La prise des ouvrages blancs et du mamelon vert devant Malakoff (7/6/1855)



Mort du Colonel Brancion le 7/6/1855
Alexandre Protais


Texte de leon Guerin (Histoire de la dernière guerre de Russie - 1853-1856 - Paris 1858)

A cinq heures de l'après-midi du 7 juin, le général Pélissier, avec les généraux Niel, Frossard, Thiry, Eugène Beuret, Trochu et Martimprey, arriva à la redoute Victoria, pendant que lord Raglan se rendait à l'Observatoire anglais, et que le général Bosquet se plaçait à la batterie de Lancastre, voisine de la redoute Victoria. Une demi-heure environ après, les colonnes d'attaque étaient formées à l'entrée du ravin qui séparait la droite anglaise de la gauche française, et le général Bosquet adressait à chaque bataillon quelques paroles chaleureuses auxquelles les soldats répondaient par des vivats en s'élançant droit devant eux dans le ravin. En tête étaient les tirailleurs algériens, grands, souples, basanés, à la physionomie maure ou arabe ; venaient ensuite, courant plutôt que marchant, les bouillants et tumultueux zouaves qui semblaient triompher d'avoir, ce jour-là, le pas sur les rapides chasseurs à pied. Les chasseurs étaient suivis de l'infanterie de ligne. Toutes ces troupes s'avançaient, par le ravin, vers les tranchées. A six heures et demie, sur l'ordre du général Bosquet, des fusées filant dans l'air donnèrent le signal de l'attaque. .

Prise de la redoute Volinsk.

La première fusée avait à peine éclaté, que l'on vit sortir les troupes des tranchées comme de bourdonnants essaims d'abeilles, officiers et sapeurs du génie précédant la colonne.
Lancée par le général Mayran, la colonne Lavarande, n'étant séparée que de trois cents pas de la redoute Volinsk, arriva la première à l'attaque du point qui lui était dévolu, sous un feu de mitraille des plus terribles ; elle fit irruption dans l'ouvrage par les brèches et les embrasures.
Le sergent Thouzellier, du 3e du génie, y entra le premier de tous, et pendant que, se retournant avec quelque fierté vers les zouaves, il s'écriait : " Ah ! Messieurs, vous ne direz pas cette fois que c'est vous qui êtes entrés les premiers ", il fut enveloppé par les Russes. Soudain le jeune capitaine Pillault-Delaboissière, du 3e du génie, se jette, l'épée à la main, à travers les ennemis pour le dégager au moment où il a déjà reçu trois coups de baïonnette et lui fait un rempart de son corps. Mais, victime du plus beau dévouement, il tombe lui-même atteint de coups qui, à quelques jours de là, le raviraient à l'armée. Son action et sa gloire devraient être immortelles. Le sergent Thouzellier fut sauvé.
Les compagnies du 19e bataillon de chasseurs à pied du commandant Caubert, engagées de ce côté, firent merveille.
Le 2e de zouaves, mené par son colonel Saurin et dont la tête avait pénétré dans l'ouvrage au même instant que le détachement du génie et les chasseurs à pied, fit une ample moisson d'ennemis, qui à coups de baïonnette, qui à coups de crosse de fusil ou à coups de pierres et en les saisissant à la gorge ; mais ce ne fut pas sans voir nombre de ses plus braves officiers mortellement blessés. Là se firent admirer les capitaines de La Vaissière, Pruvost, Doré, Lescop, Lauer, et le sous-lieutenant Beysser, qui devaient être tous bientôt perdus pour l'armée ; les capitaines Javary, Pouyanne, le sous-lieutenant de Cetto, les sous-officiers Susini, Vuamet, se distinguèrent aussi dans le 2e de zouaves.
Le colonel Cendrecourt donna un vigoureux appui avec le 4e régiment de marine, où les capitaines de Pallières, Trexon, Graeve, le lieutenant Barolet, le sergent Hachon, le caporal Habeille s'acquirent, et quelques-uns d'entre eux au prix de leur vie, les honneurs de l'ordre du jour ou de la décoration. Tant de valeur l'emporta sur la ténacité des Russes qui abandonnèrent la redoute en y laissant des morts et des blessés par monceaux. Le général de Lavarande avait été vu partout au milieu du danger auquel il échappa ce jour comme par miracle. .

