La charge du plateau d'Yron

16/8/1870

Lors de la fin de la journée de la bataille de Rezonville, les Prussiens dont la situation des plus critiques s'aggravait de minute en minute, devaient à tout prix, pour éviter une catastrophe imminente, arrêter l'action offensive victorieuse du 4e corps français (Ladmirault), débouchant de Bruville en direction de Tronville et Mars-la-Tour. La brigade von Wedell, qui s'y opposait, venait d'être littéralement anéantie au « Fond de la Cuve ».

Suprême espoir, lancer la cavalerie disponible dans le flanc droit des Français ! Vingt-deux escadrons purent être rassemblés, cuirassiers westphaliens, dragons et houzards prussiens, dragons oldenbourgeois, uhlans hanovriens. Ladmirault leur opposa des forces de cavalerie sensiblement équivalentes : division Legrand (2e et 7e hussards, 3e et 11e dragons), soutenue par la division du Barrail, réduite provisoirement au 2e chasseurs d'Afrique, et par la Brigade de France (lanciers de la Garde et dragons de l'Impératrice). Sur le plateau de Ville-sur-Yron que borde à l'est le ravin de la ferme Greyère (ou Grizières), près de six mille cavaliers, aux uniformes chamarrés, s'affronteront avec fureur dans une lutte épique.

Charges et contre charges se succèdent, chacun des adversaire tentant de déborder l'aile ennemie, et le combat se termine en une mélée sanglante et indécise. Quelques instants encore, et la cavalerie allemande se replie en désordre au-delà de Mars-la-Tour et jusqu'à Puxieux pour s'y reformer, tandis que les escadrons français, tout aussi désunis et exténués, se regroupent au sud de Bruville, couverts par le 2e chasseurs d'Afrique : il est 6 h 30 du soir, c'est un match nul.

Les rapports officiels rédigés le lendemain de la bataille par les corps de troupe, les brigades et la division de cavalerie française retracent les éléments saillants du combat.


Historique du 2e régiment de chasseurs d'Afrique

Il est environ 2 heures de l'après-midi, la bataille s'étend sur la gauche, parallèlement à la route de Verdun, sur une étendue de 12 kilomètres; l'action est surtout fortement engagée à Rezonville et à Vionville. Un poste ennemi est placé en observation à l'extrémité Ouest de Mars-la-Tour; sur l'ordre du général du Barail, un demi-escadron du régiment est formé sur un rang par le commandant Bossan, à 700 mètres environ et vis-à-vis de ce point. Un feu d'ensemble de pied ferme parfaitement dirigé, disperse instantanément l'adversaire. Le peloton du lieutenant Plantier est aussitôt lancé en fourrageurs et il est soutenu par le reste de l'escadron du capitaine Chaulin. Nos chasseurs d'Afrique ramènent prisonniers tous les Prussiens rencontrés dans le village.
Vers 4 heures, un retour offensif de l'ennemi se prépare sur notre droite; il veut tenter de nous tourner de ce côté. L'effort se dessine bientôt, il est considérable et oblige d'abord notre aile à rétrograder et à repasser le ravin sous un feu d'artillerie des plus vifs, auquel répondent nos batteries à cheval. Mais le 2e chasseurs d'Afrique reçoit l'ordre de charger pour déblayer le terrain: le régiment en colonne gravit au galop l'escarpement, qui le sépare de l'ennemi et débouche à toute allure sur le plateau de la Grange, où les Prussiens ont amené des batteries. « Aux canons! » s'écrie le colonel de la Martinière et ses quatre escadrons se précipitent avec tant d'impétuosité que les artilleurs ennemis n'ont que le temps de lancer deux obus sur les assaillants. Les pièces sont dépassées; une nombreuse cavalerie prussienne apparaît sur la droite; nos chasseurs exécutent, au train de charge, une grande conversion de ce côté, renversent les premiers escadrons ennemis, se reforment en un clin d'oeil et fusillent de pied ferme l'adversaire, qui
s'arrête indécis.
Cependant, les dragons et lanciers de la Garde impériale s'élancent à leur tour, bientôt suivis par des hussards et des dragons: la mêlée est terrible. Les chasseurs d'Afrique cessent leur feu et se précipitent de nouveau, mais leur attaque est en partie masquée par le ralliement des autres régiments français; ils se reforment au delà du ravin, d'où ils envoient encore quelques coups de carabine aux cavaliers
prussiens dispersés.
Ce bel engagement eut pour résultat définitif l'abandon du plateau par l'ennemi qui, renonçant dès lors à son mouvement tournant, cessa son feu de ce côté et battit en retraite au delà de Mars-la-Tour. Toute l'armée française campa sur le champ de bataille, la droite en
avant du terrain de combat.

La charge de Mars-la-Tour coûte au 2e régiment de chasseurs d'Afrique: 1 officier tué (M. Brugière, lieutenant), 2 blessés (M. Brouard, capitaine et Blethener, sous-lieutenant); 79 hommes tués ou blessés.


