurs pénètrent dans le carré avec le maréchal des logis Aubel. Les Allemands ébranlés lèvent la crosse en l'air."  (R. de Mandres "la division Marguerite à Sedan").

Blessé d'une balle à la cuisse gauche, il est capturé le 4/9/1870, mais il s'évade en octobre

Il est mort en 1922.

 

Photo Chazal (Constantine)

  

    

Jean Paul Gravier de Vergennes

Né le 14/12/1842, il est engagé volontaire au 8e lanciers. Alors qu'il est maréchal des logis, il est envoyé à Saumur. C'est dans cette ville qu'il est photographié, dans la tenue du 8e lanciers.

Le 25/12/1867, il est promu Sous Lieutenant et rejoint le 3e régiment de chasseurs d'Afrique par permutation le 4/3/1868.

En 1870, il sert au 3e escadron du régiment.

Il est tué à Sedan le 1/9/1870 lors de la première charge du régiment. "Au centre du régiment, où le passage du chemin a été relativement facile, le 3e escadron, conduit par le capitaine Rapp, a vite accusé son mouvement en avant. Après avoir passé le ruisseau le premier, il arrive au milieu des Allemands. Le sous lieutenant de Vergennes, à 40 metres après le chemin, est tombé mort atteint de plusiers balles. (Rozat de Mandres)"

 

Photo le Roch (Saumur)

Georges Joseph Daustel

Né le 5/6/1846 à Strasbourg, ce jeune Saint Cyrien de la promotion de 1866 est Sous Lieutenant depuis octobre 1866.

Officier servant au 3e escadron du 3e régiment de chasseurs d'Afrique, il s'illustre lors des charges du matin à Sedan :

"Le capitaine Rapp et le seul officier qui lui reste, le lieutenant Daustel, n'ont plus derrière eux qu'une sorte de ligne de fourrageurs, chacun courant à l'homme ou au groupe qu'il veut atteindre sur son chemin ; le batteries sont encore loin, bien loin ; le feu de mousqueterie continue ses ravages et les rangs s'eclaircissent dans les deux groupes qui galopent encore, gravissant le coteau, mais ne voyant plus leur objectif. [...] A droite, Daustel se dirige sur une batterie nouvelle qui vient s'établir à cheval sur la route qui va de Fleigneux à Illy, à 400 metres au NE de la cote 264, sous la protection des compagnies du 82e. Les hommes sont décimés, ils tombent les uns après les autres. [...] Derrière Daustel, il n'y a plus qu'une vingtaine de chasseurs ; à 300 m environ de la nouvelle batterie, il se retourne et voit les escadrons déjà rendus au ralliement ; il appelle alors à lui les cavaliers épars et désorientés : 40 ou 50 hommes répondent à sa voix, se forment en groupe autour de lui, et il revient sur les Prussiens pour s'ouvrir un passage. Il les charges ; leur feu, dont ils lui font tout l'honneur est très violent ; la petite troupe est bien réduite ; elle atteint enfin les vergers d'Illy, y retrouve le Lieutenant Colonel de Ligniers et quelques chasseurs, aborde le chemin par la route du lavoir et le franchit. Daustel ramène enfin une vingtaine d'hommes au ralliement où il arrive le dernier. Dans cette terrible journée, cet officier s'est montré l'un des plus vaillant." (Rozat de Mandres)."

Fait prisonnier après la bataille, Daustel est décoré de la Légion d'Honneur en juin 1871. Il finit sa carrière comme Colonel du 6e régiment de chasseurs d'Afrique.

Photo le Roch (Saumur)

    

 

Appuyant le 3e chasseurs d'Afrique, le 1er régiment de la même arme le suit à 100 mètres de distance. Ayant constaté les déboires de leurs prédecesseurs, les hommes recoivent l'ordre de faire demi tour, seul un escadron continue l'attaque, n'ayant pas entendu l'ordre.

     

Raymond Marie Louis de Bancarel

Né le 7/10/1832 à Rodez, de Bancarel est saint cyrien de la promotion de l'Aigle (1851-1853). Promu Capitaine le 20/1/1866, il passe au 1er régiment de Chasseurs d'Afrique en janvier 1866. Il sert alors en Algérie jusqu'en 1870. A la déclaration de guerre, il est capitaine commandant le 6e escadron du 1er régiment de chasseurs d'Afrique et le 1/9/1870, il dirige son escadron lors des fameuses charges de Sedan.

Le matin lors de la première charge sur Illy, sa troupe est séparée du reste du régiment qui doit faire demi tour devant l'escarpement de la route. Il suit le 3e chasseurs d'Afrique qui a ouvert la charge :  "Le terrain gazonné que de Bancarel a devant lui est presque plat. C'est un sol de choix pour une charge en fourrageurs ; les quelques tirailleurs prussiens qu'il rencontre sont bousculés et rompus, l'escadron fait un rapide parcours et revient au ralliement. De Bancarel fait faire aussitôt après l'appel : il a perdu neuf hommes parmis lesquels le dernier frappé est un des plus beaux chasseurs, un des des plus vigoureux, le porte fanion de l'escadron Pagès qui venait de percer de part en part deux Prussiens. Pegès avait reçu une balle à la tempe."  (R. de Mandres "la division Marguerite à Sedan").

Durant l'après midi, à Floing, son cheval est tué lors du ralliement de l'escadron après les charges. Fait prisonnier, il ne rentre en France que le 18/4/1871. Bancarel est décoré de la croix de chevalier de la Légion d'Honneur le 9/6/1871.