Le sergent du génieThouzellier
Blessé, décoré et promu après l'assaut


Lieutenant de Barolet
4e régiment d'infanterie de marine
Cité lors de l'assaut
Il sera blessé le 18/6


Capitaine Berthomier des Prots
2e régiment d'artillerie
décoré pour la qualité de son feu à l'appui de l'attaque

 

La prise de la redoute Selenginsk

En même temps, la colonne de Failly avait franchi l'espace de cinq cents pas qui la séparait de la redoute Selenginsk, sous un violent feu de front et de flanc. Le général de Failly, payant de sa personne comme le général de Lavarande, entraîne ses troupes, en masse compacte, à l'escalade du parapet ; il entre dans l'ouvrage, et là, comme dans la redoute Volinsk, un affreux carnage a lieu où le sang russe et le sang français coulent confondus dans un étroit espace. Le génie, que le commandant Veye-Chareton dirigeait dans les deux positions avec une activité remarquable, fit là, comme à la redoute Volinsk, admirer son sang-froid et son courage.
Le bataillon du 19e chasseurs à pied, dont une moitié formait la tête de colonne du général de Failly, montra la même impétuosité sur tous les points qu'il devait attaquer dans cette journée, où se distinguèrent le capitaine Suire, les lieutenants Gavenue et Mathelin, les sous-officiers Proust et Gras, le sapeur Troté et le chasseur Limoges.
Le colonel Danner du 95e fut blessé, et avec lui plusieurs officiers de son régiment. Le capitaine Lestorey, le lieutenant Schwartz, les sous-officiers Rivière, Michel, Nirascou et le caporal Riter s'acquirent beaucoup d'honneur dans le 95e, mais plus d'un le paya de son sang. Le brave commandant Tigé, du même régiment, fut frappé à mort.
Il y eut aussi beaucoup de valeur de déployée dans le 1er bataillon du 97e, conduit par le colonel Malher et par le commandant Boissié, qui gagna la croix en ce jour, comme le commandant Guyot de Saint-Rémy, comme le capitaine Laurent et le sergent Rappon, dont les noms s'associèrent à ceux des capitaines Lespinasse, Guyot et Kubler, cités à l'ordre du jour de l'armée. La redoute Selenginsk fut emportée à l'arme blanche de même que la redoute Volinsk.
Les ennemis, chassés des Ouvrages-Blancs, se retirèrent en désordre, ceux-ci dans une batterie de mortiers établie en arrière sur le promontoire de Sapoune, pour défendre encore l'embouchure du ravin du Carénage dans la baie de ce nom ; ceux-là vers le pont-aqueduc qui traversait le fond de la baie même. Mais en ce moment le lieutenant-colonel Larrouy d'Orion, avec le bataillon du 61e, commandant Pradier, - et celui du 97e de ligne, accomplissait avec autant de vigueur que d'habileté son mouvement tournant. Après avoir descendu le ravin du Carénage, il gravissait les escarpements de la rive orientale de la baie, et coupait la retraite à une partie des fuyards qui se dirigeaient vers le pont. Douze officiers et quatre cents soldats russes tombèrent en son pouvoir.
Déjà le général Pélissier pouvait s'apercevoir qu'il serait impossible d'arrêter juste au but l'ardeur des soldats. Une partie de ceux qui avaient enlevé les Ouvrages-Blancs se laissa entraîner à la poursuite de l'ennemi, le chassa encore de la batterie de mortiers dans laquelle il s'était réfugié, puis se disposa à se retirer de cette position, impossible à conserver pour le moment, après en avoir encloué les pièces, et alors que de fortes réserves russes s'avançaient pour la reprendre.
Une charge à la baïonnette, ordonnée fort à propos par le général Mayran, permit aux Français d'évacuer la batterie de mortiers sans être poursuivis et leur donna même encore soixante prisonniers ; parmi lesquels trois officiers. Les colonnes Lavarande et de Failly, soutenues par la brigade de Saint-Pol, se rallièrent dans les Ouvrages-Blancs, que les Russes, complètement déroutés par la manoeuvre du colonel Larrouy d'Orion, durent renoncer à reprendre. Ce succès définitif ne fut pas sans coûter des pertes assez nombreuses jusque dans les troupes de soutien, où le commandant Kleib, du 57e de ligne, reçut un coup qui devait être mortel. Le commandant Gustave Douay, du 17e bataillon de chasseurs à pied, et le général de Saint-Pol lui-même furent au nombre des blessés. .

