Le régiment des Zouaves de la Garde

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Historique

 

Le régiment des zouaves de la Garde est créé le 23 décembre 1854. Les hommes sont tirés des régiments de zouaves et des bataillons de chasseurs servant en Crimée. Quatre compagnies sont envoyées en Crimée et y débarquent le 28/1/1855. Le 15 mars 1855, la première revue est tenue et général Canrobert lui remet son drapeau, devant Sébastopol. Dès sa création, il est engagé au siège de Sébastopol. Lors de la prise de Malakoff, le régiment intervient en soutien dans la gorge de l'ouvrage et lutte au corps à corps pour repousser la contre attaque russe, y perdant 300 hommes sur les 590 engagés.
En 1859, le régiment subit de lourdes pertes à Magenta en forcant le ponte nuovo. La bataille lui coute 57 tués et 205 blessés sur 1000 hommes.

Entre 1860 et 1870, le régiment fait le service auprès de l'Empereur et escorte certains souverains en visite en France, notamment l'Impératrice de Russie en 1860.

En 1870, il combat à Rezonville. Le 1er bataillon arrète les prussiens devant les bois de St Arnould et le bois de Ognons, le 2nd bataillon subit sans broncher pendant de longues minutes les feux de l'artillerie ennemie. Pas engagés à Saint Privat, les Zouaves contribuent à la bataille de Ladonchamps lors du siège de Metz. A la capitulation de la place, le régiment refuse de livrer son emblème. Le 28 octobre, devant le colonel et tous les officiers réunis, l'aigle est dévissé, le pied est martelé et enterré, la cravate est répartie entre les officiers supérieurs, la soie est mise en pièces et les morceaux distribués comme des reliques aux officiers présents.

Le régiment est enmenné en captivité et ne sera pas reconstitué.

Martial Chazotte

Né le 24/6/1823 à Lyon, il entre dans l'armée comme chasseur au 3e bataillon en mars 1843. Durant 11 ans, il va servir en Algérie. En avril 1847, il passe comme sergent au bataillon des tirailleurs indigènes d'Alger. Le 16/5/1847 il se signale au combat de Béni Ablès.
Ses brillants états de service lui permettent d'obtenir le grade de Sous Lieutenant le 1/10/1851. Le 14/12/1852, il se signale au siège de Laghouat et est cité à l'ordre de l'armée.

Promu Lieutenant le 10/8/1853, il est nommé chevalier de la légion d'Honneur le 3/3/1854.

Il fait la campagne de Crimée au régiment des tirailleurs algériens. Il sert durant le siège de Sébastopol dans la compagnie des eclaireurs volontaires qui font le coup de main dans les avants postes du siège et est blessé d'une contusion par un éclat d'obus le 19 décembre 1854, à peine deux jours après la création de cette unité, lors d'une sortie nocturne. Distingué par son courage, il est nommé au régiment des Zouaves de la Garde peu après sa création, en mars 1855. Il  se distingue une nouvelle fois le 18 juillet dans la parallèle avancée du ravin du Carénage devant Sébastopol. Blessé d'un coup de feu à la cuisse gauche, il y est cité à l'ordre de l'armée et nommé Capitaine le 1/8/1855.
Durant la campagne d'Italie, il est blessé une nouvelle fois, à Magenta le 4/6/1859 d'un coup de feu au front, à la tête de la 6e compagnie du second bataillon. En 1860, il est capitaine adjudant major du bataillon, fonction reconnaissable au galon doré entre les deux galons argentés, sur cette photographie prise par Carjat. Il fait partie du bataillon envoyé à Nice pour escorter l'Impératrice de Russie.

Il est nommé Chef de bataillon le 17/6/1865 au 3e régiment de zouaves et passe au 4e régiment des voltigeurs de la Garde Impériale le 4/3/1868 et recoit peu après la croix d'officier de la Légion d'Honneur. A Rezonville, en aout 1870, il en commande le 1er bataillon et il est grièvement blessé au pied droit d'un eclat d'obus tiré par la grande batterie allemande déployée à Vionville, alors qu'il déploie son bataillon 150 metres devant l'artillerie de la Garde afin de la couvrir. Cette blessure est la la quatrième de sa carrière...

Il termine son brillant parcours militaire comme Colonel (12/11/1875) du 4e régiment d'infanterie et en 1878 reçoit la croix de commandeur de la Légion d'Honneur, ultime récompense d'une carrière exceptionelle.

