L'assaut manqué de Puébla (5/5/1862)

 

Après avoir pris le commandement du corps expéditionnaire du Mexique en avril 1862, le Général de Lorencez se trouve à la tête d’un petit contingent de 7.500 hommes, composé du 1er bataillon de chasseurs à pied, de deux bataillons du 2e régiment de zouaves, du 99e régiment d’infanterie de ligne, d’un régiment d’infanterie de marine, d’un bataillon de fusiliers marins et de quelques troupes de support (un escadron de cavalerie, 3 batteries d’artillerie). Trompé par l’optimisme des diplomates qui sont persuadés que les Mexicains se rallieront à l’armée française, et persuadé de ne faire qu’une bouchée des troupes ennemies, de Lorencez entame sa progression vers Mexico avec ce petit corps expéditionnaire. Parti d’Orizaba, l’armée franchit l’obstacle des Cumbres le 28 avril et se présente devant Puebla le 5 mai. Ses espoirs de ralliement sont cependant déçus et la ville semble vouloir se défendre. N’ayant pas d’autre alternative que la retraite, de Lorencez se décide à tenter l’assaut, bien que ses troupes soient en infériorité numérique importante.

 



 


Extraits du "Corps Lorencez devant Puebla - Prince Bibesco"

Cependant, le regard tourné vers la ville, le général semblait attendre l'effet de ces promesses tant de fois répétées depuis le jour de son débarquement. Vainement il cherche dans cette plaine devenue tout à coup silencieuse « l'enthousiasme de Puebla l'antijuariste », les « dix mille hommes de Marquez », qui auraient dû s'y trouver en même temps que lui ; et ce « grand parti de l'intervention», qui, depuis trois mois, lui était annoncé, chaque jour, pour le lendemain! Rien dans la plaine, rien sur la route. Soudain, retentit un coup de canon, un seul. Il est parti du fort de Guadalupe. A ce signal, qui est peut-être pour l'ennemi celui du combat, le général prend ses dispositions d'attaque.

Trois colonnes sont formées :
La première comprend deux bataillons du 2e régiment de zouaves et dix pièces. Elle a ordre de franchir le ravin, de marcher parallèlement au fort de Guadalupe dans la direction de droite ; puis, une fois arrivée à la hauteur du fort, de tourner à gauche et de se diriger vers lui.
La seconde, composée du bataillon de marins et d'une batterie de montagne servie par la marine, a pour mission de suivre la première et de s'opposer, pendant sa marche, à tout mouvement tournant sur son flanc droit.
La troisième, forte d'un bataillon d'infanterie de marine, devra s'établir en arrière de la ligne formée par les zouaves, et se tenir prête à les appuyer.

De son côté, l'intendant Raoul est chargé d'installer provisoirement l'ambulance derrière une maison en ruine, et de faire transporter l'ambulance volante à quinze cents mètres plus en avant, dans une grande ferme, la Rementeria, propre à abriter les blessés. La garde du convoi massé sur la route de Puebla, en arrière de la garrita de Amozoc, et la surveillance de cette route sont confiées aux quatre seuls bataillons qui restent encore disponibles. L'escadron de cavalerie est particulièrement chargé d'éclairer les flancs et les derrières de la brigade. Le général donne l'ordre de commencer le mouvement. Aussitôt, les trois colonnes franchissent le ravin, et marchent à travers la plaine, dans la direction qui leur est indiquée.

En ce moment une ligne de feu éclaire la face du fort qui a vue sur notre attaque, et des boulets bien dirigés viennent ricocher au milieu de nos lignes, Plus de doute, c'est la lutte ! Il est midi. Voilà notre colonne de tête qui arrive au changement de direction; elle fait un à gauche, et, pendant que l'artillerie prend position à deux mille deux cents mètres de Guadalupe, les zouaves se déploient des deux côtés de nos batteries, attendant, l'arme au pied, l'ouverture d'une brèche qu'ils sont impatients de franchir. Le feu de notre artillerie commence; celui de l'ennemi devient plus vif. D'un point de la campagne qu'il a choisi pour mieux juger de ce combat, le général a bientôt constaté que notre tir, malgré sa justesse, est menacé de rester sans effet. Il envoie aussitôt au commandant de l'artillerie l'ordre de se porter en avant, et de recommencer le feu. Toutefois, la disposition du terrain est telle, qu'on perd complètement de vue le fort quand on s'en approche, et qu'il n'est pas possible, pour le canonner, de placer les dix pièces d'artillerie montées à une distance plus proche que deux mille mètres. Au delà se présente une nouvelle barranca (ravin), au sortir de laquelle commencent les pentes qui conduisent à Guadalupe. Aussi l'ennemi, dont les pièces sont parfaitement servies, a-t-il, dès le commencement, l'avantage du tir; et nous nous voyons forcés, au bout de cinq quarts d'heure d'une canonnade qui a épuisé la moitié de nos munitions sans endommager les défenses de Guadalupe, de remettre le sort de la journée à l'intrépidité de notre infanterie seule.