Après la guerre, il continue à servir au 1er regiment de chasseurs d'Afrique jusqu'à sa mort le 13/10/1875.

Photo Crémière et Hanfstaengl

 

Enfin, le 4e régiment de chasseurs d'Afrique est le dernier à charger. Seul son troisième escadron parvient à franchir le ruisseau et à pousser vers des batteries prussiennes déployées en haut de la pente de l'autre côté, mais ses hommes sont décimés et l'escadron doit faire demi tour.

Claude Antoine de Lascous

 

Né le 9/11/1835 à Trelissac (Dordogne). Engagé il est promu Sous Lieutenant le 13/8/1865.

Le 8 mars 1867, il part en Algérie et est muté au 4e régiment de chasseurs d'Afrique. Il porte ici le dolman de 1862, avec les brandebourgs adhérents, ainsi que le cordon fourragère, qui n'est pas mentionné dans la tenue reglementaire.

Lors de la guerre de 70, le régiment se retrouve à Sedan et participe aux premières charges de la journée sur Illy, charge malheureuse, arrétée par un ruisseau infranchissable : "Quand la tête de colonne commandée par le commandant de Vernon, ayant très facilement dépassé le chemin, arrive à 30 metres de la berge du ruisseau, les Prussiens qu'on n'y soupçonnait pas, ouvrent leur feu par une salve ; il y avait là vers notre droite peut être une centaine d'hommes réfugiés dans cette sorte de trou et abrités jusqu'à mi corps par dépaisses broussailles ; leur salve fait éprouver des pertes sérieuses aux deux premiers pelotons qui s'arrêtent un instant devant l'escarpement en cet endoit infranchissable (il avait près de 5 metres), et se portent ensuite à l'ennemi en obliquant vers la droite. Quelques instants ont suffi pour jeter à terre une quarantaine d'hommes, tués blessés ou démontés. [...] Sous ce feu terrible et par suite de l'écrasement de la tête de colonne, un instant de désordre se produit. Il est fort court et les hommes, faisant de suite un à gauche individuel, galopent vers Floing, défilant ainsi sous le feu de l'ennemi. dans le mouvement de retour vers les lignes, à droite vers Illy. Le sous Lieutenant de Lascous avait été blessé d'une balle au mollet gauche qui tua son cheval. Resté sur le terrain, il fut transporté dans l'eglise d'Illy où il fut fait prisonnier avec l'adjudant Noël" (Les charges de Sedan - R de Mandres).

Après Sedan, de Lascous est libéré par les Prussiens en raison de sa blessure.

Promu Capitaine, il meurt le 24/9/1885.

 

Photo Klary (Oran)

   

 

La première charge est terminée, c'est un echec. Les débris se rallient sur leur point de départ. Les trois régiments ont perdu 15 officiers (dont 7 tués) et 136 hommes de troupe. Le 3e régiment de chasseurs d'Afrique est le plus touché, il a perdu un tiers de son effectif. L'ennemi n'a pas perdu plus d'une trentaine d'hommes.


Le reste de la matiné se passe sur les mêmes positions, mais l'adversaire accentue sa pression et la position devient bientôt intenable. Le général Margueritte donne alors l'ordre à sa division de rompre et de reculer, traversant le bois de la Garenne. Le mouvement rétrograde est empêché par l'encombrement des routes et par le feu de l'artillerie ennemie. Très vite le désordre s'installe dans la colonne, qui se transforme presque en panique. Le général Tillard est tué dans la traversée du bois et les pertes sont nombreuses.

   

Alfred Louis Fournier de Boisayrault

Né le 31/8/1845. Saint Cyrien de la promotion d'Oajaca (1864-1866), il est nommé sous lieutenant au 3e régiment de chasseurs d'Afrique le 1/10/1866, puis il rejoint le 4e régiment de chasseurs d'Afrique lors de la reconstitution du régiment en avril 1867.

Lors de la bataille de Sedan le 1e septembre 1870, Alfred de Boisayrault participe à la première charge de son régiment sur Illy et a un cheval tué sous lui. Ressellant un nouveau cheval trouvé par un de ses sous officiers sur le champ de bataille, il reprend sa place dans le rang.

Plus tard dans la journée, vers 11h45, sortant du bois de la Garenne, près de la route de Givonne, un obus eclate sur la croupe du cheval d'un chasseur qui le précède. "C'est vers cette lisière que fut tué vers 11h45 le lieutenant de Boisayrault. Un obus vint s'abbatre sur la palette de la selle du chasseur Bessières qui le précédait, le cheval seul fut tué, coupé en deux. Un eclat de cet obus frappa probablement de Boisayrault qui venait immédiatement derrière ce cavalier, il poussa un cri, on le vit en même temps élever les bras en croix et tomber sans qu'on pût lui porter secours, tant le dessaroi était grand; son cheval rejoignit son peloton ; le lendemain un médecin trouvait encore le cadavre étendu à la même place, caché en partie par le corps d'un cheval sans tête" (La division Margueritte - R de Mandres).

Photo Ken (Paris)

Adolphe Jules Tilliard

Nommé général peu avant le declanchement de la guerre de 1870 Adolphe Jules Tilliard prend le commandement d'une brigade de cavalerie (6e Chasseurs et 1er Hussards) attachée à la division du général Margueritte.