Il est mort le 12/3/1885.

Photo Carjat (Paris)

      


 
   

Ernest Chenu

Né le 31/8/1836 à Melun. Saint Cyrien de la promotion du Prince Impérial (1855-1857), il est nommé Sous lieutenant le 1/10/1857 au 90e RI alors que son régiment est en Algérie. Il y restera jusqu'en 1859 et sera envoyé ensuite en Italie où il participe à la bataille de Magenta, son régiment y perdant son colonel. Durant la bataille, sur le Ponte di Magenta, Chenu est blessé d'un coup de feu à la fesse droite.

Lieutenant le 21/1/1863, Chenu rejoint brièvement le regiment des Zouaves de la Garde en fevrier 1869, peu avant sa promotion au grade de Capitaine le 7/8/1869, et le quitte quelques jours plus tard pour passer au 3e régiment de tirailleurs algériens. Ce court passage nous vaut cependant cette photo.

Resté au dépôt, il ne participe pas à la guerre de 1870 en France, mais il fera l'expédition de Kabylie en 1871 comme adjudant major d'une colonne montée vers Ouargla. Pour cette campagne, il recevra la croix de la légion d'honneur le 14/1/1872. 

Sans doute fatigué de cette expédition outre mer, il permute en 1874 et rejoint le 118e RI en France comme capitaine adjudant major. Il passera ensuite au 31e RI en 1876.

Il est mort le 18/9/1880.

Photo Penabert (Paris)


Charles Denis Ziéger

Né le 3/10/1834 à Paris, il est engagé volontaire au 47e régiment d'infanterie en 1852. Promu sous officier en 1854, il sert en Orient de mars 1855 à juin 1856. Le 11/7/1855 il est blessé d'une forte contusion au genou gauche par un éclat de bombe dans la tranchée devant Sébastopol.

Il est promu Sous lieutenant le 4/6/1860 au 53e RI et passe aux Zouaves de la Garde Impériale en juillet 1862. Il y est nommé Lieutenant le 11/3/1868.

Durant la guerre de 70, il sert à la 5e compagnie du 2e bataillon. Lors de la bataille de Rezonville, ce bataillon est sévèrement engagé par l'artillerie prussienne et perd son capitaine ; Ziéger prend alors le commandement de la compagnie. Deux jours plus tard, lors de la bataille d'Amanvilliers (ou Saint Privat), Ziéger est blessé, l'un des rares officiers de la Garde blessé ce jour, ce corps d'armée n'ayant pas été engagé par le maréchal Bazaine.

Après la guerre de 70, Charles Ziéger passe au 4e régiment de zouaves, puis en juillet 1871, il passe dans la Garde Républicaine (ce qui n'est pas banal pour un ancien officier de la Garde Impériale). Il reçoit la croix de la légion d'Honneur le 21/4/1874.

Il est promu Capitaine en février 1877 et est nommé à Besançon. Il quitte l'armée quelques mois plus tard. Il est mort le 15/9/1915.

 

Photo Maunoury (Paris)

   


   

César Jerôme Jean Nicolas François Marie Ferdinand de la Grua e Salamanca, Prince de Carini

 

Né à Paris le 26/4/1843.

Il s'engage au régiment de la Légion étrangère, avec lequel, il fait campagne au Mexique. Il est ensuite promu Sous Lieutenant le 3/8/1865, au 87e régiment d'infanterie.

Il passe aux Zouaves de la Garde en 1869 et fait la guerre de 1870 comme officier de la 5e compagnie du 2e bataillon du régiment (son supérieur immédiat est le Lieutenant Zieger, dont la notice figure juste au dessus). Lors de la bataille de Rezonville, sa compagnie est engagée. A la fin de la bataille "deux régiments de Hussards rouges se précipitent, poussant des hourras sur les troupes qui sont à droite du 2e bataillon. Favorisés par l'obscurité, pas son uniforme et ses cris qui nous laissent un instant dans l'incertitude, l'ennemi arrive sur notre front sans presque être reconnu. La surprise pourtant est de courte durée. Accueillie par un feu meurtrier, la charge s'arrête, tourbillone un moment, puis fait demi tour et vient défiler en désordre à six pas devant les zouaves qui, en quelques décharges bien dirigées, en font un sanglant massacre. Cet épisode clôt la bataille (historique du 4e régiment de zouaves)".
Fait prisonnier à la capitulation de Metz, il est photographé en captivité, par le photographe Bieber à Hambourg.