 Rapport du général de France, commandant la brigade de la cavalerie de la garde (Dragons et Lanciers)

Vers 5 heures, un aide de camp du général de Ladmirault vint me dire de charger une nombreuse cavalerie prussienne qui apparaissait à notre extrême droite et menaçait de la tourner. Un ravin à pente très raide nous séparait du terrain indiqué; je le fis franchir à ma brigade le plus rapidement possible et je me trouvai bientôt en face de cette cavalerie ennemie, que l'aide de camp me répéta être celle que je devais charger. Elle présentait à 500 ou 600 mètres de nous, une ligne noire d'un front de six à huit escadrons, ayant à sa droite un régiment en colonne serrée et à sa gauche, un régiment en colonne avec distance.
Je formai le régiment des lanciers, qui avait la tête de colonne, sur la gauche en bataille et dès que je vis la cavalerie prussienne s'ébranler, je le fis partir; ses cinq escadrons enlevés par leur colonel (de Latheulade) furent remarquables de vigueur et d'impétuosité. A 30 pas de l'ennemi ils essuyèrent son feu; quelques hommes tombèrent, mais la charge n'en fut pas moins poussée à fond; les rangs s'abordèrent et se traversèrent. Pendant ce temps, le régiment prussien placé en colonne serrée à l'aile droite de l'ennemi avait fait « Pelotons à droite » pour résister à la cavalerie du général Legrand, qui s'avançait d'un autre côté. Mes lanciers, en se ralliant, furent rencontrés par cette dernière cavalerie; ce qui est bien la preuve, contrairement à ce qui a été dit et peut-être écrit, que la brigade de la Garde avait chargé la première et qu'elle l'avait fait au moment opportun, puisque c'est en se ralliant qu'elle avait été rencontrée par la cavalerie du général Legrand, qu'un
pli de terrain nous cachait et qui n'avait pu également nous voir.
Le régiment prussien placé à l'aile gauche, en colonne avec distance, et dont j'ai parlé plus haut, se portait alors en avant, au grand trot, se disposant à prendre les lanciers en flanc ; je prescrivis aux dragons de l'Impératrice de se précipiter sur lui; ils venaient de se former également sur la gauche en bataille, à peu près sur l'emplacement que les lanciers avaient occupé avant de charger. Les dragons, leur colonel en tête (Sautereau Dupart), se ruèrent sur ce régiment avec le plus grand élan, le culbutèrent en le prenant en flanc, à l'instant où il faisait:
« pelotons à droite » pour envelopper les lanciers.
Malheureusement ces brillantes charges nous coûtèrent fort cher. Les deux colonels furent blessés, le lieutenant-colonel des dragons fut tué; 4 capitaines-commandants des lanciers disparurent 17 officiers aux lanciers; 12 aux dragons furent tués, blessés ou disparurent. Dans cette affreuse mêlée, que les charges de la division Legrand, sur la droite de l'ennemi étaient venues augmenter, on eut à déplorer la mort d'un officier de lanciers (Richet), tué par un sous-officier des dragons de la ligne. La fumée, la poussière, l'émotion de chacun et la ressemblance de certains uniformes avec les nôtres, furent la cause de plusieurs méprises. La brigade de lanciers et de dragons de la Garde avait chargé l'ennemi en face et la division Legrand l'avait chargé sur la droite et presque en même temps, ce qui occasionna des erreurs, des accidents
et des difficultés extrêmes pour se rallier.
Ce ne fut qu'à 7 heures du soir que je parvins à réunir ce qui me restait de ma brigade et que je repris, à tout hasard, en sens inverse, la route suivie le matin en escortant l'Empereur.

 

Rapport du Colonel de Latheulade - Lanciers de la Garde

Vers 11 h. 30 le canon se fait entendre; une reconnaissance envoyée sur Rezonville signale la cavalerie ennemie. Ordre est donné, vers 1 heure, à la brigade de monter à cheval. Elle se dirige sur le champ de bataille vers Ville-sur-Yron, après de nombreux détours dans les terres labourées et les bois. Vers 5 h. 30 un officier d'état-major vient prévenir le général de France de l'approche de l'ennemi; une forte masse de cavalerie prussienne, appuyée par de l'artillerie, débouchant derrière Mars-la-Tour, cherchait à tourner l'aile droite du corps Ladmirault; cette cavalerie devenant menaçante, ordre est donné au général de France de la faire charger de front par sa brigade; un ravin qui l'en séparait fut passé, et le régiment, formé en ligne, marche à la rencontre des lignes prussiennes, pendant que les chasseurs d'Afrique chargeaient vigoureusement l'artillerie ennemie. De notre côté, l'artillerie de la division du Barail ne tira pas. La ligne ennemie ne se trouvant plus qu'à 100 mètres de nous, le colonel commanda la charge; le régiment aborda avec un entrain remarquable la cavalerie prussienne, formée sur deux lignes, composée de deux régiments de hulans, deux de dragons, deux de cuirassiers, deux de hussards. Après le premier choc, une mêlée s'engage dans laquelle viennent successivement se jeter les dragons de l'Impératrice, la division Legrand et une partie du 2e chasseurs d'Afrique. Au bout de dix minutes d'un combat acharné, la sonnerie du ralliement s'étant fait entendre, on vient se reformer à quelques centaines de mètres en arrière.

