Le génie dans les campagnes du Second Empire

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Quelques carrières d'officiers

 

La conquête de l'Algérie.

Impliquée dès les premiers jours de la colonisation de l'Algérie, l'arme du génie a tout d'abord contribué à la conquête du pays. Ainsi le génie est intervenu lors des sièges du Fort l'Empereur (1830), de Constantine (1836 et 1837), de Zaatcha, dans la défense, de Miliana, de Fort-National... Lors de chaque expédition, les sapeurs se sont livrés à d'innombrables travaux de routes et de ponts pour permettre la progression des colonnes, ils ont fortifié les places et leurs abords, construit des casernes et des hôpitaux, effectué des reconnaissances, dressé des cartes, exécuté des levers topographiques. Le génie a en outre prêté son aide à la colonisation naissante. Tant que la sécurité n'a pas été bien assurée, l'administration des territoires occupés a été purement militaire. Aussi pendant de longues années, le génie a-t-il rempli le rôle dévolu au service des Travaux publics. Le génie a ainsi doté l'Algérie d'un réseau routier très étendu, qu'il a suffi par la suite d'entretenir, d'améliorer et de compléter. Ila desséché des marais, régularisé le cours des oueds, créé des points d'eau jusque dans les douars. Il a contribué au développement et à l'embellissement des villes et construit des villages.

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Louis Léon de Verdal

Louis de Verdal est né le 29/7/1803 à Niort. Elève de l'école d'application de Metz en 1824, la première partie de sa carrière s'effectue en France et en Corse, jusqu'à sa promotion comme Capitaine le 11/5/1832. Affecté au 2e régiment du génie, il rejoint l'Algérie en avril 1835.
Il rejoint alors la place de Bougie où il contribue à la fortification de cette place importante : "Le maréchal Clauzel débarqua à Bougie le 28 octobre et arrêta un programme de travaux qui furent commencés immédiatement sous la direction du capitaine du génie Charon, savoir : Achèvement d'un mur d'enceinte (terminé et armé le 22 novembre); érection du fort Clauzel à Demous; transfert près de lui du blockhaus de la plaine, sous le nom de blockhaus Rapatel; remaniement de la maison crénelée, avec addition d'un réduit en forme de tour; construction des postes de Touati, du cimetière de Mangin (ainsi nommé en mémoire du lieutenant du génie Mangin tué à la prise de Bougie), du blockhaus d'Oriac; chemins et rampes pour faciliter les communications; achèvement de l'hôpital Bridja; élargissement des rues, création de places d'armes, etc.. Le 7 novembre avant le jour, on occupa le moulin de Demous, et le génie se mit aussitôt à organiser sa défense sous la direction du capitaine Charon. On répara les brèches de la tour, on fit une porte solide et on coiffa le premier étage d'un blockhaus. Ces travaux furent effectués rapidement, et dès les jours suivants on se mit à construire autour de la tour un ouvrage qui devait s'appeler le fort Clauzel. Le 11 novembre, un détachement de 18 sapeurs commandé par le sergent-major du génie Loisy, et escorté par un bataillon léger d'Afrique, alla à quelque distance en avant de Démous pour y procéder à l'inhumation de 9 zouaves qui avaient été tués la veille à cet endroit au cours d'un combat. Cette opération était à peine terminée que la petite troupe, dont l'effectif ne dépassait guère 200 