Revenu en France, il est promu Lieutenant le 17/4/1871, mais démissionne de l'armée en juin de cette année.

Il a épousé successivement les deux filles du chambellan de la cour Rodolphe Auguste d'Ornano, fils du Maréchal d'Ornano et de Marie Leczinska.

Il est mort le 22/6/1884.

 

Photo Bieber (Hambourg)

 


Jean-Baptiste Creze
 
Né le 4 Septembre 1828 a Toulon, Crèze exerce la profession de perruquier lorsqu'il est engagé Volontaire le 7 Novembre 1846 au 65e de Ligne. Il y devient Tambour le 5 Décembre, et Tambour de Grenadiers le 12 Mai 1848.
Il passe Fusilier le 4 Fevrier 1849. Caporal tambour le 14 Octobre suivant. Il est remplacant par continuation de service dans le corps le 7 Novembre 1853.
Le 4/7/1854, il passe au 2e régiment des Voltigeurs de la Garde Imperiale comme Caporal Tambour. Il embarque a Marseille pour la Crimee le 15 Janvier 1855, debarquant a Kamiesch le 28. Il assiste alors au difficile siège de Sébastopol et à la prise de Malakov en septembre.
 
Il passe avec son grade le 6 Octobre 1855 au régiment des Zouaves de la Garde, enregistré sous le Matricule 1562. Il sert en Crimée jusqu'au 4 Decembre 1855, et reçoit la Médaille de Sa Majeste la Reine d'Angeterre. Il signe un rengagement pour 5 ans le 16 Mai 1856, et devient Caporal le 10 Juin 1856, Sergent Clairon le 26 Mai 1857, et enfin Tambour Major le 16 Decembre 1857. C'est dans cette fonction qu'il participe à la campagne d'Italie : Il embarque a Marseille le 28 Avril 1859 et revient en France le 31 Juillet. Il recoit la medaille d'Italie.
 
Il épouse le 26 Octobre 1860 Demoiselle Estelle Bourdageaut, avec autorisation du Conseil d'Administration du 10 Octobre. Il est libéré du service le 31 Decembre 1861 avec un Certificat de Bonne Conduite, se retirant a Paris.

Il continue cependant sa carrière militaire et il est décoré de la Medaille Militaire le 14 Mars 1864, comme Tambour Major de l'Ecole Imperiale Speciale Militaire de Saint Cyr. 
Merci à Jerome Lantz.
 
Photo Crémière Hansftaengl (Paris)
   


    

Edme Amédé Nicolas de Monroty

Né le 9/1/1818 à Paris, Monroty s'engage en 1836 au 8e régiment d'infanterie. Passé sergent, il abandonne ses galons pour rejoindre le régiment des Zouaves comme simple soldat en 1839. Rapidement nommé sous officier, il est promu Sous Lieutenant le 11/4/1848.

Le 13/2/1852 lors du tiercement du régiment, il est nommé au 1er régiment des zouaves et il y est promu Lieutenant le 3/3/1852. Le 23/5/1853, lors de l'expédition des Babors, le colonel Bourbaki manoeuvre de manière à attirer les Kabyles dans une embuscade où il a placé quatre compagnies. L'opération a un plein succès et l'ennemi y perd beaucoup de monde. De Monroty s'y fait remarquer pour son entrain et son ardeur et est nommé chevalier de la Légion d'Honneur.

Le 30/3/1854, de Monroty embarque pour l'Orient et Gallipoli sur le vaisseau Panama. Le 20/9/1854, à la bataille de l'Alma, le régiment de zouaves s'illustre en prenant d'assaut la position du télégraphe et en tournant la ligne des russes. De Monroty est blessé durant ce combat au cours duquel les Zouaves recoivent le sobriquet de "meilleurs soldats du monde (Maréchal de StArnaud)". A sa création le 15/3/1855, de Monroty passe au au régiment des Zouaves de la Garde Impériale et recoit la croix du Medjidié le 3/5/1855. Le 20/7/1855, il est blessé dans les tranchées devant Sébastopol. Promu Capitaine le 7/7/1855, il participe à l'assaut de Malakov de septembre 1855.