Le général est déjà accouru; déjà il a formé deux colonnes avec toutes les troupes présentes sur le lieu du combat, et il leur a montré les faces de Guadalupe, sur lesquelles elles reçoivent l'ordre de s'élancer.
D'un côté, c'est le commandant Cousin qui, à la tête d'un bataillon de zouaves, franchit à gauche les formidables mouvements de terrain placés devant lui, et va atteindre le pied du glacis; de l'autre, c'est le commandant Morand qui se dirige obliquement à droite avec un autre bataillon de zouaves, pour se rabattre ensuite sur Guadalupe, en cherchant à s'abriter des feux de Loretto. Deux détachements de sapeurs suivent chaque colonne. Ils emportent chacun une planche garnie d'échelons cloués, moyen d'escalade bien insuffisant, mais le seul que la précipitation des événements permette de leur procurer. Le détachement de gauche est muni, en outre, d'un sac de poudre destiné à faire sauter la porte du réduit.

Sentant que la victoire dépend du coup d'audace tenté en ce moment, le général n'hésite pas à envoyer chercher le bataillon de chasseurs à pied resté à la défense du convoi, et à le faire conduire sur la position. Il sera le soutien du bataillon Cousin. Le général et son état-major suivent le mouvement des troupes pour aller s'établir sur un point d'où il soit aisé de tout voir et de tout diriger. Reconnu par l'ennemi à son fanion, depuis qu'il est en plaine, le général n'a point cessé d'être le point de mire des artilleurs mexicains, mais la mort n'a encore fait que menacer, voilà maintenant qu'elle frappe à ses côtés. Un boulet arrive, ricoche, enlève de cheval le sous intendant Raoul, et le jette expirant dans la poussière. L'abbé de la division passe en ce moment; il voit le malheur, il accourt, met pied à terre; et, soutenant le mourant d'une main, il le bénit de l'autre. Touchant spectacle que celui de cette calme et sereine bénédiction du prêtre au milieu de la mort qui l'environne.

Cependant la lutte continue plus terrible. A mesure que nos colonnes approchent du fort, la défense se multiplie, le feu redouble; ce n'est bientôt plus dans l'air qu'un sifflement non interrompu de boulets et de balles. A gauche, les chasseurs à pied viennent de paraître sur la position ; les voilà qui s'élancent à côté des zouaves. Quelle lutte d'héroïsme entre ces hommes pour escalader les formidables murailles encore intactes de Guadalupe! Ils sont électrisés par la vue de leur drapeau, qui s'est planté fièrement sur le rebord de la contrescarpe, à quelques pas de la gueule des canons mexicains. Une balle frappe mortellement le porte-drapeau; un sous-officier le remplace et tombe à son tour. Alors, un vieux zouave, auquel son ancienneté et sa réputation de bravoure ont acquis le singulier privilége d'appeler ses officiers : « Mes enfants », saisit à son tour le drapeau, et, le brandissant au-dessus de sa tête avec un geste de défi : « Venez le chercher! » s'écrie-t-il d'une voix tonnante. Mais aussitôt, serrant, par un mouvement convulsif, son précieux trésor contre sa poitrine, il s'affaisse et roule avec lui dans le fond du fossé. En vain nos soldats franchissent le fossé et couronnent en grand nombre la partie du parapet qui est en terre ; tous les efforts viennent se briser contre un réduit inexpugnable, dont l'église forme le centre et dans lequel sont disposés trois étages de feu. Enfin, comme pour rendre impuissants nos derniers efforts, un violent orage accompagné de torrents de grêle et de pluie s'abat sur la plaine : le sol, détrempé en quelques instants, cède sous les pas de nos hommes, qui glissent dans le fond du fossé, d'où ils sont rejetés sur le glacis.