hommes, fut entourée d'une nuée de Kabyles à pied et à cheval, au nombre de 4.000 environ. La retraite s'effectua en bon ordre. L'arrière garde en particulier où se trouvait le sergent-major Loisy et son détachement fut très vivement prise à parti et on en arriva au corps à corps. De leur côté les travailleurs de la position de Démous prirent les armes et intervinrent dans le combat qui se termina par la retraite des Kabyles. Le sapeur Turlure avait été tué. L'ordre du jour cita les noms du capitaine de Verdal de la compagnie de sapeurs 2/3 du 2e génie, du lieutenant Fault de la compagnie 2/4, du sergent-major Loisy, des sapeurs Puech, Gérard, Vincent, Tuelle, Benoist, Régnier, Tuffet, de la compagnie 2/3, du sergent Poriot et du sapeur Varin de la compagnie 2/4. "L'oeuvre du Génie en Algérie" (revue historique du génie - 1931).
Quelque jours plus tard, de Verdal est une nouvelle fois engagé : "Le 30 novembre, le capitaine de Verdal avec 20 sapeurs et 65 travailleurs fut chargé de faire une route qui avait été tracée entre le fort Clauzel et la deuxième ligne de blockhaus. Il fut dérangé dans son travail par une bande de Kabyles qui l'obligèrent à déployer sa petite troupe en tirailleurs. Après une vive fusillade, il mit l'ennemi en fuite et put reprendre son travail. L'ordre du jour du 30 novembre du commandant supérieur de Bougie cita les noms du capitaine de Verdal, du sergent Compert de la compagnie 2/4 et du sergent Desfeux de la compagnie 2/3 "L'oeuvre du Génie en Algérie" (revue historique du génie - 1931).
Lors de la première expédition de Constantine (hiver 1836) Le génie devait compter 780 sapeurs. Au départ cet effectif par suite des maladies était déjà réduit à 464. de Verdal était à la tête d'une compagnie du 2e régiment. Arrivée devant Constantine, dans un état déjà déplorable, la colonne qui ne dispose que de peu d'armes lourdes tente un assaut desepéré contre la Place. Le génie est mis à contribution et de Verdal a l'occasion de s'y distinguer : Dans la nuit du 23 au 24 novembre, le génie est désigné pour préparer l'attaque de la porte d'El-Kantara. "Les sapeurs valides sont rassemblés : ils sont 170. Vers 20 h, ils se mettent en marche. La lune est dans son plein et l'ennemi est évidemment sur ses gardes. Le colonel Lemercier, quoique épuisé et presque mourant, s'est réservé le commandement de l'attaque. Le capitaine Hackett doit faire sauter la première porte puis la deuxième. Aussitôt la première porte brisée, le capitaine Redoutey avec les capitaines Ruy, Esmenard, et Brun doivent faire transporter les échelles dans le tambour séparant les deux portes, et soutenus par la compagnie franche et deux compagnies d'élites du 63e, donner l'assaut aux maisons de gauche s'en emparer et s'y établir. Le commandant Morin commande les troupes du génie de réserve. Enfin le général Trézel, doit ensuite, avec ses troupes, exploiter le succès et achever de s'emparer du quartier de la ville en avant de la porte. Des compagnies se portent en avant trop tôt, alors que le capitaine Hackett et les troupes chargées de l'appuyer n'ont pas fini de prendre leurs dispositions pour t'attaque. La confusion qui s'ensuit est augmentée par le feu de l'ennemi qui se déclenche au bruit causé par ces mouvements. Le capitaine du génie de Verdal est blessé au pied et Cité à l'ordre du jour et décoré de la croix de la Légion d'Honneur."