Durant la campagne d'Italie, de Monroty se distingue à Magenta. Après la première prise du Ponte Nuovo par le 3e régiment de grenadiers, les Autrichiens accablent ce régiment "Trépignants d'impatience, les zouaves de la Garde sont restés en réserve depuis le début de l'action en avant du pont de San Martino, massés dans un plis de terrain près de la grande route. L'Empereur est près d'eux : "Allons les zouaves ! du calme, du sang froid et sac à terre !". Sitôt dit, sitôt fait, les sacs sont posés à terre et comme une coulée de lave, ces vaillants guerriers d'Afrique s'engouffrent dans la fournaise du combat. Sous le feu roulant des Autrichiens, retranchés sur la rive gauche du Ponte Nuovo, ils abordent le canal et travèrsent dans un même bond. Puis la colonne se dédouble, quelques compagnies s'attaquent aux maisons dont elles enfoncent les portes et en chassent ou éventrent les défenseurs. A droite, en quelques instants, ils font place nette. A gauche, la resistance se prolonge et ce n'est qu'au bout de vingt minutes qu'ils se rendent maîtres du terrain. Le reste du régiment a continué droit devant lui, comme un coin, il s'est enfoncé dans la masse serrée de son antagoniste et à coups de baionettes, à coups de crosse, y trace une sanglante trainée. Un moment tout plie avec effroi devant cette furia francese, mais là encore la lutte est inégale. Bientôt les Autrichiens, remis de leur stupeur reviennent à la rescousse en épaisses nuées pour se laver de leur honteuse reculade. C'est pour les notres une heure de fol héroïsme et de suprème sacrifice. Ils se battent à un contre vingt sans défaillir. (historique du régiment des zouaves de la garde)." Finalement renforcés sur le pont, et soulagés par l'attaque de MacMahon au nord de Magenta, la Garde finit par rester maîtresse du terrain. Durant la journée, de Monroty figure parmi les huit officiers tués ou blessés du régiment. Pour son action du jour, il est promu Officier de la Légion d'Honneur le 28/12/1859.

Nommé Chef de bataillon, il prend sa retraite et est nommé adjudant du Palais des Tuileries. Il est mort le 21/7/1893.

Photo Carjat (Paris)


Constant de Mutrecy

Né le 20/9/1823 à Paris, Constant de Mutrecy est le fils d'un officier supérieur.

Elève de Saint Cyr en 1841, il est nommé Sous Lieutenant le 1/10/1843 au 23e régiment d'infanterie.

En novembre 1844, il passe au 6e régiment léger et y est promu Lieutenant en mai 1848. Il sert en Algérie entre 1845 et 1848. Le 24/12/1853, il est muté au 5e bataillon de chasseurs.

Capitaine le 5/7/1854, il passe au 4e bataillon de chasseurs à pied. De janvier à décembre 1855, il fait la campagne de Crimée et est nommé au régiment des Zouaves de la Garde le 1/3/1855. Lors de l'assaut de Malakov, le 8/9/1855, il est blessé d'un eclat d'obus qui lui cause une forte contusion à l hanche gauche. Il est nommé chevalier de la Légion d'Honneur le 31/10/1855.
Durant la campagne d'Italie, il commande la 2e compagnie du 1er bataillon du régiment.

Il est mort le 5/3/1864

Photo Hanfstaengl (Paris)

  

  


   

Louis Joseph Badout

Né le 10/10/1823 à Calais

Sergent au 3e régiment de Zouaves, il reçoit la médaile militaire le 6/8/1852. Embarqué pour l'Orient, il participe à la guerre de Crimée et se distingue lors de la bataille d'Inkerman. Il est promu chevalier de la Légion d'Honneur le 22/11/1854.

Badout rejoint le régiment des Zouaves de la Garde probablement à la création du régiment et y est affecté lors de la campagne d'Italie. Il est ensuite nommé sergent major, vagumestre du régiment. Il est ici photographié avec ses nombreuses décorations et les trois chevrons d'ancienneté portés sur sa manche.

Il est mort le 20/3/1889

Photo Bérot (Paris)


Auguste Henri Jacob

Né en 1829, Auguste Henri Jacob est trombone au régiment des zouves de la Garde.