Pendant que cet assaut prodigieux se livre à la gauche, la colonne Morand attaque la droite de la position. Mais, de ce côté, le terrain n'est pas moins hérissé de défenses de toute nature, défenses infranchissables pour nos troupes, dans les conditions où elles se trouvent. Deux lignes d'infanterie mexicaine, bien embusquées, appuyées par une nombreuse cavalerie, sont déployées sur la crête qui rejoint le fort Guadalupe à celui de San-Loretto. Nous marchons droit sur l'ennemi ; mais nous sommes pris aussitôt en flanc par la batterie de Loretto, invisible jusqu'alors, et qui nous cause des pertes sensibles. Les marins et la batterie de montagne, tenus en réserve, sont envoyés succesbivement au secours des zouaves, et le combat reprend avec un nouvel acharnement. Un moment, nous croyons à un secours; une cavalerie aux insignes de la suite du général Almonte s'élance du fort vers nous, au cri de : « Almonte! Almonte! » Sans doute ce sont des amis. Quelle joie de leur ouvrir nos rangs ! L'illusion n'est que trop courte. Les cavaliers nous chargent à outrance, et, revenant sur leurs pas pour rentrer au fort, ils achèvent impitoyablement les blessés qu'ils trouvent étendus sur leur passage. D'autre part, nos troupes, prises entre les feux croisés du fort et des masses accumulées sur la hauteur, fléchissent sous la mitraille, et finissent par se replier derrière les premiers mouvements de terrain. Leur concours manque donc à l'attaque de gauche.

Au même moment, un combat héroïque se livrait dans la plaine, entre deux compagnies de chasseurs à pied et une partie de la cavalerie mexicaine. Restées en arrière de leur bataillon, qui montait à l'assaut, déployées en tirailleurs, face aux jardins de Puebla, pour protéger le flanc des chasseurs, ces deux compagnies s'étaient vues, tout à coup, assaillies par une nuée de cavaliers : se rallier au pas de course autour de leur chef, faire face à l'ennemi et le recevoir à bout portant furent l'affaire d'un moment. Les escadrons mexicains lancés à bride abattue vinrent se heurter contre les baïonnettes des chasseurs, sans pouvoir rompre leur faisceau. Une seconde charge eut le même sort que la première ; et l'on put voir, après quelques moments d'angoisse, les deux compagnies françaises (cent trente hommes environ) sortir victorieuses et sans s'être laissé entamer, d'un combat livré contre quatorze à quinze cents cavaliers.

Il est quatre heures. On marche depuis cinq heures du matin, et l'on se bat depuis midi. Témoin des efforts surhumains de ses troupes, pendant cette lutte inégale, reconnaissant l'impossibilité de faire une tentative nouvelle sur Guadalupe, le général de Lorencez donne le signal de la retraite. La victoire n'était plus possible; il fallait subir notre échec en songeant à le réparer. Cependant ce fut loin d'être une déroute; ce fut une retraite, où il n'y eut pas que l'honneur de sauf : la gloire elle-même fut sauve.


 

Historique du 2e régiment de Zouaves

L'oeil constamment fixé à sa lorgnette, le général de Lorencez regarde les forts de la ville et constate avec dépit le peu de succès de notre artillerie. Comme le tir dure depuis une heure et demie te que cette situation désavantageuse de nos batteries ne peu que s'accentuer, le général se résoud à tenter un coup d'audace et donne enfin l'ordre à ses colonnes d'assaut de se mettre en mouvement.
Le 1er bataillon du régiment à droite, commence à s'élever sur les pentes, marchant dansla direction du fort Loreto des feux duquel il s'abrite le mieux possible en profitant des formes du terrain ; avant d'atteindre ce fort, il doit opérerun changement de direction à gauche et se lancer avec impétuosité sur le Guadalupe.
Pendant ce temps, le 2e bataillon, avec le colonel Gambier à sa tête, s'avance droit sur le fort de Guadalupe. Le bataillon est déjà arrivé à mi côte, lorsque le général donne l'ordre à 4 compagnies du 1er chasseurs à pied de soutenir sa gauche car l'effort à fournir de ce côté va être énorme tout à l'heure.
des deux xôtés les boulets ennemis viennent s'abbatre sur le terrain que parcourent la bataillons d'assaut. En arrière, l'infanterie de marine formant la résèrve, suit le mouvement.