Revenu en France, de Verdal et promu Chef de bataillon le 12/5/1844 et poursuit sa carrière en France, servant dans diverses places, mais n'ayant plus de services de guerre. 4/6/1852 il sert aux fortifications de Paris.

Il finit sa carrière comme Colonel (promu le 3/1/1857), commandeur de la Légion d'Honneur, en poste comme chef de génie et directeur des fortifications à Bourges. Alourdi par des postes sédentaires, il n'a en effet plus le physique pour faire campagne... Il est mort en décembre 1867.

Photo Poupat (Bourges)

   

   

Alexandre Honoré Joseph Etienne Genet

Alexandre Genet est né le 30/5/1812 à Niort. Sorti de l'école d'application de Metz en 1832, le premier de sa promotion, il est nommé Capitaine le 1/10/1834 et sert une première fois en Algérie entre 1835 et 1838. Durant cette période, il participe aux expéditions de Mascara et de Tlemcen, ainsi qu'aux combats de Sidi Embarech et de la Tafna. Il suit ensuite les expéditions de Medéah et est cité à l'ordre de l'armée pour les combats des 15 et 16 septembre 1836 devant Blidah.
Genet prend ensuite part à la première expédition de Constantine (nov-dec 1836) qui se termine par un grave échec. Lors de cette difficile expédition, il se distingue lors de l'assaut raté de la place, devant la porte de Bab El Djédida dans la nuit du 23 au 24 novembre : "L'attaque de Coudiat-Aty ne réussit pas mieux. Le capitaine Grand a avec lui deux détachements de sapeurs (en tout 37 hommes), commandés par les lieutenants Genêt et Wolff, et comme engins : un sac de poudre, des pioches, et des haches. Le bataillon d'Afrique sous les ordres du colonel Duvivier doit soutenir l'attaque. A minuit, la colonne se met en marche et après un cheminement assez difficile parmi les accidents du terrain et les maisons, arrive aux abords de l'enceinte, non sans avoir été vue par l'assiégé et essuyé son feu. Après trois quarts d'heure de recherches, on découvre une porte de ville au bout d'une rue (la porte d'El Raba). La colonne s'engage dans cette rue, où il est difficile de se couvrir des feux de l'ennemi. On tire sur la porte quelques coups d'obusier de montagne, mais sans aucun résultat. En approchant de la porte, le capitaine Grand reçoit deux graves blessures qui l'obligent à se retirer. Le sous-officier qui porte le sac de poudre est tué. Le lieutenant Genêt ramasse le sac, et commence des préparatifs pour faire sauter la porte, quand le colonel Duvivier fait appeler des sapeurs avec des haches. La porte est bardée de fer, et les quelques coups qui sont donnés ne font aucun effet. Cependant on perd du temps, et le bataillon d'Afrique voit s'accroître le nombre de ses tués et de ses blessés. Le colonel Duvivier ordonne la retraite qui se fait assez précipitamment et qui est une cause de nouvelles pertes. Dans cette affaire les sapeurs ont eu 1 officier blessé mortellement, 6 tués, 7 blessés." "L'oeuvre du Génie en Algérie" (revue historique du génie - 1931).
Revenu en France, Genet reçoit la croix de la Légion d'Honneur le 6/4/1845, de la main même du roi Louis-Philippe. En 1848, il participe à la repression de l'insurection de juin à Paris.

Promu Chef de bataillon le 4/6/1852 il sert aux fortifications de Paris.

Nommé Lieutenant Colonel le 24/12/1858, puis Colonel le 13/8/1863, il retourne lors en Algérie comme directeur du génie à Alger le 20/5/1865.

Genet est donc en Algérie lors de la guerre de 1870. Le 11/10/1870, il est promu Général de brigade et nommé commandant supérieur du génie en Algérie. Lors de l'insurection algérienne de 1871, il organise la défense de Bougie bloquée par les Kabyles.

Membre du comité des fortifications en 1872, il finit sa carrière Commandeur de la légion d'Honneur. Il est mort en janvier 1878.

Photo Sée (Paris)


La prise de Rome (1849).

Le 30 avril, le corps expéditionnaire français se présente devant Rome avec 5 000 soldats. Ils tentent d'escalader les murs et sont repoussés par à peu près 10 000 soldats de la République romaine présents dans la ville (l'armée comprend 17 à 18 000 hommes). Au cours de ces combats qui durent jusqu'au soir, l'armée française laisse plus de 500 morts et 365 prisonniers. Les défenseurs ont perdu 200 hommes. Le soir le général Oudinot, commandant le corps expéditionnaire, ordonne la retraite sur Civitavecchia. Renforcé à 24 000 hommes et 75 canons soit un total de 30 000 hommes, Oudinot fait déplacer ses troupes (3 divisions) qui s'emparent dans la nuit du 2 au 3 juin de la Villa Pamphili. C'est le 4 juin que le siège débute réellement. L'état-major français décide ne pas combattre dans les rues de la ville. L'objectif des Français reste le Janicule, la porte San Pancrazio et la porte Portese défendus par Garibaldi. Le bombardement de la ville débute le 13 juin et dure jusqu'au 20 juin. Au cours de la nuit du 21 au 22 juin, les Français conquièrent la première ligne de défense. Le gouvernement de la République romaine refuse encore une fois de se rendre, Oudinot reprend les bombardements avec plus de véhémence, cette fois directement sur Rome afin de contraindre à la reddition. Après six jours de bombardements, le 26 juin, un nouvel assaut est ordonné sur le point stratégique du Janicule, la villa Vascello, mais il est repoussé. Le 30 juin, Oudinot ordonne un assaut général et prend possession du mur d'Aurélien qui constitue la seconde ligne de défense. Le 1er juillet la ville capitule.