Dans cette mêlée se distinguent le lieutenant-colonel de Biré; le chef d'escadrons Ollivier; les capitaines Lejeune, Leroy, de Pierre, de Soulanges; les lieutenants Krempel, Pinot, de Balincourt, Boisdofré ; les sous-lieutenants Richard, Ancenay, de Chaignon, Chiroussot, Thoron, Boquet et de Chazelles. Beaucoup d'officiers et de lanciers reçoivent de terribles blessures à la tête; beaucoup de chevaux, sans cavaliers, reviennent reprendre leurs places dans les rangs. Deux officiers sont atteints mortellement; l'un, le sous-lieutenant Richet, est tué sur place ; le second, le sous-lieutenant de Neukirchen de Nyvenheim, blessé de plusieurs coups de feu et de sabre, meurt des suites de ses blessures. Quinze officiers sont blessés. Ce sont : Le colonel de Latheulade (blessé légèrement), Le chef d'escadrons de Villeneuve-Bargemont (coup de sabre à la tête, un second à la main, coup de lance au bras), Les capitaines Castel (sept coups de sabre, un coup de lance, fortes contusions), Poinfler (un coup de sabre au front; deux coups de sabre à la main droite et plusieurs contusions), Moyret (coup de feu), Villard et Pistoye de Maillanes. Boisdofré (sept coups de sabre à la tête; un autre à la main droite, trois coups de lance dans le dos, plusieurs contusions), le capitaine adjudant-major Le Roy (coup de sabre à l'avant bras) ; Les lieutenants Marcerou (coup de pointe à la tempe), Decormon (coup de sabre à la tête, un autre à la main gauche). Les sous-lieutenants Lamy, Ernest (trois coups de sabre dont l'un lui entame fortement le cou et un second la mâchoire; quatre autres coups de taille sur les bras et la poitrine), Perrot de Chazelle (coup de feu au bras gauche, coup de sabre au même bras, coup de sabre sur la tête), Dubéarnès et Boquet (blessé à l'épaule gauche). Il manquait en outre vingt sous-officiers et lanciers tués; cinquante blessés et quarante disparus. Parmi les blessés, citons l'adjudant Beaufils ; le maréchal des logis-chef Thil (quatre coups de sabre, un coup de lance); les maréchaux des logis Mery de Montigny (six coups de sabre), Person (visage balafré), Maroquenne, Degoul (deux coups de lance, trois coups de sabre), Lafarge (deux coups de lance, un coup de sabre), Le Guellaut (trois coups de sabre), Peloux (deux blessures), Besson ; les brigadiers Bazin, Mathau, Mougey (trois blessures); le trompette Segel ; les lanciers Joly (deux coups de sabre, cinq coups de lance), Grimon (trois coups de sabre sur la tête et trois coups de lance), Audebert (quatre coups de sabre), Blancher (quatre coups de lance, cinq coups de sabre).

 

Historique du régiment des Dragons de la garde

Deux divisions de cavalerie prussienne, nous tournant par la droite, arrivent parallèlement à nous et sur nos derrières; la brigade se déploie rapidement face en arrière, pendant que les chasseurs d'Afrique sont lancés en fourrageurs contre une batterie prussienne qui veut s'établir sur la route de Mars-la-Tour à Verdun; ils sont repoussés par un régiment de dragons prussiens. Mais le moment est venu d'arrêter la cavalerie ennemie.
Les lanciers partent au galop; les dragons, à leur droite, font le même mouvement; la division Legrand, à gauche, est aussi prête à charger. A plus de 600 mètres, les dragons entament la charge, tout en envoyant plus de 100 coups de fusil qui produisent beaucoup d'effet, puis tombent sur les hulans qui sont au trot; l'escadron de droite fait face à un mouvement de flanc d'un escadron ennemi. Les hulans sont traversés, et la charge vient briser la deuxième ligne de dragons prussiens en se rompant elle-même. Une mêlée de dix minutes environ, pendant laquelle on lutte corps à corps, à l'arme blanche, s'ensuit. Les cavaliers démontés utilisent leur chassepot. Les officiers et les trompettes, signalés par leurs galons, sont particulièrement attaqués. Enfin les Prussiens sonnent le ralliement; leurs dragons abandonnent le terrain, les hulans s'échappent de tous côtés; la poursuite commence; on l'arrête avec peine pour le ralliement. Deux escadrons environ de dragons peuvent être reformés sur le lieu même du combat, prêts à recommencer la charge; mais les ennemis se rallient tout au fond de la plaine sur la route de Verdun; les deux escadrons de dragons de la Garde rejoignent alors le régiment qui s'est reformé en arrière, près de
la division de Cissey.
Quatre escadrons, soit 320 sabres environ, avaient pris part au combat.

Le colonel Sautereau-Dupart, des dragons de l'impératrice, est entouré par des uhlans hanovriens ; blessé de deux coups de lance, il est renversé de cheval et va être achevé sans pitié, quand le capitaine adjudant-major Gauthier, bien que démonté et blessé court au secours de son chef et, soutenu par plusieurs sous-officiers, parvient à mettre les uhlans en fuite. Le sous-lieutenant Boquet, des lanciers de la garde, et le maréchal maréchal logis Orda, des dragons de l'impératrice, relèvent alors le colonel Sautereau-Dupart, auquel le maréchal des logis Boinard donne son cheval. Le brave lieutenant-colonel Boby de la Chapelle, le lieutenant Gosset, le sous-lieutenant Bontemps sont tués raides. Le lieutenant Antonin, le sous-lieutenant Bouteilles sont blessés. Le capitaine Lyet, le lieutenant d'Angelo, le sous-lieutenant Kalt sont blessés. Outre les officiers, vingt-huit dragons de l'impératrice sont tués; trente-trois autres sont blessés: le régiment perd en outre une quarantaine de chevaux.tués ou perdus. La brigade, une fois ralliée, exécute un mouvement en arrière, et vient bivouaquer près de la ferme de Gravelotte, du côté droit de la route de Verdun, en face du campement de la veille.