Si sa destiné militaire est peu notable, il a acquis une fort célébrité comme guerisseur, ainsi qu'en témoigne cet article paru au moment de se mort en 1913 :
Le zouave Jacob, le célèbre « guérisseur», s'est éteint, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, au milieu d"un petit groupe de fidèles, dans ce pavillon de la rue Lemercier, au fond d'un jardin, où il s'était réfugié depuis cinq ans, — depuis les dernières tracasseries que lui fît le Syndicat des médecins de la Seine. C'est une curieuse figure parisienne qui disparaît. Jacob était trombone aux zouaves de la Garde quand il découvrit la puissance de la suggestion. Energique, les traits accentués, ainsi que le représentait Gill.dans une caricature de la Lune, avec sa barbe noire à reflets bleus et son oeil saillant hors de l'orbite, il exerçait une sorte d'autorité physique sur certains de ses camarades. Comment eut-il l'idée d'appliquer cette autorité à la guérison des maladies ? On ne sait. Il ne l'a pas raconté (ou ne l'a raconté qu'en brodant beaucoup) dans ses divers ouvrages : L'Art de conserver sa santé, les Pensées du zouave Jacob, etc... Le dernier, Le charlatanisme de la médecine, fut une réplique aux persécutions de la Faculté; le sujet était vaste. Quoi qu'il en soit, au camp de Châlons, en 1863, le bruit se répandit que Jacob avait guéri des malades rien qu'en les fixant, en imposant les mains sur eux et en leur disant : « Tu es guéri ! » Il agrémentait ses opérations magnétiques d'un petit air de trombone. C'était surtout avec les ataxiques, les paralytiques, les rhumatisants qu'il réussissait. On racontait que, voyant passer un enfant paralysé que l'on roulait dans une voiture, il prit le petit malade, le souleva dans ses bras et le posa à terre en lui disant : " Marche !" et l'enfant avait marché. (Aucune confirmation précise de ce fait merveilleux n'a été donnée.) Quoi qu'il en soit, un général à demi-ataxique, et qui se traînait sur deux béquilles, eût l'idée de le faire appeler. — Jette tes béquilles et marche... Je te dis de marcher ! cria le zouave d'une voix de stentor. Et il marchait lui-même d'un air menaçant sur le vieux général, qui recula de plusieurs pas sans béquilles, "J'ai marché à cause de la commotion, expliquait-il ensuite, mais je ne sais si ce fut l'effet du fluide ou du tutoiement". Le maréchal Canrobert, perclus de rhumatismes, eut moins de chance. Peut-être Jacob n'osa-t-il pas le tutoyer. Napoléon III fit venir le zouave Jacob à Saint- Cloud. Le Théurge, comme il se nommait lui-même, opéra force passes sur l'Empereur et sur le petit prince impérial. La soeur de Jacob raconta qu'un jour il recu un « ordre écrit de la place de Paris, qui lui commandait de secourir sans délai le maréchal Forey, agonisant. » Jacob se mit en route sans confiance, vit le moribond et, par un effort de sa volonté tendue, parvint à lui faire effectuer, sans appui, le tour du jardin. Mais après son départ le maréchal retomba dans son immobilité forcée. On a décrit souvent l'affluence des malades crédules chez le guérisseur. Dès neuf heures du matin son antichambre et sa salle de réception étaient pleines. Il paraissait, robuste jusqu'à la fin, les traits énergiques sous ses cheveux blancs, vêtu d'un burnous, les pieds nus dans des sandales. Il prenail chaque malade aux épaules, le regardait de son oeil dominateur, le secouait fortement et le renvoyait en lui disant: « Tu es guéri «.Quelquefois l'étaient, pour un peu de temps du moins, les sujets très suggestionnâmes. M. Montorgueil qui a curieusement visité tous les petits cénacles et toutes les petites chapelles de Paris, décrit ainsi la clinique de Jacob : « Il ne brodait point : c'était bien ainsi qu'il opérait; cette prétention audacieuse de soulager l'humanité souffrante, rien que parce qu'il la disait soulagée, lui a donné pendant soixante ans, bon souper et bon- gîte. Car s'il ne prenait rien pour prix de la simplicité de son intervention, il recevait ce qu'une clientèle reconnaissante croyait devoir lui offrir. » Depuis quelques années, le bronze surtout abondait. Ses implorateurs étaient de pauvres gens qui n'avaient pas le moyen de payer bien cher l'illusoire guérison qu'ils venaient chercher auprès de cette manière de vieux sorcier, qu'une réputation légendaire accréditait. » Une douzaine de bancs étaient alignés; au mur étaient disposés quelques images médicales, un nom indien — celui du prétendu sage de l'Inde dont il recevait le " fluide blanc ". Deux bustes étaient posés sur des consoles. L'un avait son histoire. "Un artiste qui avait une maladie de peau avait été repoussé de celle qu'il aimait." — Je le guéris, nous confiait Jacob, et il me fit ce buste. » — Et il a épousé ? » — Non, je l'avais guéri de son amour en même temps que de son eczéma."