Antoine Puiggari

Antoine Puiggari est né le 17/1/1815 à Perpignan. Sorti de l'école d'application de Metz en 1837, il a servi une année en Algérie comme Lieutenant à Constantine et à Bône en 1838 et 1839.

Promu Capitaine le 22/1/1841 au 2e régiment du génie, il est désigné pour faire partie du corps expéditionnaire de la Méditerrannée le 20/4/1849. Il participe alors aux opérations du siège de Rome comme commandant d'une compagnie de sapeurs. Le 30/4/1849 il est engagé lors de l'assaut infructueux de l'armée française. Il participe ensuite activement à la prise de la villa Pamphili et de Saint Pancrace dans la nuit du 2 au 3 juin : "Les généraux Mollière et Levaillant avaient donc chacun leur mission ; le premier devait pénétrer, par le mur d'enceinte côté sud, dans les jardins de la villa Pamphili; Cette superbe habitation occupait le centre d'un mamelon qui se reliait à l'est au mur d'enceinte de Rome. La villa se dressait au milieu de jardins, de prairies, de bosquets de pins, entourée d'une ceinture de murs hauts de trois mètres, et épais d'environ cinquante centimètres. L'ennemi y avait envoyé un bataillon de chasseurs lombards. Celui-ci avait fait barricader les issues du côté du sud, de l'ouest et du nord, mais il avait eu le tort de ne faire construire ni banquettes, ni tranchées, ni parapets [...]. Dans la colonne Molliere, l'opération avait été menée moins rapidement et moins brillamment que dans la colonne Levaillant. On n'avait pas eu la bonne fortune de trouver une grille ouverte, il avait fallu faire une brèche. A deux heures et demie la brigade Mollière était massée à peu de distance de la villa, contre le mur d'enceinte qui longe la via Nocelta, du côté du midi. La compagnie des sapeurs du génie, sous les ordres du chef de bataillon Frossard et du capitaine Puiggari, vint se placer au pied de la murailles Pas de factionnaire en dehors, pas de guetteur aux fenêtres, le silence le plus complet. Le capitaine Puiggari s'efforce d'introduire un sac de poudre dans une ouverture qui servait à la sortie des eaux et que fermait un grille en fer. Le sac ne pénétrant pas par l'ouverture un peu étroite, les sapeurs l'élargissent avec leurs pics. (L'expédition de Rome - Bittard des Portes)"

Lors de la suite du siège de la ville, Puiggari monte 8 tranchées et le 13/6/1849 il est blessé par un éclat d'obus à la jambe. Dans la nuit du 29/6/1849, il contribue à la fausse attaque de la porte du Peuple comme tête de colonne et reçoit la croix de la Légion d'Honneur le jour suivant : "Le commandant Frossard lui donna ordre de prendre un soir quelques hommes, notamment un sergent Corse qui parlait italien, et de se porter à proximité d'un bastion occupé par les Garibaldiens ; là le sergent devait engager la conversation avec la sentinelle ennemie et puis s'approcher d'elle ; deux ou trois sapeurs et la capitaine Puiggari devaient successivement rejoindre le sergent, enfin le commandant suivrait et l'on aviserait. Quand le factionnaire italien se vit entouré de Français, il menaça de faire feu, il tira en l'air et se sauva, entrainant le poste. Puiggari, chargé de reconnaitre les lieux s'avança jusqu'au Tibre, seul armé de deux pistolets. Le lendemain, Rome était enlevé d'un autre côté, mais le capitaine Puiggari et ses hommes avaient été les premiers à pénétrer dans la ville." (extrait de la notice nécrologique du Colonel Puiggari). Lors du siège, le capitaine Puiggari a été dessiné par Raffet.