 

Rapport de la division de cavalerie du général Legrand 2e et 7e Hussards, 3e Dragons (rédigé par le général de Gondrecourt)

Vers 6 heures de l'après-midi, et pendant que l'armée ennemie s'efforçait de prononcer un retour offensif,un corps de cavalerie, composé de plusieurs régiments (dragons et hulans), se présenta sur l'extrême droite du 4e corps, longeant en contre-bas la route de Conflaos, avec l'intention bien marquée de nous tourner. Le général commandant en chef le 4e corps ayant aperçu ce mouvement, ordonna au général Legrand de se porter avec sa division au devant de l'ennemi et de le charger. Cet ordre fut exécuté sans délai par les 2e et 7e hussards et le 3e dragons (le 11e dragons était de soutien à l'artillerie sur un point éloigné). La charge fut entamée avec entrain et conduite à fond; l'ennemi l'a reçue presque de pied ferme et, comme il ne pouvait pas tourner bride, attendu qu'il était adossé à une chaussée élevée, il accepta le combat sur place. La ligne déployée fut traversée par nos cavaliers, qui l'auraient détruite si, par fatalité, la brigade des lanciers et dragons de la Garde ne se fût pas mêlée avec les nôtres en chargeant l'ennemi en tête pendant que nous le chargions en flanc. Les Prussiens avaient là des dragons, des hulans et des hussards; les dragons portent l'habit bleu de ciel de nos lanciers, les hulans portent la lance et les chapska. Il résulta de cette uniformité que les cavaliers du 4e corps et ceux de la Garde se sabrèrent tout en sabrant l'ennemi, qui profita de la confusion. Par fatalité encore, un trompette étranger à notre division sonna le ralliement et nos cavaliers, tant du 4e corps que de la Garde, obéirent à cette sonnerie, ce qui causa un désordre dont l'ennemi, rudement atteint par notre premier choc, ne sut ou ne put pas profiter. Je suis parvenu à rallier les trois régiments non loin du point d'où était partie la charge, dont le but était rempli, puisque l'ennemi avait renoncé à son mouvement tournant, vidait le terrain et laissait entre nos mains quelques prisonniers blessés et quelques chevaux.
L'affaire a été courte, mais sanglante, et j'ai le regret, mon Général, de vous accuser des pertes douloureuses. Le général de division
Legrand a été tué en tête de la charge; le général de Montaigu, le colonel Bilhau et le lieutenant-colonel Collignon (3e dragons) ont été blessés en se précipitant sur l'ennemi et ont disparu. Presque tous les officiers des trois régiments ont été atteints et, pour la plupart, au visage; le nombre des morts, blessés et disparus est considérable pour la troupe; j'aurai l'honneur de vous en adresser l'état, ainsi que la liste de ceux qui se sont le plus particulièrement distingués; mais vous me permettrez de vous citer dès à présent, et après les généraux Legrand et de Montaigu, MM. le colonel Campenon, chef d'état-major de la division, qui s'est conduit avec une remarquable bravoure, a été blessé ainsi que son cheval et a donné le meilleur exemple; le colonel Bilhau, du 3e dragons, qui, pour donner plus de confiance à ses jeunes cavaliers, a chargé le sabre dans le fourreau; Richard Fleuri, jeune lieutenant au 3e dragons, attaché à ma personne, qui, frappé d'une balle dans la poitrine et troué de part en part, n'a pas moins eu le courage et la force de combattre jusqu'à ce qu'un coup de sabre au front déterminât sa retraite.

 

Rapport du général de Montaigu, commandant la brigade composée des 2e et 7e Hussards

Vers 5 heures, une nombreuse cavalerie ennemie est aperçue sur notre droite; elle se fait appuyer par de l'artillerie légère. Sur l'ordre du général commandant le 4e corps, cette artillerie est chargée par le 2e régiment de chasseurs d'Afrique, qui l'oblige à se retirer. C'est à ce moment que la division, qui est en bataille sur deux lignes, fait pelotons à droite, passe le ravin qui la sépare des chasseurs d'Afrique, qu'elle veut soutenir; elle se forme en arrière de ma brigade en bataille, dans l'ordre naturel, par le mouvement de pelotons à gauche, le 2e hussards à la droite, le 7e à la gauche. C'est dans cet ordre qu'ils ont chargé; le 7e hussards débordait l'ennemi avant le départ pour la charge, ce qui explique pourquoi il a eu un nombre de blessés moins considérable que le 2e hussards qui, par la position qu'il occupait, tombait en plein sur les escadrons ennemis marchant les uns en bataille, les autres en colonne par pelotons, soutenus par des réserves en arrière aux ailes. Cette disposition de la cavalerie allemande était bonne; en effet, ceux qui marchaient en colonne voulaient paralyser notre charge en nous prenant de flanc; aussi je la fis remarquer au 3e régiment de dragons placé à notre droite et à notre hauteur pour qu'il nous vint en aide au moment donné. Le 11e régiment de dragons se trouvait alors plus en arrière et en réserve. La distance où nous nous trouvions de l'ennemi était environ de 500 ou 600 mètres au plus. Je suis aussi certain que possible de ce que j'avance, car voyant l'ennemi à une si petite distance et continuant à marcher sur nous, je n'étais occupé que de la crainte de lui voir prendre l'initiative, et songeant aux dispositions qu'il y avait à prendre, j'avais déjà été les reconnaître en me portant en avant des chasseurs d'Afrique, qui étaient venus se rallier en avant de nous après leur charge; l'ordre de charger nous est alors apporté par le lieutenant d'état-major Niel, de l'état-major du général Ladmirault.
Je dis aux chasseurs d'Afrique de passer en arrière de notre ligne, et après avoir pris les ordres du général Legrand, mon général de division, ma brigade se trouvant la première formée, je la porte en avant par les commandements: « escadrons en avant, guide à droite, au galop marche! » et plus tard: « chargez! » répété par tous les officiers, quand je me trouve à 150 ou 200 mètres de l'ennemi. Ma brigade aborde les escadrons prussiens avec la plus grande vigueur; elle pénètre dans leur ligne.
Je me suis souvent rappelé ce moment, qui a été pour moi une très grande satisfaction et dont le souvenir a été ma seule consolation, après avoir été fait prisonnier. Je suis heureux de rendre ce témoignage aux braves régiments que j'avais l'honneur de commander, et les pertes subies par la brigade disent assez les difficultés qu'elle a rencontrées dans cette charge. C'est en traversant les rangs ennemis que j'ai été blessé; malgré cela, j'aurais peut-être pu me rallier, mais blessé de nouveau et renversé de cheval, en avant de la mêlée, étourdi surtout par ma première blessure et par ma chute; j'ai essayé de remonter à cheval sans pouvoir y parvenir et je suis retombé sur le sol. A ce moment j'ai été rejoint par le maréchal des logis Serres, du 7e régiment de hussards, et le brigadier Costeaux, du même régiment, qui, également démontés et me voyant blessé, se sont attachés à moi et ne m'ont plus quitté, me tenant par le bras pour m'aider à marcher. Peu d'instants après, nous étions entourés par des cavaliers des réserves ennemies et faits prisonniers. On nous dirigea aussitôt sur une ambulance prussienne, où bientôt après on amenait également trois officiers. Après avoir reçu les premiers soins, on nous conduisit à Mars-la-Tour (jusque-là des réserves de cavalerie ennemies étaient échelonnées) et de là à Pont-à-Mousson. Notre voiture faisait partie d'un convoi de blessés dirigé sur cette ville.