Enfin, le 2e bataillon, enforcé par les chasseurs à pied est arrivé au pied du fort, sans que les balles et les boulets aient pu arrêter son élan. Les zouaves franchissent le fossé profond et s'élancent maintenant sur le parapet, rivalisant d'héroïsme avec les chasseurs. Là, les feux convergents du fort, des maisons, des églises, prennet pour cible la colonne d'assaut.
Massés en bas du parapet dont les parois, taillées à pic dans le roc, sont trop glissantes pour permettre l'escalade, les zouaves, écumant de rage, se sentent impuissants ; quelques uns se cramponnenet aux rares aspérités du rocher, parviennent à s'élever jusqu'à l'embrasure des pièces et s'efforcent de pénétrer dans le fort, mais leurs mains crispées sur la pierre sont hachées par les défenseurs et les malheureux retombent tout ensanglantés au fond du fossé où ils sont achevés par la fusillade, qui de touts les ouvertures se concentre sur eux.
Officiers et soldats tombent pour ne plus se relever. les cadavres amoncelés forment bientôt un talus d'où ceux qui restent se rapprochent de l'ennemi. Mille actions héroïques s'accomplissent alors dans cet etroit espaceoù vient se briser la téméraire et folle audacedes braves, qui veulent quand même arracher au sort une victoire impossible.
Le sous lieutenant Caze se fait hisser jusqu'à une embrasure et tandis que la piece sur laquelle il s'appuie crache sa volée de mitraille, il décharge à bout portant son revolver sur les servants.
Le porte drapeau Forcade est frappé à mort au moment où il franchit le fossé. Le drapeau s'echappe de ses mains. Un segrnet se précipite et le relève, l'agit et s'ecrie "Venez donc me le prendre !". Une balle le frappe en pleine poitrine.  Nombreux encore seraient les récite inouïs de bavoure, que l'on pourrait faire de cet assaut, où chaque zouave, au milieu du crépiement des balles, du tonnerre de la canonnade et de l'appel affolé du clairon, sentit passer dans son âme ce jour là le souffle héroïque du martyre.

Tandis que le 2e bataillon sous les murs du fort de Guadalupe, mourait héroïquement, le 1er bataillon de son côt venait lui aussi se briser contre la masse ennemie si supérieure en nombre. Il avait trouvé dans sa marche, sur la droite de la position, une foule de défenses imprévues, presque infranchissables, touffes épaisses d'aloès, ravins, rochers, qu'il avait pourtant franchies quand même. Puis, tandis que des forts et des murs, une fusillade nourrie convergeait sur lui, brusquement deux lignes mexicaines, solidement embusquées, courronnaient les crêtes qui joignenet le Guadalupe au Loreto. Cinq bataillons ennemis, 3000 hommes, venaient maintenant ajouter leurs efforts au feu terrible qui déjà décimait le malheureux bataillon s'avancant tourjours.
Alors trois compagnies de Zouaves, les premières lignes, déposent leurs sacs pour courir plus aisément à l'ennemiet, têtes baissées, elles se précipitent au devant des balles. mais voila que leur élan les amènent maintenant sur le terrain battu de flanc par les batteries du fort Loreto. De longues files d'hommes tombent en même temps sous les boulets ennemis. Le capitaine de Simonneau est emporté. En quelques minutes les pertes deviennent énormes. Les zouaves, sans reculer d'un pass'arrêtent, tandis que l'infanterie de marine en réserve, accourt vers eux. Puis l'assaut reprend une deuxième foisavec une nouvelle viguer, celle que donne le desepoir.
Les tirrailleurs mexicains sont repoussés à coups de baïonnettes, et les zouaves arrivent à 200 metres du fort de Guadalupe. mais les survivants du 1er bataillon sont trop peu nombreux maintenant pour contiuer l'assaut, et les forces ennemies augmentent à chque instant devant eux. Comme à la gauche de la ligne, mille actes d'héroïsme s'accomplissent , qui viennent s'anéantir contre la brutale force du nombre. Enfinle commandant Morand, voyant que tout est perdu, fait sonner le ralliement et, avec les hommes qui restent encore debout, vient se relier à l'abri, derrière un mouvement de terrain, attendant là, fièrement sans reculer, l'issue de cette lutte suprème.