Revenu d'Italie en 1850, la suite de sa carrière s'effectue en France, sans relief particulier et sans participer à d'autres campagnes. D'une personnalité excessivement modeste et discrete, attaché à son Roussillon natal, Puiggari n'a en effet jamais recherché de promotion qui aurait pu l'en éloigner. Il est ici photographié comme chef de bataillon, commandant l'école régimentaire du génie de Montpellier. Il finit sa carrière comme Colonel, directeur des fortifications de Perpignan, Commandeur de la Légion d'Honneur.

Il est mort le 31/12/1890.

Photo Huget Moline (Montpellier)

   


La Baltique

Une escadre franco-britannique est envoyée en mer Baltique sous les commandements des amiraux Charles Napier et d'Alexandre Ferdinand Parseval-Deschênes. Forte de 20 000 hommes (marins, marines britanniques, troupes de l'infanterie de marine et de l'infanterie de ligne françaises), elle s'attaque aux forts de la côte finlandaise, en particulier à la forteresse de Bomarsund (dans les îles Åland, à l'entrée du golfe de Botnie). En août 1854, après un bombardement intense de la forteresse de Bomarsund, les alliés débarquent 12 000 soldats, contre les 3 000 défenseurs finlandais. Les alliés ont 17 tués, alors que les Finlandais perdent 1 700 hommes, dont 300 prisonniers. La forteresse est détruite par le génie français. L'expédition se termine sans autre action notable.

   

Jospeh Charles Théodore Parmentier

Né à Barr en Alsace le 14/3/1821, ce polytechnicien, élève de l'école d'application en 1842 est promu Capitaine en 1847 et nommé aide de camp du général Niel.

Il accompagne cet officier nommé commandant du génie lors de l'expédition de la Baltique et assiste au siège de Bomarsund après lequel il reçoit la croix de la Légion d'Honneur. Toujours affecté à l'état major de Niel, il le suit lorsque celui ci rejoint la Crimée comme envoyé spécial de l'Empereur. Il y reste près d'une année, participant à l'assaut final contre Sébastopol.

Promu Chef de bataillon en 1857, Parmentier est toujours aide de camp de Niel, cette fois commandant du 4e corps d'armée et se distingue à la bataille de Solférino. C'est ainsi lui qui a l'honneur d'apporter à l'Empereur les 7 drapeaux que le 4e corps d'armée venait de prendre aux Autrichiens. Il reçoit la croix d'officier de la légion d'Honneur.

Colonel en 1870, il sert comme chef d'état major du génie du 1er corps d'armée  et participe à la bataille de Froeschwiller où il a deux chevaux tués sous lui, puis à Sedan où il fait partie des officiers faits prisonnier après la capitulation de l'armée impériale.

Il finit sa carrière Général de Division, grand officier de la Légion d'Honneur.

Hormis sa belle carrière militaire, Parmentier se signale par sa passion de la musique (il a épousé la célèbre violoniste Thérésa Milanollo en 1857 et fut lui même compositeur amateur), son intérêt pour les mathématiques la géographie et l'astronomie (écrivant plusieurs ouvrages sur le sujet) et son attachement aux thèses du fourriérisme, illustrant ainsi la réputation libérale et républicaine des officiers de l'arme du génie.

Photo Disdéri (Paris)

 

Philippe Auguste Karth

 

Né le 25/1/1818 à Mutzig, Karth est polytechnicien. Promu Lieutenant en 1841, il sert d'abord en Algérie et fait campagne dans l'Ouarsenis en 1842, puis contre les Beni Menacer (avril 1843) et en Kabylie en juin 1847.

Promu Capitaine en 1845, il rejoint le 3e régiment du génie. En 1854, il est désigné pour faire partie de l'expédition de la Baltique. Il y participe comme officier à l'état major du génie, les troupes de cette arme étant aussi représentées par une compagnie de sapeurs de 150 hommes (6e compagnie du 1e bataillon du 1er régiment). La faible taille de cet effectif ne permettait pas d'imaginer autre chose que la prise d'une petite place. Après la reddition de la forteresse, le génie est spécialement chargée de sa destruction, la forteresse étant rasée.

Après la Baltique, il sert durant la campagne d'Italie à l'état major du génie, puis au dépôt des fortifications. Il finit sa carrière comme Colonel. Il est mort le 6/8/1898.