Le général Tilliard avait de tristes pressentiments, il était très préoccupé ; pendant la charge vers Illy, il s'était tenu au calvaire même, près de l'une des croix, et à un moment donné il quitta son observatoire pour venir parler au colonel Bonvoust. Un instant après, un obus mettait en morceaux cette croix du calvaire et le général, se tournant vers les officiers du 6e chasseurs, leur dit en riant : "J'ai une fameuse chance et je viens de l'échapper belle ! Aussi je n'ai plus rien à craindre pour aujourd'hui, je ne serai certainement pas tué." Et cependant peu après, causant avec le lieutenant Colonel de Gantès, il lui disait : "Ah, mon ami, le premier obus sera pour moi..." (Rozat de Mandres - les charges de Sedan)

Ce pressentiment ne devait pas le tromper. Lors de la traversée du bois de la Garenne, le bombardement allemand cause de fortes pertes dans la brigade et le général y est tué. La description qu'en fait Rozat de Mandres dans son ouvrage sur les charges de Sedan est impressionnante : "Le général Tilliard fut atteint le premier ; il était au trot, un peu sur le flanc droit de sa brigade et monté sur un grand cheval arabe noir ; il s'efforcait de rétablir l'ordre et le silence. [...] La colonne trottait et le général qui la regardait marcher, traversait un fossé de champ, une sorte de petit chemin creux, à 60 metres de la lisière, près d'un petit mur, quand un projectile venant de Saint Menges, en arrière à gauche, passa par dessus de 1er peloton du 6em escadron du 1er hussard et frappa en eclatant sur le côté gauche du capitaine Proust : plusieurs gros éclats atteignirent à gauche le général ; tout le flanc fut emporté, les intestins sortaient de l'abdomen par une plaie largement béante, un flot de sang jaillit aussitôt. Il était environ 11 heures et demie. Les deux hommes et les deux chevaux éventrés s'abimèrent, tués raides ; le général tomba face contre terre dans l'herbe. [...] Un sous officier prit l'épée du général, le cadavre fut recouvert d'un manteau et la colonne continua sa marche. Deux heures après, l'ordonnance du général retrouvait le cadavre entièrement dépouillé ; les galons des vêtements étaient arrachés, on avait coupé les doigts des gants pour enlever les bagues, tous les objets de valeur avaient été volés."

Photo Prevot (Paris)

   

   

Eugène Amédé Delamothe.

Né le 20/12/1836 à Saint Etienne. Engagé comme chasseur, il est nommé Sous lieutenant le 13/8/1863 au 6e régiment de chasseurs, puis Lieutenant le 20/5/1870. 

Il est au 2e escadron à Sedan en septembre 1870 et il est fortement contusionné aux reins par un eclat d'obus alors que son régiment traverse le bois de la Garenne. "Traversée pénible et lente au  gré de chacun, bien qu'elle n'ait duré que 15 à 20 minutes ; comme disaient les hommes : l'endroit était malsain, les obus y faisaient brutalement leur office, éventrant et blessant plus de chevaux que d'hommes, les arbres abbatus faisaient d'inextricables abbatis, naturellement enchevêtrés. L'ouragan de mitraille couvrait le sol de nombreuses victimes : partout des cadavres, les hommes se tordant de douleur, les chevaux trainant leurs chairs pantelantes et arrosant de leur sang tout ce qui les entourait. Heureusement la terre était meuble, les routes aussi, une entre autres nouvellement ouverte, pas encore empierrée, et les projectiles s'y enfonçaient en faisant fougasse, soulevant des trombres de terre, de poussière et de cailloux. Le Sous Lieutenant Delamothe avait été fortement contusionné dans les reins par un éclat d'obus (Les charges de Sedan)". Capturé par les Allemands, il ne revient en France que le 6/4/1871.

Après avoir recu la croix de la légion d'Honneur le 31/12/1872, il est promu Capitaine, le 8/3/1873, au 6em régiment de dragons.

 

Photo prise en captivité par l'atelier Herrfurth (Merseburg)

François Charles Guillaume Marie Louis de Mullenheim.

Issu d'une famille de la noblesse alsacienne, il est né le 6/4/1835. Saint Cyrien, il rejoint le 1er régiment de Hussards lorsqu'il est nommé  Lieutenant le 6/1/1865, 

Il est promu Capitaine en 1870 et, au déclanchement de la guerre de 1870, il est détaché comme officier d'ordonnance du général Tilliard.

Lors des charges de Sedan le 1/9/1870, il accompagne son général qui est tué par un éclat d'obus lors de la traversée du bois de la Garenne. Il sera lui même blessé au talon droit peu de temps après. Il réussit à échapper à la capitulation de Sedan et est affecté au 2e hussards avec lequel il fait le siège du Paris communard dans le corps du général de Cissey. Il est décoré de la Légion d'Honneur en aout 1871.

Il quitte l'armée peu après la guerre et il est mort le 24/4/1881.

Photo Beaudelaire (Strasbourg)

      


 

La charge du soir

En début d'après midi, la division se reconstitue sur de nouvelles positions, mais la situation de l'armée devient critique. L'ennemi commence à déboucher du village de Floing et menace de gravir les pentes menant au plateau d'Illy. Le général Ducrot demande alors au général Margueritte de charger. Allant reconnaître le terrain, le général est grièvement blessé et remet le commandement au général de Gallifet, avec l'ordre de mener la charge.

         

Jean Auguste Margueritte

Né le 15/1/1843, officier issu d'un milieu modeste, il a conquis tous ses grades à la pointe de son épée, d'abord en Algérie, puis au Mexique, comme chef de corps du 1er régiment de chasseurs d'Afrique.

Recemment nommé Général de Division, il commande une magnifique division de cavalerie de réserve, composée de 2 régiments de chasseurs d'Afrique, du 1er régiment de Hussards et du 6e régiment de chasseurs. C'est cette division qui s'illustre le 1/9/1870 à Sedan, en conduisant une charge desepérée contre les Prussiens.