Lieutenant Mathelin
19e bataillon de chasseurs


Commandant Pradier
61e régiment
Cité et décoré lors de l'assaut
Il sera blessé le 8/9 lors de la prise de Sébastopol


Capitaine Lecomte
95e régiment
Blessé à la fesse droite
dès la sortie de la tranchée
Futur général, exécuté sous la Commune


Capitaine du Bois de Jancigny
Gendarmerie de la garde
"contusion au thorax et fracture des côtes par eclat d'obus"


Sous Lieutenant Ernest François Quarante
95e régiment
Blessé durant l'assaut
"Officier distingué sous tous les rapports"


Commandant Bounetou
61e régiment
Commande le bataillon qui fortifie le Mamelon vert
après sa capture

La prise du Mamelon Vert

Cependant la brigade Wimpffen, son général envoyant ses ordres de la tranchée la plus rapprochée, s'était avancée en trois colonnes à l'attaque de la lunette ou plutôt de la redoute du mamelon Vert, sous le feu de front de l'ouvrage et sous les feux convergents du Grand-Redan et des batteries situées à la gauche de Malakof. Elle avait enlevé deux coupures de terrain avancées et une ligne d'embuscades.
L'intrépide colonel de Brancion; à la tête du 50e de ligne, aborda ensuite résolument l'ouvrage ennemi par le front, tandis que le colonel de Maureilhan-Polhes, à gauche, avec le 3e de zouaves, l'attaquait par le flanc occidental, et que le colonel Rose, à droite, avec les tirailleurs algériens, enlevait une batterie de quatre pièces, annexe de l'ouvrage principal et s'y établissait avec l'aide du génie. Le colonel de Brancion, après avoir franchi le fossé du mamelon, escalade le talus, s'élance au parapet, mais sans drapeau, donnant aux siens l'exemple du plus fougueux courage.
Le brave 50e, où se distinguèrent entre tous le commandant Signorino; les capitaines du Gadin, Mena, Bernard, le lieutenant Gasc, l'adjudant Dubourg, les sergents Champon et Chevalier, le caporal Poussin, et les soldats Delaunay et Colin, tous mis à l'ordre ou décorés, le brave 50e tue de front tout ce qui ne fuit pas devant lui, tandis que le 3e de zouaves, avec son colonel de Maureilhan de Polhes, et les tirailleurs algériens, sous le colonel Rose, prennent l'ennemi en flanc et lui font subir aussi de rudes pertes.
Les commandants du Moulin, de Narbonne-Lara, les capitaines Candolive et Leclerc, les lieutenants Brun et Chevalier, les sous-officiers Lemosy et Capon, les caporaux Grammont et Roulet, tous du 3e de zouaves, s'honorèrent particulièrement dans cette attaque, ainsi que bien d'autres de leurs camarades.
Aux tirailleurs algériens, l'intrépide commandant Gibon, les capitaines Piétri, Conot, Monassot, Roquefeuil, les lieutenants Humery, de Lammerz, le sous-lieutenant Moustapha-ben-Ferkatadji et plusieurs autres qui devaient, comme ce brave Africain, sceller leur gloire de leur sang, se montrèrent aux premiers rangs des assaillants.
Les Russes, écrasés sur leur front et sur leur flanc, évacuèrent le mamelon Vert ; ils allèrent en désordre chercher un refuge dans Malakoff qui courait en ce moment un danger tout à fait imprévu, car il s'y trouvait si peu de défenseurs encore que les Russes arrivèrent du Grand-Redan même pour secourir cette clef de la Karabelnaïa. .