Il est 4 heures, le général fait sonner la retraite. La terrible journée est terminée et tandis que les troupes engagées se retirent, ce sont encore les zouaves qui, s'étant maintenus en face de la Guadalupe, protègent la retraite. lentement, en bon ordre, emportant tous les blessés, et sans que l'ennemi ose les inquiéter, les troupes viennenet s'établir au bivouac au pied même des hauteurs qui avoisionnent la ville.

7 officiers tués, 8 blessés, 89 hommes tués, 194 blessés, telle est la part de deuil du régiment.

Les trois commandants des bataillons d'assaut :


Le Colonel Gambier
Fait Commandeur de la Légion d'Honneur après l'assaut et la retraite
Mort des fièvres jaunes au Mexique en 1865


Louis Charles Auguste Morand
Commandant le 2e bataillon
Tué en 1870 comme général


Louis Cousin
Commandant le 1er bataillon
Promu officier de la légion d'Honneur
Tué comme Colonel de la Garde en 1870

La bataille ayant fait d'importantes pertes dans le corps des officiers, ouvre des promotions :


Adrien Prévault
Promu Lieutenant après la bataille
tué en 1870 lors des batailles du siège de Paris


Etienne Gustave Brissaud
Promu Lieutenant après la bataille

 
Joseph Vincendon
Capitaine du 2e zouaves, héros du régiment
Blessé lors de l'assaut d'un séton à la cuisse gauche et d'une balle au pied gauche
Promu chef de bataillon


Lieutenant Collasse
Promu Capitaine après la bataille
Ici colonel commandant le 113e RI en 1872


 


Clément Dromzée
Sous Lieutenant au 2e zouaves
nommé Lieutenant après la bataille
tué le 26/1/1865 au combat d'Huachningo

 


 

Historique du 1er bataillon de chasseurs à pied

Au signal de l'attaque, 4 compagnies du bataillon et un bataillon du 2e zouaves s'élancent à l'assaut du Guadalupe. ; en vain, ils franchissent un fossé profond, obstacle aussi sérieux qu'imprévue, en vain, ils luttent d'héroïsme pour escalader le couvent resté intact sous le feu de notre artillerie ; quelques uns parviennent à se hisser sur la muraille ; mais tous leurs efforts restent impuissants devant un réduit solide, garni d'un triple étage de feux. Tous tombent glorieusement, seul le clairon Roblet se maintient longtemps debout  au sommet du mur, sonnant la charge sous une grêle de balles ; il ne se décide à quitter son poste que lorsqu'il est certain que l'attaque ne peut recommencer : il fut cité pour son courage à l'ordre de l'armée et décoré de la légion d'Honneur.

pendant ce temps, les deux dernières compagnies du bataillon, sous les ordres du commandant Mangin, gravissent les pentes du Guadalupe pour se porter à l'aide des compagnies d'assaut, tout en couvrant leur flanc gauche. Tous à coup, des jardins de Puebla s'élance une nuée de 1400 ou 1500 cavaliers mexicains. Nos chasseurs se rallient au pas de course autour de leur chef, forment le carré  et reçoivent la charge par un feu à bout portant. L'élan des cavaliers mexicains, lancés à bride abbatue, vient se briser contre les baïonnettes des chasseurs qu'ils ne peuvent entamer. Une deuxième charge qui succède à la première est repoussée avec le même succès.

Le bataillon perd à l'attaque de Puebla 4 officiers et 31 hommes tués, 5 officiers et 68 hommes blessés. Sa belle conduite et l'energique resistance qu'il a opposé à la cavalerie mexicaine lui valut une citation à l'ordre du corps expéditionnaire. 


Léon Mangin

Commande le 1er bataillon de chasseurs.


"Nous nous jetâmes tête baissé dans le fossé du fort de la Guadalupe et malgré des efforts surhumains et une rage impuissante nous fumes obligés d'en sortir en y laissant le quart de notre monde ; il n'y avait pas la moindre brêche et pas d'échelles. Mon bataillon a été magnifique mais il a bien souffert. deux compagnies ont tenu tête pendant trois heures à trois mille cavaliers sans se laisser entamer malgré trois charges successives appuyées par des tirailleurs nombreux. (lettre à Castellane)".