Dans son ouvrage sur les charges de Sedan, le général Rozat de Mandres décrit les derniers instants du général Margueritte :

"Le moment de la charge était arrivé ; le général Margueritte ne devait pas la conduire. Il avait rejoint la tête de la colonne, il met le sabre à la main et part au galop, suivi de ceux qui l'entourent, la colonne s'ébranle... Mais il voulut donner encore un dernier coup d'oeil, la direction prise ne le satisfaisant pas ; aussi, laissant de nouveau la division arrétée dans une sorte de repli de terrain, il se porte en avant au galop ; bientôt, il donne l'ordre à son escorte et à son état major de ne pas le suivre, l'escorte obéït. Reverony, son officier d'ordonnance, dit au général : "Pour rien au monde je ne vous quitterai" et il le suit, les autres officiers, à une certaine distance, font de même, ainsi que le porte fanion Weyer.
Le général traverse la ligne d'infanterie, dépasse d'une vingtaine de metres la gauche extrème de la tranchée abri et arrive à la crête où il observe l'ennemi dans la direction de Mézière. On voyait à un millier de metres de profondes colonnes d'infanterie prusienne, qui venaient par la prairie au bord de la Meuse, se dirigeant vers nous ; l'effort était considérable. C'était le XIe Corps allemand. La fusillade dirigée vers le petit groupe augmentait : tout le monde fit demi tour et à bon galop redescendit vers la division. Alors le général cria vivement d'arrêter "il ne faut pas retourner si vite en arrière" dit il. Cette observation frappa profondément les jeunes officiers qui l'entouraient ; on prit le pas ; presque aussitôt - on s'était éloigné à peine d'environ 80 metres du premier point d'observation - le général remit son cheval dans la direction de l'ennemi et dit "remontons voir". Il remonta en effet et vint, en decrivant un cercle à droit plus avant du point d'observation primitif, au dessus du brusque ressaut qui descend à pic à l'est de Floing, près du chemin qui va sur le village même et juste sur la crête ; là, au milieu d'une grêle de balles, il arrête son cheval et le fait tourner à droite.
Le feu augmentait d'intensité, les tirailleurs prussiens étaient à 400 metres. En un instant, le général a son fourreau de sabre brisé ; le sous lieutenant de Senneville est blessé d'une balle dans la jambe droite, à 10 cm au dessous du genou. Presque en même temps le général est frappé : il bat l'air des bras et s'abat face contre terre. Il était une heure trois quart. Une balle venant de bas en haut et de gauche, avait traversé les joues, brisant les dents, attaquant le palais et la langue. Reverony met promptement pied à terre et soulève le général. S'appuyant sur Reverony, le général fait quelques pas, échappant aux balles qui sifflaient au dessus de sa tête. Dès qu'il fut défilé du feu, il s'arrêta et voulut remonter à cheval, on chercha un cheval tranquile et on se mit en marche pour redescendre vers la division. Ce triste cortège arrive ainsi devant la tête de la première brigade et passe lentement ; le général s'efforcait de crier : "en avant, en avant !" malgré le sang qui l'étouffait et, tendant le bras droit vers l'ennemi, il indiquait par un geste la direction et son ordre suprème. Un peu plus tard, le général s'arrêta à l'entrée du bois ; on lava sa blessure avec un mélange d'eau et de vin. En arrivant à Sedan, il fut logé à la sous préfecture et l'Empereur donna, pour le laver, la timbale de son nécessaire de campagne
."

Margueritte meurt au chateau de Beauraing en Belgique, le 6/9/1870.  

Anatole Reverony

Anatole Révérony est ne le 11/3/1843 à Caen. Elève à Saint Cyr (promotion du Mexique 1861-1863 ), il est nommé au 1er régiment de chasseurs d'Afrique.

En 1870, Lieutenant (depuis le 2/8/1870) il est aide de camp du général Margueritte.

Lors de la première charge de la division à Sedan (sur le village d'Illy), au matin du 1/9/1870, il a un cheval tué sous lui alors qu'il escorte son général. Il s'illustre une seconde fois, lorsque plus tard dans la journée, il assite le général Margueritte qui, s’étant placé en avant de ses escadrons pour reconnaître l’ennemi, est atteint d'une balle qui lui traverse les deux joues en lui coupant la langue en partie. Revérony se précipite, relève le blessé, et, au milieu d’une véritable pluie de projectiles, après des efforts extraordinaires, le ramène dans les lignes françaises. Il le veille jusqu'à sa mort le 6 septembre en Belgique et l'enterre. 

A sa mort en 1899, il est général de brigade.

Photo Beaudelaire (Caen)

             

 

C'est le premier régiment de chasseurs d'Afrique qui a l'honneur d'ouvrir la charge. Dès le début, le colonel Clicquot est tué. Le terrain est peu propice, le feu est violent et toutes les balles prussiennes portent dans la colonne qui se présente en amphithéatre.

   

Henri Louis Clicquot

Né le 14/5/1817 à Vernon (Eure), Clicquot a fait une grande partie de sa carrière dans des fonctions administratives de régiments de cavalerie en métropole. Nommé Capitaine le 5/7/1848, il a servi comme trésorier au 9e régiment de Dragons, puis après sa promotions comme Chef d'escadrons, le 12/10/1853, il a été major du 1er régiment de Lanciers. Sa nomination comme Coloneldu 1er régiment de Chasseurs d'Afrique (alors qu'il servait comme commandant en second du 6e régiment de Cuirassiers), régiment d'élite de la cavalerie française et engagé sur tous les théatres d'opération, n'a sans doute pas manqué d'étonner ses contemporains.