Le colonel De Polhes
commandant le 3e régiment de zouaves


Colonel Rose
commande le regiment des tirailleurs algériens

capitaine Ména
50e régiment
promu chevalier de la LH

Capitaine Gibon
Tirailleurs algériens
Il sera tué en 1870


Commandant du Moulin
3e régiment de Zouaves
s'illustre en Crimée, en Kabylie et en Italie


Antoine Caton
Sergent au 50e RI (plus tard gendarme de la Garde)
reçoit quatre blessures lors de l'assaut
Promu et décoré

Capitaine Morin
50e RI
Futur Colonel en 1870


Sous lieutenant Vincendon
2e régiment de Zouaves
Blessé d'un coup de feu à la poitrine

Tentative avortée sur Malakoff

L'espace à parcourir entre le mamelon Vert et le bastion de Malakoff était d'environ quatre cents mètres, mais le soldat emporté par la victoire calcule rarement la distance. Se préoccupant moins encore de n'être pas munies des moyens nécessaires de franchir les obstacles, les colonnes victorieuses auxquelles manquait pour les retenir la présence immédiate du général Wimpffen, se précipitèrent sur les pas des fuyards.
Le colonel de Brancion, après avoir témoigné un instant de son désir de ne pas dépasser le but, s'était laissé emporter avec tous ses officiers par le mouvement de ses soldats, enlevés eux-mêmes par l'exemple des tirailleurs algériens ; il reçut un coup de feu à la jambe qui ne semblait pas encore arrêter son élan, quand un biscaïen le frappa mortellement en pleine poitrine. Le lieutenant-colonel Leblanc, homme aussi d'une superbe valeur, eut le même sort, et le commandement du 50e de ligne passa pour un moment au chef de bataillon Signorino, qui plus tard fut blessé. Comme surexcités par leurs pertes mêmes, les colonnes poursuivirent les Russes jusqu'au fossé de Malakof. Leur rage était au comble de ne pouvoir le passer et de ne se sentir pas soutenues au moment qui leur semblait opportun. Ne pouvant avancer et ne voulant pas reculer, elles tournent un instant autour du fossé, cherchant, farouches et l'œil en feu, par quel moyen elles pénétreraient dans le formidable ouvrage qui les inonde de mitraille. Les plus entreprenants se jettent dans le fossé, montent à l'escalade et déjà se cramponnent aux embrasures du bastion. Mais ils ne sont pas soutenus ; frappés à bout portant, ils sont précipités de l'escarpement et jonchent les retranchements ennemis de leurs cadavres. Pas un, pour ainsi dire, n'échappe à la mort.
Cependant, les troupes fraîches de l'ennemi qui, depuis un moment, se massaient derrière Malakof n'avaient pas encore paru, et l'artillerie presque seule portait des ravages dans les imprudentes colonnes. Mais, dès que celles-ci commencèrent à se replier, les Russes s'élancèrent, avec de grands hourras, à leur poursuite et arrivèrent presque aussitôt qu'elles au mamelon Vert. .

Reprise temporaire du Mamelon vert par les Russes, finalement laissé au pouvoir des français