Joseph Rouzaud - sergent major au bataillon
il est blessé d'un eclat d'obus au thorax et au bras gauche lors de l'assaut
Ce fait d'arme lui vaut une promotion au grade de Sous Lieutenant


Charles Henri Ferdinand Perrignon de Troyes
Adjudant lors de l'assaut, il est promu Sous lieutenant après la bataille


Louis François Charles Horcat
Capitaine au bataillon lors de l'assaut


 


 

Historique des troupes coloniales

J'arrive aux événements qui ont eu lieu dans la journée du 5 mai.
A 9 heures, nous étions à trois quarts de lieue de cette grande ville, dont nous admirions déjà les tours et les monuments qui la dominent de tous côtés. 
 On nous prévient qu'une heure de repos est accordée pour prendre le café et se préparer à se porter en avant. Aussitôt après, la colonne s'est mise en mouvement.
Conformément aux ordres qui m'avaient été transmis par des officiers d'ordonnance, quatre compagnies du régiment, commandées par le capitaine Bossant, furent placées sous les ordres du colonel L'Hérillier, du 99e de ligne, pour opérer conjointement avec le 1er bataillon de chasseurs à pied.  Je reçus ordre, de mon côté, de me diriger, avec le 1er bataillon du régiment (commandant d'Arbaud), pour soutenir l'attaque combinée des deux bataillons du 2e régiment de zouaves et d'une batterie montée d'artillerie contre le fort qui commande l'entrée de la ville de Puebla. M. le lieutenant-colonel Charvet était resté avec nous. J'oubliais de vous dire qu'une des six compagnies restées sous mes ordres directs (la 8e, capitaine Petit) avait été désignée pour protéger l'ambulance qui allait s'organiser dans une habitation voisine du champ de bataille. Le 1er bataillon ne comptait plus, par conséquent, que cinq compagnies, formant un effectif de 310 combattants,. sous-officiers, caporaux et soldats.

 L'attaque commença à midi. Une seconde batterie venait de prendre aussi position à une centaine de mètres environ de la première ; mais bientôt elle fut menacée par la cavalerie mexicaine. Le général en chef me fit donner l'ordre de me porter immédiatement, par un mouvement tournant, sur le flanc droit, de manière à protéger efficacement cette batterie. Cette mesure produisit tout l'effet qu'on pouvait en attendre ; car les cavaliers mexicains s'éloignèrent et ne reparurent plus de ce côté. Dès lors, il me restait à exécuter le premier ordre qui m'avait été transmis, c'est-à-dire de soutenir l'attaque des zouaves.
Il était environ 1 h. 30. Le feu de la mousqueterie redoublait avec une force incroyable. Le moment paraissait décisif. Je me lançai avec mon bataillon au secours des zouaves au milieu des boulets, des balles et de la mitraille. En un moment nous étions rendus sur le champ de bataille. La lutte était terrible ; nos soldats, mêlés avec les zouaves, se battaient comme des lions, mais sans résultat. Que pouvaient-ils faire, en effet, contre des murailles restées intactes et défendues par une masse de combattants parfaitement abrités ? Pendant ce temps, je fus informé que nous étions tournés par de la cavalerie mexicaine. Aussitôt je ralliai autour de moi tous les soldats du régiment que je pus réunir. Je me dirigeai sur nos sacs qui pouvaient être menacés et que j'avais fait déposer afin d'alléger les hommes. Après avoir remis sac au dos, je replaçai ma colonne en ordre pour résister à la cavalerie ; mais à peine étions-nous rangés qu'elle changea de direction.

J'allais retourner sur le plateau avec ma troupe, quand M. le Commandant du train me dit qu'une nouvelle ambulance était établie à deux pas de lui et que, si je ne la protégeais pas, il lui était impossible de rester et, par conséquent, les malades seraient abandonnés. Je lui promis d'attendre jusqu'à ce que l'évacuation fût complètement terminée. La pluie et la grêle tombèrent alors avec une telle violence qu'il fut impossible de continuer l'évacuation. Le départ de ma petite colonne fut donc retardé par une cause tout à fait imprévue. Il fallut se soumettre et, pendant ce temps, arriva l'ordre de nous retirer.
Il était environ 6 heures. Je ralliai le reste du bataillon et repris la direction qui m'était indiquée, essuyant le feu des batteries ennemies pendant tout le cours de la retraite. Arrivé à peu près hors de portée du canon, je reçus ordre de revenir, par un mouvement tournant, du côté de la grande ambulance, de manière à protéger l'évacuation des blessés. Je me rendis au lieu indiqué, et dès que cette opération fut terminée, le bataillon reprit la route du camp, où nous arrivâmes à 10 heures du soir.