 

Historique du 2e Hussards (Colonel Carrelet)

A 4 heures du matin la division de cavalerie, arec une batterie d'artillerie légère, se met en marche dans la direction de Briev; elle traverse Sainte-Marie-aux-Chênes et vient de faire halte, lorsque vers 10 heures une action très vive s'engage dans la direction de Doncourt, Mars-la-Tour et Rezonville. Au bruit du canon la division monte à cheval à la hâte et arrive à fond de train sur le terrain de l'action, où elle décharge ses chevaux et se prépare au combat. Toutes les troupes ne sont pas encore arrivées sur le champ de bataille; aussi le général en chef, de crainte d'un mouvement tournant sur sa droite et voulant du reste conserver liberté de communications avec la route de Verdun, fait-il placer la cavalerie, qui débouche à l'extrême droite, en l'appuyant à une ferme, défendue par un bataillon d'infanterie. Dans cette position, en butte aux projectiles ennemis, notre cavalerie se porte tantôt en avant, tantôt en arrière. Des reconnaissances sont envoyées pendant le combat sur des masses ennemies, qui paraissent toujours avoir notre aile droite pour objectif. Ces reconnaissances sont appuyées par des mitrailleuses, qui semblent porter l'indécision dans ces colonnes profondes.
Vers 6 heures du soir on aperçoit sur notre droite, du côté de la route de Verdun, une poussière excessivement compacte, qui laisse apercevoir, lorsqu'elle est dissipée, une masse profonde de cavalerie, qui cherche à nous envelopper en tournant notre aile droite et qui se fait appuyer par de l'artillerie légère. Le général de Ladmirault donne alors l'ordre au général Legrand de faire balayer le terrain par sa cavalerie. Le général forme sa division en colonnes serrées par brigade et commande la charge de pied ferme à 900 ou 1000 mètres. Les quatre escadrons du 2e hussards s'élancent aux commandements de leurs chefs et abordent résolument la ligne ennemie, composée du 13e régiment de dragons prussiens, formé en bataille avec des pelotons en colonnes aux ailes et sa gauche appuyée à une division entière de cavalerie en colonnes serrées. L'action s'engage pour ainsi dire corps à corps. Les lanciers de la Garde, qui appuient notre mouvement, nous suivent à 25 ou 30 mètres de distance et les hussards, pris en quelque sorte entre deux feux, éprouvent beaucoup de peine à se dégager d'abord et à se rallier ensuite.

Dans cette lutte sanglante, le 2e hussards déploie toute la noble ardeur dont ses chefs sont animés. Le lieutenant-colonel Hervé de Planhol, le chef d'escadrons Duhesme, les hussards Noël et Charles se font remarquer entre tous. Vingt-trois officiers de ce régiment sur trente-deux sont tués, blessés ou disparus, et quatre-vingts de ses sous-officiers, brigadiers brigadiers cavaliers sont mis hors de combat. Parmi les officiers frappés dans cette lutte sanglante, on compte le chef d'escadrons du Plessis (un coup de pointe) ; le capitaine commandant de Maussion, mort de ses blessures ; le capitaine adjudant-major de Saran (deux coups de sabre); les capitaines Gauthier (quatre coups de sabre), Esquer (cinq coups de sabre); les lieutenants Louât, de Montréal, de Saint-Martial, Weill (quatre coups de sabre), Lepennetier, Emery ; les sous lieutenants d'Astanières (un coup de pointe et deux coups de sabre dont un a fortement entamé le crâne), Jumelle (quatre coups de sabre), Hainglaise (mort de ses blessures), Longuet (cinq coups de sabre), Paul Cuny (cinq coups de sabre), Dusseau (coups de sabre et deux coups de pointe), Seroux. Parmi les sous-officiers les plus grièvement atteints, se trouvent trouvent Boé; les maréchaux des logis-chefs Dutrey et Badez ; les maréchaux des logis Lebouteiller, Prat, Forrest (six coups de sabre), Valaize, Beaumont, Leguen; le brigadier May (deux coups de sabre et deux coups de feu). Le hussard Noël a reçu sept coups de sabre; Cornet (quatre coups de sabre), François (six coups de sabre). Enfin les deux trompettes Coste et Balasse, bien que blessés, n'ont pas cessé un seul instant de sonner la charge. Le général Legrand est tué des premiers et le général Montagu est fait prisonnier après avoir été blessé.