Le général Bosquet, ému du vaillant, quoique si imprudent mouvement de la brigade Wimpffen, jugeant d'ailleurs que la conquête du mamelon courait de grands dangers, avait déjà donné ses ordres pour que la division Brunet vint prendre part à la lutte et appuyer la brigade Vergé, que le général Camou lançait au-devant des colonnes poursuivies pour les rallier. Le colonel Duprat de Larroquette, commandant par intérim la lere brigade de la division Brunet, accourut avec le 4e bataillon de chasseurs à pied, commandant de Fontanges de Couzan, le 86e de ligne, colonel Félix Hardy, et le 100e de ligne, qui était son propre régiment, et prit dans la parallèle la position que venait de quitter la brigade Vergé.
Mais avant que celle-ci eût pu arriver d'une manière décisive en aide aux trois colonnes en détresse, les Russes étaient déjà sur le mamelon, où le commandant du génie de Préserville n'avait pas eu le temps nécessaire de faire un commencement d'abri pour les Français. Les détachements de canonniers envoyés par le colonel de La Boussinière avec les colonnes d'attaques, n'avaient pu non plus utiliser encore contre l'ennemi les pièces qu'on lui avait enlevées sur ce point. La position était crevassée ; partout elle était encombrée de débris en feu; des fougasses, des magasins à poudre y faisaient explosion à chaque instant et la rendaient intenable pour des troupes en retraite et passées de l'offensive à la défensive.
La brigade Wimpffen, à laquelle les Russes firent deux cent soixante-quinze prisonniers, dont sept officiers, et qui compta encore, parmi ses nombreux blessés, les chefs de bataillon du Moulin et de Narbonne-Lara, du 3e de zouaves, et Gibon, des tirailleurs algériens, se mit à se reformer dans une position semi-circulaire au pied du mamelon que les Russes réoccupaient.
En même temps, le général Vergé se disposait en colonnes pour donner à son tour l'assaut à l'ouvrage repris par l'ennemi. Bientôt, battant la charge et ralliant les dernières troupes de la brigade en déroute, les nouvelles colonnes, formées du 3e bataillon de chasseurs à pied, commandant Tixier, des 6e et 82e de ligne, colonels Goze et de Castagny, montèrent le mamelon si meurtrièrement disputé. Ce ne fut pas sans semer la route de bien des tués et des blessés. Au nombre de ces derniers étaient le colonel Goze, du 68e, le lieutenant-colonel Adam, le chef de bataillon Saunac de Lanzac, du 82e, et le commandant Tixier, des chasseurs à pied, celui-ci gravement atteint par l'explosion d'une fougasse. La l ere brigade de la division Brunet, sortie de la parallèle où lui succéda promptement la brigade Lafont de Villiers, suivait le mouvement des colonnes du général Vergé. Le colonel Félix Hardy entraînait avec sa vaillance habituelle le 86e de ligne, quand il reçut le coup mortel. Mais son sang généreux, de même que celui de tant d'autres braves, ne devait pas être inutilement versé. Les Russes furent culbutés et chassés de nouveau de la redoute, d'où, cette fois, les Français n'eurent garde de descendre pour les poursuivre.
Tous ces événements, malgré les retours offensifs de l'ennemi, s'étaient passés dans un très-court espace de temps, et, au crépuscule du soir, comme l'avait prévu le général Pélissier, les Ouvrages-Blancs, le mamelon Vert et les Carrières étaient au pouvoir des alliés.
Restait à se maintenir et à se fortifier dans les positions conquises sous le feu de Malakof, du Grand-Redan et de nombre de batteries meurtrières qui balayaient le sol, en avant de la Karabelnaïa, avec d'autant plus de fureur et d'ensemble qu'elles n'avaient pas à craindre d'atteindre les Russes. Le général Frossard dirigea l'ensemble des travaux du génie qui, outre la perte du capitaine Delaboissière, eut à déplorer celle de l'habile et vaillant commandant de Préserville, chef d'attaque au mamelon Vert, déjà gravement blessé dans une circonstance précédente, et mortellement atteint cette fois d'un éclat d'obus dans les reins. C'était un officier d'un mérite supérieur. Le lieutenant Boyre périt aussi au poste du devoir où plusieurs autres officiers du génie reçurent des blessures, et où se distinguèrent, tant sur l'une que sur l'autre attaque, le commandant Veye-Chareton, les capitaines Pornain, Masselin, Salanson, les sous-officiers Thouzellier, Chéry, Maguin, Blancher, Serra, Je caporal Segonzac et le maître ouvrier Chauvey.
L'artillerie, tant dans ses détachements de canonniers qui avaient accompagné les colonnes d'attaque, que dans les batteries d'où elle avait dirigé un feu aussi actif qu'intelligent pour appuyer ces colonnes et les travaux du génie, comptait, de son côté, de regrettables pertes, entre autres celles des braves officiers Decasse et Tribouillard.
Les Russes n'avaient pas encore complétement renoncé à reprendre les positions qu'on leur avait enlevées. Après s'être massés, à la faveur de la nuit, dans les ravins, ils dirigèrent plusieurs attaques contre les travailleurs français et anglais. Tout était ténèbres, excepté sur les points où les étincelles de la mousqueterie éclataient comme au sortir d'une forge. Les trompettes résonnaient par moments pour donner l'alerte, et par moments des hourras, auxquels succédait le silence, annonçaient la tentative suivie de la défaite de l'ennemi. Ce ne fut qu'au jour, en voyant les alliés solidement établis déjà dans leurs nouvelles positions, que les assiégés perdirent tout espoir de les recouvrer. Ils évacuèrent même la batterie de mortiers dite du 2 Mai, qui se reliait aux Ouvrages-Blancs. Les vapeurs du fond de la grande baie qui avaient fait tant de mal aux assiégeants, se voyant exposés aux feux de ces ouvrages que les Français armaient en toute hâte, furent obligés de ne plus rester à poste fixe, comme ils le faisaient naguère, vers le fond de la grande baie, où ils servaient de batteries flottantes; ils allèrent chercher un abri dans le port militaire, où l'on apercevait le vaisseau de ligne les Douze-Apôtres en face de l'arsenal, présentant son travers aux nouveaux dangers qui menaçaient la place. .