Cette réputation contestée trouve d'ailleurs son illustration lors des premières semaines de la guerre de 1870, qui voit le commandant de la division, le général Margueritte, officier ayant lui fait ses preuves en Algérie et au Mexique, régulièrement critiquer son subordonné.

C'est peut être pour prouver sa valeur que Clicquot n'a pas ménagé son courage lors de la journée du 1er septembre à Sedan. Sa mort est décrite par Rozat de Mandres dans son ouvrage sur les charges de Sedan :
"Dès le début de la charge, le Colonel Clicquot est mortellement frappé ; il avait à peine parcouru 200 mètres, en tête de son régiment, qu'une balle l'atteignait à la poitrine, le traversant de droite à gauche. Le Capitaine Fougeras, qui le suit, voit le colonel faiblir ; il fait signe de suite à l'adjudant Simonnet : deux cavaliers tirent le colonel hors de la charge et le conduisent à Sedan. Il y mourut le 9 septembre, avec la conscience du devoir accompli, avec la fierté du chef vaillant frappé à la tête de son régiment. Il mourut à l'ambulance anglo-américaine d'une fluxion de poitrine qui vint compliquer son état, alors que sa blessure était en voie de guérison assurée. Le docteur Ferron du 1er chasseurs d'Afrique reçut ses dernières recommandations et son dernier soupir".

Photo Geiser (Alger)

Ernest Marie Plessis

Ernest Marie Plessis est ne le 14/5/1837 à Pontivy. Elève à Saint Cyr (promotion du Prince Impérial 1855-1857), il a déjà une magnifique carrière derrière lui avant 1870 (Italie et surtout Mexique où il se distingue à de nombreuses reprises), dans les Chasseurs d'Afrique.

Capitaine adjudant major au régiment. Durant la guerre de 70, il participe aux affaires de Pont à Mousson, puis surtout aux charges de Sedan avec le 3e escadron. Il est tout d'abord envoyé par le colonel Clicquot reconnaître le terrain de la charge de Floing, puis il est blessé à la tête alors qu'il chargeait un des premiers. Capturé, il part prisonnier en Allemagne.

Il finit sa carrière Général de brigade et est mort en 1893.

Photo Le Roch (Saumur)

   

      

Charles Henri Robert Delmas de Grammont

Jeune Saint Cyrien, nommé Sous Lieutenant le 1/10/1866, Charles de Grammont sert comme commandant du 2nd peloton du 4e escadron du régiment à Sedan.

Lors des charges du soir, vers Floing, il est tué "le bassin et les haut des deux jambes broyés par un coup de mitraille".

Photo le Roch (Saumur)

 

 

En second échelon, le troisième régiment de chasseurs d'Afrique se forme en ordre de bataille comme il peut. De Galliffet entraine personellement le régiment qui après avoir subi sans broncher le feu de l'ennemi, finit par reçevoir l'ordre de charger.

Henri Eugène Pfeiffer

Né le 29/9/1840 à Woerth en Alsace. Ancien sous officier, Henri Pfeiffer est promu Sous Lieutenant le 10/8/1868 au 3e régiment de Chasseurs d'Afrique.

En 1870 il est porte drapeau du régiment et c'est dans cette fonction particulièrement exposée qu'il charge à Illy, devant Sedan, dans la charge du matin, juste derrière son colonel, le futur général de Galliffet. Il charge aussi une seconde fois le soir vers Floing et survit cependant à la journée de Sedan sans blessure. Juste avant la capitulation de la cité, Pfeiffer parvient à s'évader avec une trentaine de cavaliers qu'il ramène à Constantine.

Sa conduite durant cette mémorable journée, et les pertes subies par le régiment, lui permettent d'être promu Lieutenant en date du 21/10/1870.

Photo Chazal (Constantine)

   

   

Marie Jean Germain de Liniers

 

Saint Cyrien de la promotion de Djemmah (1844-1846), il a servi de longues années à l'école de Saumur.

En 1870, il est Lieutenant Colonel du 3e régiment des chasseurs d'Afrique.

Le 1/9/1870, à Sedan, il participe à la première charge du régiment sur le calvaire d'Illy. Placé à la droite du régiment, il est légèrement blessé à la main alors qu'il rallie quelques chasseurs et se jette dans les vergers à la poursuite des tiralleurs ennemis qui défilent.


Plus tard dans la journée, alors que le régiment se prépare de nouveau à charger, de Liniers est blessé à côté de son colonel d'une balle à la hanche. Il est alors enmené à l'ambulance Philippe, mais son calvaire ne s'arrète pas là : "A l'ambulance Philippe, le lieutenant colonel de Liniers était tué raide d'une balle en plein front. Blessé à la hanche, il était adossé sur la terrasse à une caisse d'orangers; la fusillade eclate, le lieutenant colonel se soulève pour voir, à peine a t il dépassé la caisse qu'il est frappé. (R de Mandres, la division Margueritte à Sedan)"

Photo le Roch (Saumur)

Georges Maurice Olivier Marie de la Moussaye

Né à Paris le 20/4/1838, ce Saint Cyrien de la promotion de Solférino (1858-1860) est issu d'une vieille famille de la noblesse bretonne. Après avoir servi au 2e régiment de carabiniers dont il porte ici l'uniforme, il passe au 3e régiment de chasseurs d'Afrique et y est nommé Lieutenant le 4/3/1868.