 

Historique du 7e Hussards (Colonel Chaussée)

Il est environ midi quand la division arrive sur le champ de bataille. La division Grenier, du 4e corps d'armée, la seule en ligne, se bat depuis une heure et a chassé l'ennemi de Saint-Marcel et de Bruville (?). La division prend position en avant de Saint-Marcel, à hauteur et près de Bruville; elle se déploie à la droite de la division Grenier pour couvrir la ligne et flanquer l'armée, dont elle forme l'aile droite. Au moment où la division débouche sur le terrain, l'ennemi envoie quelques cavaliers en éclaireurs dans le but de reconnaître cette nouvelle troupe. Ils sont immédiatement mitraillés.
Le général de Ladmirault envoie un peloton du 1er escadron reconnaître le terrain se développant au delà des crêtes, qui dominent le ravin longeant le chemin de Mars-la-Tour à Jarny. Il lui est rendu compte que l'infanterie ennemie l'occupe en force. L'artillerie dirige son feu dans cette direction et l'oblige à se replier. Au début de l'action, la direction de notre division était perpendiculaire à la route de Verdun; à 4 heures (1) elle lui est
parallèle. A ce moment l'ordre est donné de se porter en avant. Le corps d'armée franchit un ravin et se dirige sur Vionville, flanqué à sa droite par la division de cavalerie à laquelle viennent se joindre la brigade de cavalerie de la Garde ainsi que le 2e régiment de chasseurs d'Afrique.
Cette marche en avant est interrompue par ordre du général en chef, qui fait rétrograder et conserver à son corps d'armée les positions conquises depuis le matin. La division de cavalerie est alors replacée en arrière sur deux lignes à hauteur de la ferme de
Greyère. Elle s'y trouvait depuis trois quarts d'heure environ, lorsqu'une section d'artillerie ennemie vient s'établir sur le chemin de Mars-la-Tour à Jarny, à environ 1200 mètres et sur le flanc droit de la division. A ce moment voici quelle était sa position: elle se trouvait sur deux lignes, les 2° et 7e hussards formant la première, les 3e et 11e dragons en réserve à 100 mètres en arrière (1).
Le 2e hussards est défilé du feu des pièces par la ferme placée à sa droite, il en est de même de la deuxième ligne, masquée par un pli de terrain. Seul, le 7e hussards est exposé à un feu de plein fouet et dans l'immobilité la plus complète. Aussitôt en position, ces pièces d'artillerie dirigent leur feu sur la division; les deux premiers projectiles tombent en avant ou en arrière, mais le troisième éclate en plein dans les rangs du 7e hussards. Il en est de même de ceux qui suivent.
Le danger disparaît bientôt, grâce à une charge exécutée fort à propos par le 2e chasseurs d'Afrique sur ces pièces d'artillerie. Les artilleurs ennemis sont forcés d'enclouer leurs canons et de les abandonner; mais ce régiment est ramené par une masse de cavalerie ennemie, dissimulée par un bois.
Le général Legrand reçoit l'ordre de charger cette troupe et va prendre position au delà du ravin, faisant face au village de Ville-sur-Yron, ayant derrière lui le hameau de la Grange. Le 3e dragons est placé à la droite de la ligne, qui se continue par les 2e et 7e hussards, ce dernier, appuyant sa gauche sur le chemin de communication de Mars-la-Tour à Jarny. Le 11e dragons reste en réserve sous les ordres du général de Gondrecourt.
La distance qui sépare les deux troupes est de 700 à 800 mètres environ. La cavalerie ennemie continue à déboucher en colonne avec distance, au pas; sa tête de colonne est à hauteur du centre de la division lorsque le général fait mettre le sabre à la main et partir immédiatement au galop. Le commandement: Chargez! est fait à 600 mètres au moins de la cavalerie ennemie. 150 à 200 pas séparent à peine les deux troupes, quand un mouvement d'hésitation, d'arrêt presque, se produit sur toute la ligne de bataille de la division: « C'est de la Garde!»  s'écrie-t-on de toute part. Cette erreur est due à la tranquillité avec laquelle la colonne ennemie continue sa marche de flanc ; elle est due aussi à l'ignorance où l'on se trouvait de la position des deux régiments de la Garde. L'hésitation n'est pas de longue durée et bientôt les rangs ennemis sont traversés au moment où ils se forment en bataille par le mouvement de pelotons à gauche. Quelques officiers peuvent traverser la ligne avant la formation.
C'est la tête de colonne ennemie, composée de dragons royaux, que le 7e hussards rencontre. Cette tête de colonne se trouvant encore à 100 ou 150 mètres du chemin de communication, le 1e escadron et la gauche du 5e exécutent une conversion à droite afin de prendre part à l'action. Quelques officiers affirment que la cavalerie ennemie, en se mettant en bataille, fit une décharge d'armes à feu. Ce fait a dû être partiel et non général. Quoi qu'il en soit, elle se laissa aborder avec calme.  Dans cette charge, l'aile gauche, formée par le 7e hussards, traversa la ligne ennemie, se replia sur elle et la poursuivit la pointe au dos, sans rencontrer de résistance sérieuse. L'aile droite formée par les deux régiments de la Garde, dut avoir à subir le choc d'une réserve car elle fut refoulée sur l'aile gauche au moment où celle-ci obtenant le succès le plus complet, poussait devant elle un grand nombre de cavaliers.
La présence, ignorée généralement, de la brigade de cavalerie de la Garde, donne lieu à une douloureuse méprise. La couleur bleue de l'uniforme des lanciers les fait confondre avec des dragons prussiens et, dans ceflot humain composé d'amis et d'ennemis, il est difficile de distinguer nettement l'uniforme français, de sorte qu'ils sont frappés comme ennemis. Cette funeste erreur cause du désorde. Les lanciers et dragons de la Garde se retirent précipitamment et communiquent quelque peu la rapidité de leur mouvement aux autres régiments. Fort heureusement un désordre semblable dut se produire parmi les Prussiens, car ils abandonnent le champ de bataille en se ralliant à bride abattue. Le ralliement se fait sur le plateau qu'occupait la division avant la charge.