Général Vergé


Général Camou
"le père Camou"
adoré de ses soldats

Commandant Fontanges de Couzan
86e RI

Paul Padovani
Sergent major du 6e RI
"cuisse gauche traversée par une balle"
passe ensuite dans la garde Impériale

Cyr Patasson
capitaine au 86e RI
blessé d'un coup de feu


Capitaine Salanson
Commande le génie de la colonne d'assaut
puis fortifie la position prise


Capitaine Brice
6e régiment
Blessé à l'oeil et à la joue

Commandant Godine
85e RI
fait chevalier de la LH

Lieutenant Colonel Marie Etienne Emmanuel Bertrand de Chabron

Commandant en second du 86e régiment d'infanterie.

"Vigoureux officier, d'un esprit très sage, très sérieux et très décidé"

Mis en réserve de l'assaut, le 86e régiment d'infanterie est appelé pour reprendre le mamelon vert un temps réoccupé par les Russes.
"Au moment où il débouche du ravin pour entrer dans les tranchées, une bombe tombe au milieu des tambours qui précèdent le colonel. Il y a un moment de confusion. "Ce n'est rien, dit le Lieutenant Colonel de Chabron en se retournant, nous allons en voir bien d'autres. Battez la charge !" (Historique du régiment)
Apres le mort du colonel Hardy devant le fort de Malakoff, de Chabron prend le commandement du régiment et fait organiser le mamelon vert en établissant une gabionnade qui ferme l'ouvrage à la gorge et qui permet de titrer à couvert.
Futur héros de Palestro (le 31/5/1859) à la tête du 3e régiment de Zouaves. Finira sa carrière comme général de division et Sénateur.

   

Bilan de la journée

Les Russes avaient perdu soixante-treize bouches à feu, mais en général réduites, dans le combat, à un assez mauvais état. On leur avait fait cinq cents prisonniers. Ils accusaient deux mille huit cents hommes tant tués que blessés. L'intrépide général Timofief, commandant la 5e division de la ligne de défense, était au nombre des morts.
Enfin, ils laissaient au pouvoir des alliés toutes leurs contre-approches du côté du faubourg, comme ils avaient déjà été forcés de leur abandonner celles du côté de la ville.
Les alliés, par suite surtout de leur impétueux mouvement hors des limites qu'on leur avait fixées, n'avaient pas été sans payer bien chèrement leur victoire. Les Français comptaient, dès le premier moment, six cent vingt-huit des leurs tués, dont soixante-neuf officiers, et quatre mille cent soixante blessés, dont deux mille cent quatre-vingts légèrement ; parmi les blessés, il y avait deux cent trois officiers, dont près de cent grièvement atteints. Une partie de ceux-ci survécut peu au combat. Le commandement du 50e de ligne avait fini par passer au capitaine de voltigeurs, depuis commandant du Gardin. Les zouaves et les tirailleurs algériens n'étaient pas mieux traités. Les Anglais, de leur côté, eurent au moins cinq cents hommes hors de combat.

Charles Alexandre Fay
Officer d'état major
"s'est particulièrement distingué"

Joseph d'Andlau
capitaine d'état major
Cité et décoré de la Légion d'Honneur
qu'il perdra en 1887 après sa condamnation dans l'affaire des décorations

 


 

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