A Sedan, il charge lors de l'action du matin sur Illy, puis une seconde fois le soir. Lors de cette seconde charge, il est blessé d'une balle à l'épaule avant l'assaut, puis a un cheval tué pendant l'action et roule à terre avant d'avoir atteint la ligne des tirailleurs prussiens. Il est alors capturé sur le champs de bataille. Il sera décoré de la croix de la légion d'honneur pour cette action.

Il finit sa carrière comme Général de brigade et meurt en mai 1909.

Photo Le Roch (Saumur)

   

     

Melchior Eusèbe Antoine Rozier de Linage

Il est né le 10/5/1835 à Voreppe dans l'Isère. Saint Cyrien, il a servi au 3e régiment de chasseurs d'Afrique, notamment au Mexique.

Nommé Capitaine le 22/12/1866, il commande un escadron lors des deux charges du régiment à la bataille de Sedan en septembre 1870.

Lors de la première, le matin vers le village d'Illy, son escadron est désorganisé par le ruisseau et de Linage doit rallier le reste du régiment en effectuant un large détour.

Lors de la seconde charge de la journée sur Floing, après 100 metres, il tombe inanimé frappé de plusieurs blessures : une balle qui lui fait un séton dans la cuisse gauche et tue son cheval, une autre balle qui lui traverse la figure, brisant les dents, le palais et une partie de l'oreille droite. Il est ramassé en fin de journée par l'ennemi.

Il meurt en 1887, Général de brigade.

Photo Sarrault (Constantine)

En même temps, le premier régiment de Hussards effectue un charge similaire sur la droite. 

Paul Antoine Jean Charles, Prince de Bauffremont

Né le 11/12/1827 à Palerme (Sicile), c'est le descendant d'une vieille famille de la noblesse de Lorraine, prince du St Empire Germanique. Il est élève à Saint Cyr en 1846. Il a une belle carrière militaire, servant en Crimée, au Mexique, comme Chef d'Escadrons au 6e régiment de Hussards (ici sur la photo) et comme officier d'ordonnance du maréchal Randon, ministre de la guerre.

Colonel le 14/8/1867, il commande le prestigieux premier régiment de Hussards.

Durant la guerre de 1870, il commande héroïquement le régiment lors des terribles journées de Sedan et la charge conduite par sa troupe. "Le colonel s'était jeté à son tour sur la pente ; son cheval de pur sang anglais, noir mal teint, reçoit une balle en plein front : blessé mortellement, il continue pendant un certain temps sa route, ne se gouvernant plus. (...) Le cheval du colonel tombe ; celui-ci se relève vivement et, le sabre à la main, revient à pied vers le sommet. Bientôt, il rencontre un cheval de lancier et saute dessus. Il reprend son commandement, mais 300 metres plus loin, il roule de nouveau à terre et reste eténdu au sol, étourdi par la secousse "(R de Mandres, la division Margueritte à Sedan). Il est fait prisonnier.

    

     

Armand Gaston de Bonneval,

Né le 10/3/1833 à Paris, ce Saint Cyrien a d'abord servi au 5e régiment de lanciers.

Promu Capitaine le 10/11/1860. En juin 1862, il permute et rejoint le 1er régiment de Hussards. Il est nommé chevalier de la Légion d'Honneur le 12/3/1866.

En 1870, le régiment charge à Sedan. Bonneval commande le 6e escadron.

Lors de la charge, son escadron aborde le dernier les lignes prussiennes. "Parti plus qu'à distance entière, il arrive à peu près en bataille, commandé brillamment par le capitaine de Bonneval. L'escadron a ordre de suivre le 5e, mais il appuie aussi vers la gauche et franchit en descendant des ressauts de terrain assez élevés ; enfin il arrive sur la ligne ennemie, qui, là, était disposé en petits groupes, la baïonnette au canon, tirant sans épauler (les charges de Sedan)".

"Les lignes ennemies s'ouvrent pour laisser passer les premiers pelotons et se rangent pour les accueilir baïonnettes croisées. Le cheval du capitaine de Bonneval trébuche en recevant une balle dans le pied" (historique du 1er Hussards). Fait prisonnier, Bonneval ne rentrera en France qu'en avril 1871.

Ici photographié comme chef d'escadrons du 4e chasseurs, vers 1875.

  

Alexandre Ernest Albaret

Saint Cyrien de la promotion de Zaatcha (1849-1851), Albaret a servi au régiment des Guides de la Garde entre 1858 et 1863. Il en porte ici l'uniforme.

Il a rejoint le 1er régiment de Hussards à sa promotion comme Capitaine le 17/1/1863. La guerre de 1870 le trouve commandant le 5e escadron du régiment et c'est dans cette position qu'il participe aux charges de Sedan du 1er septembre 1870.

L'historique du régiment relate :" Enlevant la poignée de braves qu'il commande, le capitaine Albaret, blessé à la figure s'ecrie néanmoins "Chargez!" et le 5e escadron se déploie en bataille pour se mettre en marche près du coteau où les balles lui font perdre beaucoup de monde. Partant de pied ferme au galop, il traverse aussitôt plusieurs lignes d'éclaireurs espacées, il sabre à droite et à gauche la ligne enveloppante et tombe sur des troupes massées en bon ordre qui escaladent sur deux rangs les hauteurs au son grave des tambourins qui battent la marche d'un bruit rythmé, près d'un officier, derrière la seconde ligne. Les compagnies de chasseurs laissent approcher les hussards avant d'ouvrir la fusillade et tirent des salves qui les disséminent; les feux nous arrivent de trois côtés différents, sans compter les obus qui affluent de la rive opposée de la Meuse, coupant la jambe du brigadier Roussel. Un parti tourne bride à gauche et s'engouffre au milieu des carrière, un autre se jette à droite et prend à revers, dans le Fonds des Noyers, des compagnies de cahsseurs qui se retournent pour reçevoir nos intrepides cavaliers. Le capitaine Albaret est atteint au bras et mortellement frappé au coeur." Il est enterré à la même place, au Fond des Noyers, une plaque de marbre entourée d'une grille, une épitaphe, quelques charmes aux quatre angles.