 

Photo Crémière (Paris)


La Crimée

La guerre de Crimée et plus spécialement le siège de Sébastopol, représente l'apogé de l'arme du génie durant les campagnes du Second Empire. Détailler ici les péripéties de ce siège de neuf mois (du 9/10/1854 au 11/9/1855) serait hors de portée de ce site. L'armée doit organiser un siège que rien ne laissait prévoir. Les armes de l'artillerie et du génie se surpassent durant cette période : construction d'un vaste réseau de tranchées entourant la ville, mise sur pied des batteries de siège, participation à la guerre de mine, aux coups de main et aux assauts infructieux, jusqu'à l'assaut victorieux du 8/9/1855 sur le fort de Malakov qui entraine la chute de la ville.

   

Adrien Charles Salanson

Né le 24/4/25 à Florac, Adrien Salanson est le fils d'un docteur en médecine. Elève à Polytechnique, puis à l'école d'application, il est nommé Lieutenant le 1/10/47. Nommé à la division d'occupation de Rome en 1850, il est promu Capitaine le 31/10/50, puis rejoint l'Algérie.

Il rejoint la Crimée en janvier 1855 et va se distinguer à plusieurs reprises lors du siège et des assauts de Sébastopol. Affecté aux attaques de droite durant toute la campagne, il contribue à ériger 46 tranchées. Le 23/3/55, il est engagé et légèrement blessé.
Lors de l'assaut du mamelon vert, le 7/6/55, il commande les troupes du génie de la colonne d'assaut et à la tête d'une brigade de 29 sapeurs, il fait executer après l'enlèvement de l'ouvrage et en arrière d'un bourrelet de terre qui existait à la gorge, un logement pour les troupes. Il participe de nouveau activement à l'assaut général du 18/6/55. Blessé une nouvelle fois le 14 juillet, il est enfin, le 8/9/55, à la colonne d'attaque du petit redan (bastion 2) qui voit la chute de la ville. Il y est une nouvelle fois blessé, encore peu grièvement. Il revient de Crimée décoré de la croix de la Légion d'Honneur.

Après la Crimée, Salanson poursuit une brillante carrière : Il est aide de camp des généraux Dalhesme, puis Frossard, puis en 1870 il sert à l'armée du Rhin, comme sous chef de l'état major du génie. Interné après la chute de Metz, il fait campagne à l'armée de Versailles.

Après l'Empire, il occupe d'importantes fonctions : colonel du 1er régiment du génie, commandant de l'école polytechnique, puis de l'école d'application. Promu Général de Division en 1881, il commande une division d'infanterie, le génie de la Place de Paris 1884, puis finit sa carrière comme Gouverneur de Verdun, membre des comités des fortifications et de l'état major. Il est fait Grand Officier de la Légion d'Honneur en 1887.

Photo Disdéri (Paris)


 

La guerre de 70

Durant la guerre de 1870, l'arme du génie n'a pas beaucoup l'occasion de s'illustrer, les principales batailles ayant lieu en rase campagne. Si les Prussiens organisent plusieurs sièges de places fortes (Metz, Paris, Strasbourg...), les opérations relèvent plutôt du blocus que de la guerre de siège. L'histoire retient cependant le siège de Belfort et celui de Bitche durant lesquels les français furent en mesure de resister aux Prussiens.

Pierre Marie Philippe Artstide Denfert Rochereau

Né le 11/1/1823 à Saint Maixent, il est diplômé de Polytechnique en 1842, puis de l'École d'application de l'artillerie et du génie de Metz (1845). Il en sort en 1847 pour être affecté au 2e régiment du génie en tant que Lieutenant.

Il se distingue lors de l'expédition de Rome en 1849 et participe ensuite à la guerre de Crimée en 1855, puis est en poste en Algérie de 1860 à 1864.

Nommé gouverneur de la place de Belfort en 1870, il est confronté dès novembre à l'attaque puis au siège des armées, menées par le général Werder. Il mène alors avec sa garnison de 15 000 hommes et la population de la ville une résistance héroïque de 103 jours, contre les 40 000 hommes de Werder. Ce n'est que le 18 février 1871, sur un ordre du gouvernement de la Défense nationale, présidé par Louis Adolphe Thiers, qu'il accepte de quitter librement et invaincu Belfort avec ses troupes et ses armes évitant ainsi l'humiliation d'une défaite.