Quoique fort éprouvé, le 7e hussards compte fort heureusement plus de blessés que de morts. Cependant le sous-lieutenant Larbalétrier avait disparu dans la charge : son corps fut retrouvé le soir même, portant la trace d'un coup de feu dans le ventre et ne donnant plus signe de vie. Les officiers blessés dans cette charge furent : le colonel Chaussée (quatre coups de sabre); les chefs d'escadrons de Gaucourt et de Kergré; le capitaine Klotz; les lieutenants Devols et Malin; les sous-lieutenants Fagot et Flahaut. Le 7e hussards comptait donc un officier tué, huit officiers blessés, un sous-officier tué, six blessés, deux disparus, quatre hommes de la troupe tués, trente-huit blessés et deux disparus. On apprend la mort du général Legrand, dont le cadavre est retrouvé, ainsi que la disparition du général Montaigu, blessé et fait prisonnier. Le régiment couche à Doncourt, dans le campement établi le matin.

Historique du 3e Dragons (Colonel Bilhau)

Départ du bivouac de Woippy à 3 heures du matin et arrivée à Doncourt à 9 heures. En arrivant, ordre de décharger les chevaux et de ne laisser que les manteaux. Le régiment est d'abord placé en deuxième ligne derrière le 2e hussards, puis part en avant pour servir de soutien aux batteries à cheval de la division; ensuite on le dirige, avec la brigade légère, vers l'aile droite, près du village de Mars-la-Tour, où il reste plusieurs heures.
Vers 4 heures, un gros de cavalerie prussienne ayant exécuté un mouvement tournant, appuyé par une batterie à cheval qui nous tirait derrière à bonne portée et menaçait de nous faire souffrir, le 2° chasseurs d'Afrique chargea en fourrageurs sur cette batterie. Aussitôt le 3e dragons reçut l'ordre d'appuyer cette charge; mais l'artillerie ennemie s'étant retirée en démasqnant une cavalerie imposante, le 2e chasseurs d'Afrique dut se retirer. La division de cavalerie prit alors ses dispositions pour l'attaque, la brigade légère en avant, le 3e dragons derrière. L'ordre de se porter en avant était à peine donné qu'un régiment prussien fit un changement de front et menaçait de prendre la division par son aile droite. Le 3e dragons lui fut opposé. Le régiment, vigoureusement entraîné par son colonel, aborda franchement le régiment ennemi, qui fut complètement culbuté. Le général Legrand fut tué en chargeant avec le régiment.

Français et Allemands - D de Lonlay : Le chef d'état-major Campenon rallie les dragons et les hussards, qui se trouvent autour de lui. C'est un grand, fort et vigoureux officier, à la voix de stentor, intrépide marcheur, enragé chasseur et solide cavalier. Ce jour-là, il est blessé par une balle au bras gauche et, pour la quatrième fois, depuis le commencement de sa carrière militaire, militaire, est cité à l'ordre de l'armée. Dans cette lutte de quelques instants, le colonel Bilhau, du 3e dragons, est renversé sous son cheval, couvert de contusions, et fait prisonnier, ainsi que son lieutenant-colonel, M. Collignon, atteint de deux coups de sabre pendant la bagarre. Le capitaine adjudant-major, M. d'Abel de Libran, blessé de dix-sept coups de sabre et d'un coup de lance, est laissé pour mort sur le champ de bataille. Les 3e et 4e escadrons du 4e dragons perdent en outre, les capitaines-commandants Bigarré horriblement mutilé, et Peyron, qui est gravement contusionné et renversé sous son cheval : tous deux sont faits prisonniers. Le sous-lieutenant Moulinier est tué. Quarante-sept sous-officiers ou soldats tués, blessés ou disparus, manquent à ces deux escadrons. Cependant les 1er et 2e escadrons du même régiment, en voyant la charge, sont accourus à bride abattue. Ils se précipitent dans le gouffre béant, sans parvenir toutefois à rejoindre leurs camarades des 3e et 4e escadrons. Quand ils en sortent couverts de sang et de poussière, ils comptent au nombre de leurs blessés : le chef d'escadrons Henri de Verneville, qui les commande et qui a reçu trois coups de sabre en peu d'instants; le capitaine adjudant-major Giraudon, atteint de plusieurs blessures; les lieutenants Declève, Mossier et Richard; les sous-lieutenants Lacroix, Sangouard et de Ménonville. Plusieurs de ces derniers officiers, blessés légèrement, restent au corps. Dix-sept sous-officiers et dragons de ce régiment sont, ce jour-là, tués ou disparaissent, parmi lesquels nous citerons : le maréchal des logis-chef Faivre, les maréchaux des logis Aubineau, Dapremont, Bottelin, Toussaint ; le brigadier Tisseron. Quarante et un sous-officiers et dragons sont blessés. Citons l'adjudant Lux, le maréchal des logis-trompette Chailloux, Chailloux, maréchal des logis Guégen; les brigadiers André, Demazures, etc.
Le chef d'escadrons Augey du Fresse, resté le seul des officiers supérieurs, prend alors le commandement du 3e dragons. Le régiment est rentré à 10 h. 30 du soir à son bivouac du matin, en avant de Doncourt. (Français et Allemands - D de Lonlay).