Dans son ouvrage sur les charges de Sedan, Rozat de Mandres propose une autre version, plus imagée et tragique : "Le capitaine commandant Albaret, la tête entourée de linges sanglants (il avait reçu le matin en traversant le bois de la Garenne, un coup de pied de cheval à la tête), se grandit dans sa petite taille "Suivez moi ! dit-il à ses hussards, tapez dur et surtout des coups de pointe." Puis il part dans la direction du demi gauche, du côté des carrières. Après 250 metres de galop, l'escadron découvre l'ennemi ; tout près à 150 metres, les prussieuns sont formés en trois groupes d'une cinquantaine d'hommes, appuyés par des masses noires placées devant, derrière et dans les carrières ; ils attendent la charge, l'arme haute. Dans le groupe de droite, un grand drapeau blanc brodé d'or. Le sol est mauvais, caillouteux ou labouré, difficile; mais l'espace est libre ; l'escadron avance bien en bataille, chaque division compacte, prend sa direction sur un groupe : encore un bond, ils sont atteints. Tout à coup, à 50 metres, les armes s'abaissent et font feu, la salve jette à terre l'escadron, qui vient mourir sous les baionnettes ; tous ses officiers sont tombés en ligne, Albaret est blessé mortellement d'une balle dans le bas ventre ; il perdait des flots de sang, son cheval le ramène au ralliement ; en y arrivant, il glisse à terre, fait quelques pas et vient mourir dans les bras du docteur Krug Basse. Albaret dont les intestins sortaient du ventre, ne voulut pas qu'onle touchât et demanda au docteur qu'on le laissât mourir tranquille." 

Photo Le Gray (Paris)

  

               

      

Jean Achille Gicquet de Pressac

Né le 28/8/1826 à Aixe (Haute Vienne), il s'est engagé en 1845 au 4e régiment de chasseurs d'Afrique. Ses campagnes en Algérie, sans interruption entre 1845 et 1854, lui font gagner les grades de sous officier. Nommé Sous lieutenant le 15/9/1854, il a combattu en Orient et en Italie au régiment des Chasseurs de la Garde, dont il porte ici l'uniforme.

Promu Capitaine le 13/3/1867, il est transféré au 1er régiment de Hussards.

C'est comme commandant le 3e escadron du régiment que le 1/9/1870, il participe aux héroïques charges de Sedan.

Lors de l'assaut, Pressac qui commande le 3e escadron s'illustre : "Le colonel donne ses ordres au capitaine de Pressac et fait sonner la charge ; de Pressac part presque en face de son front, la main un peu à gauche ; l'ennemi est à 400 metres, plusieurs lignes de tirailleurs sont en avant des soutiens. L'escadron est accueilli par un feu à volonté assez mal dirigé ; quelques hommes et des chevaux tombent sur le terrain sans obstacle et légèrement sablonneux. Tout à coup, à 40 metres de l'ennemi, malgé le cri "A droite ! à droite!" les pelotons s'infléchissent à gauche, présentent le flanc droit à l'ennemi et défilent sous le feu. l'escadron tourne encore à gauche sans direction bien définie et revient à toute bride se reformer au point d'où il était parti, ayant somme toute très peu souffert. Après ce ralliement, l'escadron en colonne par quatre, au pas, se dirigeait vers Sedan. Arrivé à l'entrée du chemin montueux, fort encombré, près d'un gros chêne, devant la porte d'une ambulance, le capitaine de Pressac fut grièvement blessé ; une balle vint briser la lorgnette qu'il portait au côté, les eclats de verre perforèrent les inestins. la convalescence fut très longue." (R de mandres - la division Margueritte).

Revenu de captivité, de Pressac poursuit sa carrière. Il est nommé Major, promu officier de la Légion d'Honneur le 7/8/1877 et meurt le 4/6/1880.

 

Les deux régiments ont chargé simultanément, mais les pertes des Allemands sont presque insignifiantes et le choc des escadrons a seulement arrêté un instant la marche de l'ennemi. Les deux derniers régiments de la division, le 6e chasseurs et le 4e chasseurs d'Afrique, se lancent alors à leur tour, mais partout sur la pente, le parcours est devenu impraticable.

Théophile Schurr
 
Né le 11/05/1832 à Dambach (Bas Rhin), c'est un sous officier sorti du rang. Officier en 1858, il a servi aux Guides de la Garde Impériale et y fait la Campagne d'Italie.
 
Promu Capitaine en Second, le 24 décembre 1869, au 4e régiment de Chasseurs d'Afrique, il participe avec la division de chasseurs d’Afrique à la charge du plateau de Floing le 1er septembre 1870, comme capitaine en second du 3e escadron. Il se fait photographier à Paris, sans doute après son retour de captivité en Allemagne.
 
Photo Pierson & Braun (Paris)

   

    

Simon Castain

Né le 31/3/1837 à Sevignac Meyrac (Hautes Pyrénées), il s'engage comme cavalier. Promu maréchal des logis le 30/9/1860, il sert au 1er régiment des chasseurs d'Afrique, en Afrique, puis au Mexique.