Après l'action, deux des quatre compagnies, sous les ordres de M. le capitaine Bossant, vinrent rallier le 1er bataillon. J'appris alors que les 4e et 10e compagnies, placées provisoirement dans le 2e bataillon, parce qu'elles se trouvaient détachées à l'arrière-garde du premier convoi, avaient pris part au combat qui s'était engagé du côté opposé à nous. Sur nos deux bataillons, forts de dix compagnies, il n'y en a donc que sept qui se soient battus. Vous verrez par ces détails que j'avais été dans l'obligation de prendre deux compagnies du 2e bataillon pour avoir un bataillon présentable. Le 1er bataillon était composé par conséquent des 2e, 3e, 11e, 12e, 5e et 8e, et te 2e bataillon des 4e, 10e, 9e et 22e compagnies.

Je n'insisterai pas beaucoup, mon général, pour vous convaincre que le 2e régiment d'infanterie de marine s'est vaillamment battu pendant la rude journée du 5 mai.

Le chiffre de nos pertes atteste suffisamment la part glorieuse qu'il y a prise. Je regrette seulement que le succès n'ait pas répondu à nos efforts.

Il me reste à vous donner le chiffre des militaires du régiment dont la mort est connue, de ceux des blessés et enfin de ceux qui sont restés sur le champ de bataille et que je comprends dans les disparus.
Officiers tues. 3 — blessés. 2 Hommes de troupe tués. 4 — -- blessés 55 — — disparus, tués ou blessés. 35 total. 99. Soit 99 officiers, sous-officiers, caporaux et soldats hors de combat, à peu près le tiers de l'effectif présent à l'affaire.

Les officiers tués sont : MM. le capitaine Léris, le lieutenant Courteau et le sous-lieutenant Crovizier ; M. le lieutenant Lemaire a été blessé d'un coup de feu au genou, et M. le lieutenant Poron a été blessé gravement d'un coup de feu au bras droit.

Le général en chef a nommé provisoirement pour remplacer les morts : Au grade de capitaine : M. le lieutenant Braquet, en remplacement de M. le capitaine Léris. Au grade de lieutenant : MM. les sous-lieutenants : Bruzard, en remplacement de M. Courteau, et Gineston, en remplacement de M. Braquet. Au grade de sous-lieutenants : MM. Pressard, adjudant, en remplacement de M. Crovizier ; Crozet, sergent-major, en remplacement de M. Bruzard ; Pouilh, sergent-major, en remplacement de M. Gineston ; Desmier, sergent-major, en remplacement de M. Parmentier.

 Conformément à un ordre du général en chef, je lui ai adressé des demandes de récompense en faveur des officiers, sous-officiers, caporaux et soldats du régiment qui se sont plus particulièrement fait remarquer pendant le combat du 5 mai. Je vous transmets le duplicata des états nominatifs que je lui ai remis hier soir : (Avaient été proposés : Pour colonel : le lieutenant-colonel Charvet; pour chefs de bataillon : les capitaines Bossant et Le Camus; pour capitaines : les lieutenants Paliard, Goudard et Breton; pour sous-lieutenants : les adjudants Guitton et Bravet, les sergents-majors de Lespinez et Bouvier. Pour commandeur de la Légion d'honneur : le colonel Hennique ; pour officiers : les chefs de bataillon d'Arbaud et Campion, et le capitaine Lemaire; pour chevaliers : les capitaines Sasias et Ohasseriaud; les lieutenants Letournoulx-Villegeorges et Sorel; les sous-lieutenants Poron, Poincignon; le sergent Villemot, le soldat Romanetti. Enfin 27 militaires au régiment furent proposés pour la médaille militaire).

 

Deux aspirants de marine, futurs amiraux, distingués lors de l'assaut, dans le bataillon des fusillers marins :


Germain Roustan


Amédée Bienaimé

 

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