Rapport du Colonel Cornat (4e dragons)

Lorsque je reçus l'ordre de partir avec mon régiment, un feu très vif se faisait entendre, entretenu par des cavaliers prussiens qui avaient poussé leur poursuite contre la cavalerie française jusque dans le village situé en arrière et à droite de notre position (?). Des hussards en assez grand nombre étaient chargés, sur les plateaux en avant de ce village, par des escadrons détachés de deux régiments de dragons et de cuirassiers de la Garde royale prussienne qui avaient pris position à l'autre extrémité de la plaine. Nous avons éprouvé assez de difficulté à traverser le profond ravin qui séparait notre position de celle des Prussiens. Lorsque j'arrivai sur le lieu du combat, je n'avais encore réussi qu'à rallier deux escadrons. Je lançai immédiatement l'escadron de droite en fourrageurs contre la charge prussienne que je pus prendre en flanc pendant que mon escadron de gauche servait, de base de ralliement à mon régiment. Dans cette charge en fourrageurs, nous avons tué pas mal de monde, et forcé l'ennemi à se retirer du village (?) et à cesser ses feux. Je fis sonner le ralliement lorsque tout le terrain fut dégagé. Je m'avançai alors avec le 4° dragons tout entier sur les deux régiments prussiens dont j'ai parlé plus haut.. Ils ne crurent pas devoir m'attendre, parce qu'à ce moment les régiments de la division commencèrent à se montrer sur les bords du plateau, ralliés par le général de division. Je me mettais en mesure de faire sonner la charge et de poursuivre, lorsque je fus arrêté par la sonnerie de l'état-major général.

Pertes: 1 sous-officier tué, 5 hommes disparus avec leurs chevaux, 4 hommes blessés, 7 chevaux tués ou disparus. Nous avons fait quelques prisonniers, et ramené 13 chevaux que je demande l'autorisation de faire immatriculer pour remplacer les nôtres. On revint en colonne par escadrons, et à 9 heures du soir on campa près de la route d'Étain.

 

Français et Allemands - D de Lonlay : Le 4e dragons arrive sur le plateau. Il est commandé commandé un chef des plus énergiques, le colonel Cornat. C'est un officier de grand élan, impétueux, entraînant, chargeant, comme le prescrit le règlement, à la tête de ses escadrons, et ne permettant pas qu'on lui dispute l'honneur afférent à son grade d'être le premier au choc et au danger. Il a longtemps servi aux chasseurs d'Afrique, où il a laissé des souvenirs de vigueur et d'intrépidité. Au Mexique, il a obtenu plusieurs citations à l'ordre de l'armée. Le colonel Cornat a aussitôt compris qu'il faut agir au plus vite, car le 13e dragons prussiens s'ébranle de nouveau. La traversée du ravin a fait perdre quelque temps au 4e dragons dragons son chef n'a encore réussi, à ce moment, qu'à rallier deux escadrons (1er et 2e). N'importe! Le colonel Cornât, le sabre haut, enlève vivement son 1er escadron à peine formé, au cri de : « A moi, dragons ! » et le lance en fourrageurs contre le 13 dragons prussien.

En tête galopent le colonel Cornat et le lieutenant-colonel Goybet, officier plein de bravoure et d'intelligence, qui seconde parfaitement son chef; le chef d'escadrons de Ravel, le capitaine-commandant capitaine-commandant Kerouartz, le capitaine Delhière, et le sous-lieutenant d'état-major Falcou. Tous ces officiers, superbes d'entrain, conduisent le ler escadron à la charge avec beaucoup de sang-froid et de courage. La vaillante petite troupe arrive, comme un boulet de plein fouet, dans le flanc des dragons allemands. Pris en flanc, les dragons allemands sont forcés d'arrêter leur charge. Une rapide mais furieuse mêlée s'engage aussitôt.

Le capitaine-commandant de Kerouartz blesse et désarçonne un officier allemand, après un véritable combat singulier. Le capitaine Delhière, en entraînant ses hommes, tue successivement successivement dragons prussiens, à coups de pointe. Le brigadier Faure et le dragon Tabary dégagent un officier blessé des dragons de l'impératrice, que de lâches ennemis allemands allaient achever; puis, ce dernier, prenant cet officier en croupe, le ramène à travers la mêlée. Le dragon Lemarquis a mis pied à terre, par ordre, avec deux de ses camarades, pour relever un officier blessé de notre 2e hussards. Pendant que les deux premiers emmènent le blessé, Lemarquis est assailli par huit cavaliers ennemis. Ce courageux soldat se défend seul, comme un lion, et met les Allemands en fuite après en avoir tué quatre à coups de fusil. Le brigadier Chauvelot ramène également un blessé au milieu du feu. Les adjudants Toulmonde et Lemaigre, ainsi que le maréchal des logis Engelvin, font preuve, dans cet engagement, de beaucoup beaucoup et de courage.

On ne tient pas devant tant de valeur, aussi les Allemands sont-ils bientôt forcés de rétrograder en désordre. Le 1er escadron du 4e dragons a eu l'honneur d'échanger les derniers coups de sabre de cette lutte mémorable du plateau d'Yron. A ce moment, le 4e dragons en entier se rallie au 2e escadron, resté comme base de ralliement. Dans cette charge en fourrageurs, le 1er escadron avait tué pas mal de monde et forcé l'ennemi à se retirer du village de Ville-sur-Yron et à cesser ses feux.

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