Officier republicain, devenu héros national, il est élu député à l'Assemblée nationale, où il soutient la politique de Léon Gambetta. Il meurt à Versailles en 1878.

Photo Carjet (Paris)

          


 

La reconstruction

La guerre franco-allemande a montré les faiblesses du système défensif français et l'obsolescense de ses fortifications. Cette faiblesse s'accroît en raison des conséquences du traité de Francfort qui renforce l'isolement diplomatique du pays et rapproche la frontière allemande de Paris avec l'abandon de Metz et Strasbourg. Priorité est alors donnée à la fortification des frontières. En 1872 est créé le « Comité de Défense » qui siège de 1872 à 1888 et qui a pour mission la réorganisation défensive de toutes les frontières de France, aussi bien terrestres que maritimes. L'arme du génie y joue un rôle prépondérant. Le programme complet des fortifications proposé au Comité de Défense est estimé à 400 millions de francs. Le 17 juillet 1874, l'Assemblée nationale vote le financement d'une première tranche de travaux à hauteur de 88 millions, dont 29 au titre de l'année 1874. Les études et les terrassements commencent en fait avant le vote du financement, car il y a urgence suite aux menaces de guerre avec l'Allemagne. Le système défensif est basé sur un réseau de places fortes de frontière (Lille, Maubeuge, Verdun, Toul, Epinal, Belfort, Pontarlier, Biançon et Nice) entièrement rénovées pour resister aux nouveaux matériels d'artillerie, reliées entre elles par un rideau défensif de forts d'arrêt, ménageant néanmoins des trouées permettant de canaliser l'avance de l'ennemi. Même si les fortifications construites se retrouvent obsolètes dès 1880 et l'invention de l'obus torpille, necessitant le déclassement de certaines places devenues inutiles, les bases géographiques fixées par le programme resteront durables et fondent les nouveaux modèles de forts mis en place jusqu'en 1914.

     

Raymond Adolphe Séré de Rivière

Né le 20/5/1815 à Albi, Séré de Rivière est Polytechnicien en 1835. Promu Capitaine en 1843, il est nommé à Toulon oú il développe ses idées sur un système de forts détachés. Affecté toute sa carrière sur des projets de fortifications (Carcassonne, Orléans, Paris et Nice), il ne participe qu'à une seule campagne, celle d'Italie, comme Chef de bataillon (grade du 24/12/1853), commandant le génie d'une division d'infanterie. Il est blessé au combat de Melegnano d'une balle qui lui traverse la jambe gauche. Il est ici photographié peu après cette campagne, avec les croix d'officier de la Légion d'Honneur (reçue le 20/6/1859), de l'Ordre militaire de Savoie (reçu le 16/1/1860) et la médaille d'Italie.

De 1864 à 1868, il entame la réorganisation des fortifications du camp retranché de Metz comme chef du Génie, puis celles de Lyon, poste qu'il occupe durant les premiers mois de la guerre de 1870. Nommé Général de Brigade en octobre 1870, il commande le génie de l'armée de l'Est, puis celui du 2e corps de l'armée de Versailles, contre la Commune où il s'illustre en organisant la prise des forts d'Issy et de Vanves, tenus par les insurgés.

Après la guerre, Séré de Rivière est nommé membre du Comité de défense, dont il devient secrétaire en juin 1873. Six mois plus tard , il est promu à la tête du service du génie au ministere de la guerre et devient désormais la tête pensante des travaux de remise à plat du système défensif français. Il expose ses idées dans deux rapports : "Considérations sur la reconstruction de la frontière de l'Est" (21 juin 1873) et "Exposé sur le système défensif de la France" (20 mai 1874).

En 1880, alors que les travaux sont déjà bien avancés et à la suite de rivalités internes, de manœuvres politiques et de critiques de son système défensif, le général Séré de Rivières est évincé du Comité le 10 janvier et mis à la retraite. Mais son impulsion durable a été donnée et son oeuvre est déjà considérable.

Il est mort le 16/2/1895, Général de Division, Grand Officier de la Légion d'Honneur

Photo Crémière et Hansftangl (Paris) 

 

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