Les consultants étaient pour la plupart des femmes du peuple. Elles étalaient sur les genoux les linges que le fluide devait impressionner. Lui, vêtu de blanc, marchait à grands pas, il feignait de profondément méditer. Brusquement, il fixait l'une de ces femmes : « Où souffrez-vous ?» — « Au bras. > — « Vous ne souffrez plus. » — « Non, répétait la voix dolente d'une volonté subjuguée, je ne souffre plus. » — « Et vous, ce sont vos yeux ? Vous voyez assez pour vous conduire. » Et il lui lançait du fluide à pleines brassées. Une vieille grognait : « Ce sont mes boyaux qui me cuisent. » Et il secouait son ventre à pleines mains sans façon, et bientôt elle criait : a Ça va mieux; je suis guérie. » — « Quand je vous le disais! » » La visite étant terminée, il faisait un petit prône sur l'hygiène ; il conseillait un régime tempérant : de l'eau, pas de viande, pas de lait. Oh! surtout pas de lait, « ça fait du fromage sur l'estomac »! » C'était fini. Chacun se levait. Sur la porte, le zouave, son trombone à la bouche, accompagnait la sortie d'une variation sur la Muette ou les Huguenots. » Cette parade grossière n'a cessé de trouver des clients, des adeptes et des défenseurs. Pour poser, il lui avait suffi de songer à la misère morale de l'homme, lorsque sa guenille est en proie à la souffrance, et que, faute de principes qui donnent le pas à la résignation sur l'angoisse, il s'épouvante dans la crainte du dénouement fatal. Il avait constaté qu'en somme, pour une large part, la fortune du thérapeute dépendait de son autorité et de son assurance,, de la vertu des mots consolateurs qui accompagnaient les pansements et les fioles, et que le premier des baumes était celui qui venait de la foi en la guérison, car il n'était point la guérison, il était la force de guérir; i1 était l'énergie d'attendre et le courage de lutter. « Vous allez mieux ! » — « Oui, je vais mieux. » Et ce n'est pas une illusion, et c'est un fait : c'est l'illusion d'aller mieux qui appelle avec elle un soulagement fugitif. 
Quelques minutes de ce soulagement fugitif étaient l'élixir de ce sorcier sans talent ni principe, qui parlait en dérision de la foi et de la science pour exalter, en "esprit fort ", le commerce barbare de son prétendu apostolat. Les médecins firent condamner plusieurs fois Jacob pour exercice illégal de la médecine. La dernière fois qu'il fut poursuivi, en 1909, octogénaire, on l'acquitta. Un jour qu'il était poursuivi pour autre chose, — parce que son chien, aux Batignolles, avait mordu un voisin — le président du tribunal lui rappelait sa récente condamnation : — Ah ! parlons-en de ma condamnation ! répondit le guérisseur, elle a fait rire les cinq parties du monde. Parbleu oui, je ne soignais aucun malade, je ne médicamentais pas, je ne droguais personne. Je me contentais de regarder les gens dans les yeux, et de leur dire : « Allez, vous êtes guéri », et ils allaient, et ils élaienl guéris, ou croyaient l'être, ce qui est la même chose. Voyons, monsieur le Président, une supposition : vous voilà, vous rencontrez un ami : « Je suis malade » vous dit-il. « Bah ! ce n'est rien, répondez-vous en le regardant, allez, mon cher, vous êtes guéri». Eh bien ! que diriez-vous si l'on vous condamnait"? Vous ririez. J'ai ri aussi et tout le monde avec moi. Le président répliqua doucement Vous auriez bien regarder votre chien dans les yeux de manière à l'empêcher de mordre ! Fort à son aise, l'ancien zouave ne pratiquait plus, du reste, que pour des fidèles éprouvés. Son pavillon de la rue Lemercier était une de ces petites chapelles occultes comme il y en a tant, et de plus dangereuses, dans ce Paris qui se croit sceptique, coins d'ombre plus ou moins hantés se rencontrent des gens de lous les mondes, dans une inquiétante promiscuité.

   


 

Ils ont servi aux Zouaves de la garde : Commandant Weissemburger, Colonel de la Hayerie

 

Les colonels du régiment des Zouaves de la Garde

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