De retour du Mexique, il est transféré au 4e regiment de chasseurs d'Afrique. Engagé contre l'Allemagne, il est prisonnier de guerre le 1/9/1870 après Sedan.

Il est mort le 2/12/1906, Sous Lieutenant.

Photo Pagliacci (Tours)

Marie Jules Tournier

Saint Cyrien de la promotion de l'Empire (1852-1854), Marie Jules Tournier a servi au régiment des Guides de la Garde dont il porte ici l'uniforme.

En 1870, il commande le 4e escadron du 4e régiment de Chasseur d'Afrique.

Parti de Mascara le 20 juillet, le régiment est affecté à la division du général Margueritte au camp de Chalons. A Sedan, le 1/9/1870, le régiment est engagé lors des charges du soir vers Floing. Tournier, séparé d'une partie de son escadron demande à se joindre avec les hommes qui lui reste à ceux du 3e escadron qui se prépare à charger. Cette demande est accordée, sous condition que le chef du 3e escadron, le lieutenant Peffault de Latour en conserve le commandement. "Ca m'est égal, répond Tournier, je chargerai bien sous les ordres de de Latour". L'escadron n'arrive cependant pas à joindre l'ennemi.

Après la guerre, Tournier est promu Lieutenant Colonel. Il est retraité en 1887, officier de la Légion d'Honneur.

  

  

Louis Joseph Marie Erasme de Querhoent

 

Capitaine depuis novembre 1862, de Querhoent est instructeur du 6e régiment de chasseurs au déclanchement de la guerre de 1870.

Dans son fameux livres sur Sedan, Rosat de Mandres indique : "Arrivé de Tarascon où il était capitaine instructeur du régiment pour prendre le commandement d'un escadron au camp de Chalons, de Querhoent avait eu ses deux chevaux hors service par des coups de pied. Cavalier intrépide, il montait pour la charge une jument grise, quinteuse, qu'il ne connaissait pas "Je n'ai pas de chance disait il, il m'arrivera malheur" et ses camarades lui trouvaient le regard du prédestiné."

L'historique du régiment relate : "A la bataille de Sedan, le capitaine Querhoent commandant le 1er escadron, ayant eu le bras droit fracassé dans la charge de la division Margueritte, était resté à cheval malgré sa blessure. Mais comme un escadron prussien s'apprétait à charger encore la division, le capitaine s'élanca à sa rencontre et tomba frappé mortellement."

Rozat de Mandres raconte un épisode un peu différent, mais tout aussi héroïque : "Au moment où blessé, il venait de faire demi tour, le Lieutenant Colonel rencontra la capitaine de Querhoent qui, avec quatre ou cinq hommes déterminés, se jetait de nouveau sur l'ennemi. "Demi tour Querohent, demi tour ! c'est inutile !" leur cria le Lieutenant Colonel. Mais Querhoent fit un geste avec son sabre comme pour répondre "En avant quand même" et continua sa route à fond de train. Il disparût bientôt dans la fumée qui enveloppait les lignes des tirailleurs allemands placés dans les carrières ; c'est là qu'il mourut glorieusement. Son corps ne put être retrouvé ; son cheval fut tué aussi dit on."

Augustin Marie Léon Descharmes

Né le 2/7/1834 à Caen, Deschames a servi aux Dragons de l'Impératrice et a fait partie de la mission militaire au Japon de 1866 à 1869.

Capitaine depuis le 26/12/1868, il a rejoint le 4e régiment de chasseurs d'Afrique.

A Sedan, il est capitaine en second du 1er escadron. Il prend le commandement de l'escadron après la charge du matin qui voit le capitaine Pujade commandant l'escadron tué raide "d'une balle qui lui traverse la figure".

Lors de la charge du soir, il est à la tête du 1er escadron (40 sabres)  : "Le capitaine Descharmes tombe à 150 metres de l'infanterie prussienne, au milieu des cadavres des hussards, la cuisse droite traversée par une balle " ("les charges de Sedan", Rozat de Mandres). Il est capturé à Sedan le 2/9/1870, mais fait sa période d'emprisonnement en internement en Belgique.

Il est ici photographié en 1875 comme Chef d'Escadrons du 8e régiment de Hussards qui sert alors en Algérie.

Il est mort le 5/7/1916, général de brigade.

Photo Klary (Alger)

   

L'échec est complet et toute la division s'est brisée sur l'adversaire sans l'entamer. De Gallifet qui en a rassemblé les débris et abordé par le général Ducrot : "Allons, mon petit Galliffet, encore un effot ! Si ça n'est pas pour obtenir un succès, que ce soit pour l'honneur des armes !" "Tant que vous voudrez mon général !" répond Galliffet en levant haut son képi "tant qu'il en restera un !". Cette seconde charge n'apporte pas plus de résultats, le chevaux sont fourbus et n'atteignent pas l'ennemi.

C'est la fin. Les débris se replient et seront compris dans la capitulation de l'armée le lendemain.

Au total durant cette journée, le 1er régiment de chasseurs d'Afrique a perdu 223 hommes (dont 15 officiers) sur 433 , le 3e régiment 248 hommes (dont 17 officiers) sur 476, le 4e régiment 162 hommes (dont 9 officiers) sur 468. Le premeir régiment de Hussards compte 260 pertes (dont 20 offifiers) sur un effectif de 522 et le 6e régiment de chasseurs 125 hommes hors de combat sur 419.

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